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Comment la crise grecque a favorisé l'émergence du « cinéma guérilla »

Lundi 25 Avril 2011 à 05:01 | Lu 4971 fois I 4 commentaire(s)

Evanna Venardou - Le Courrier des Balkans - Vent des Blogs

Avec la crise, impossible de financer un film en Grèce, les cinéastes ont recours au système D. Un système qui, visiblement, fonctionne bien puisque le cinéma grec récolte de plus en plus de prix dans les festivals, avec le « cinéma guérilla ». Décryptage par Le Courrier des Balkans.


Aujourd’hui, financer un film en Grèce, c’est mission impossible : les caisses sont vides. Alors pour tourner, les cinéastes se débrouillent avec les moyens du bord, à l’arraché. Pâtes à tous les repas, professionnels non rémunérés avant la sortie en salle, recours au tout numérique, tous les moyens sont bons pour faire des économies. Et ce « cinéma guerilla » est en train de se faire un nom. Jamais les réalisateurs héllènes n’avaient glané autant de prix dans les festivals. Une Nouvelle vague grecque ?

Tout a commencé timidement, mais l’on peut désormais parler d’une tendance. Les nouveaux réalisateurs grecs tournent des films comme ils peuvent, et avec les ressources dont ils disposent. C’est logique, il n’y a pas d’argent. Les mécènes se font rares, les producteurs sont frileux, et le Centre grec du cinéma ne paie pas encore.

Et pourtant, en pleine crise, les récompenses accordées à des films grecs à l’étranger sont légion. Au festival de Berlin, Konstantinos Yannaris et Bujar Alimani, d’origine albanaise mais qui vit en Grèce depuis de nombreuses années, ont été récompensés. Et bien sûr Yorgos Lanthimos est parvenu à faire partie des cinq derniers heureux candidats aux Oscars du meilleur film étranger avec son long-métrage Canine.

« Tourner un film, une urgence »

Et pourtant, selon Athina Tsangaris, la productrice de son dernier film, Alpes, « malgré tous ces prix, Yorgos Lanthimos ne peut pas trouver d’argent. On a donc tourné son nouveau projet dans un style rebelle, librement ». Dans un entretien récent, elle confiait que « le film de Yorgos Lanthimos a pu se faire grâce à l’amour de l’équipe. Ce sont eux, les réels sponsors du nouveau cinéma grec : les amis, les collaborateurs qui donnent leur travail et leur temps bénévolement pour aider à la réalisation d’un film auquel ils croient ».

Comment la crise grecque a favorisé l'émergence du « cinéma guérilla »
De même, Philippos Tsitos, primé à Locarno pour L’Académie de Platon (2009), n’a pas réussi à trouver de l’argent pour son Monde injuste. « Tout le monde a refusé : armateurs, fondations, banques, particuliers, entreprises, etc. » Mais il ne s’est pas laissé abattre. « Le pays s’est effondré. Mais moi, je ne vais pas attendre qu’il soit remis sur pied pour continuer à vivre ma vie. Tourner ce film était pour moi une urgence d’ordre psychique. » Ainsi, « les dépenses de base, je les ai payées de ma poche, et tout le monde a collaboré sans être payé. » Il a donc lui-même parrainé son propre film. « Bien sûr, je ne cesse d’avoir des remords pour ceux qui ne sont pas payés. Mais si le film marche bien, ils empocheront le double de leur salaire normal. » Cinéma guerilla ? « Plutôt cinéma guillotine dans mon cas », dit-il en riant. Malgré cela, « même si j’avais eu de l’argent, je ne crois pas que j’aurais fait le film d’une autre façon. Le manque d’argent réveille les artistes ».

Exemple caractéristique de cette nouvelle tendance, Argyris Papadimitropoulos, réalisateur du succès commercial Bank Bang (2008).

Son nouveau film „Wasted Youth” aura pour protagonistes trois adolescents de 13 à 16 ans, ainsi que des acteurs professionnels, et sera un commentaire sur la situation actuelle du pays. « Je ne voulais pas faire la queue dans la file d’attente du Centre grec du cinéma et je ne voulais pas que quelqu’un d’autre intervienne sur mon film. » La moitié de l’argent vient donc de sa poche et il a demandé beaucoup d’aide... En à peine 20 jours, il a tourné un film « très improvisé, sans scénario, avec une petite équipe ». « Cela m’a donné une liberté incroyable. Pour la scène de mariage, par exemple, que je ne pouvais pas faire pour des raisons économiques et de réalisme, j’ai filmé le mariage de mon frère ! » Trois amis « généreux », comme il dit, ont apporté de l’argent. Mais les acteurs ont été payés. « Je suis contre l’idée de ne pas payer les gens. »

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