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Comment la Chine rafle des marchés de travaux publics en Europe

Sylvain Lapoix - Marianne | Lundi 16 Novembre 2009 à 07:01 | Lu 10522 fois

En Pologne, un consortium chinois a obtenu deux contrats de construction d'autoroute en proposant des prix imbattables. Profitant de la crise, la Chine pénètre désormais le marché européen, pour la plus grande inquiétude des professionnels et sans que l'Union européenne s'en émeuve.



La nouvelle autoroute Varsovie-Lodz, livrée en 2012 pour les Championnats d'Europe de football, pourra porter l'étiquette « made in China » ! A côté de deux grands sociétés de BTP, une Irlandaise et une Polonaise, le consortium chinois Covec a remporté les tronçons A et C de la voie rapide pour un total de plus de 310 millions d'euros. Leurs arguments imbattables ? Le prix ! Dans les deux cas, le contractant chinois a proposé des offres 25 à 30% moins cher que ses concurrents. Une première en Europe... qui fait grincer des dents !

Malgré quatre tentatives de contestation, le contrat est maintenu. Il faut dire que les Chinois ne viennent pas les mains vides : comme garantie de la bonne exécution des travaux, le consortium avance 100 millions de dollars. De l'argent public, Covec étant (comme l'intégralité des entreprises de BTP chinoises) une branche du ministère de la Construction, mais de l'argent frais : un cadeau sur lequel le gouvernement polonais ne crache pas en temps de crise !

Soupçons d'importation de main d'oeuvre

De quoi réveiller la méfiance de la Fédération de l'industrie européenne de la construction (FIEC) et du syndicat des contractants européens internationaux qui se sont fendus le 22 octobre d'une lettre aux présidents des institutions européennes. Les représentants du BTP européen y interrogent les autorités bruxelloises sur cette entreprise chinoise qui se voit autoriser l'accès au marché polonais à grand renfort d'aides d'Etat là où la moindre subvention nationale à une entreprise de l'Union est sévèrement condamné. Aucune réponse ne leur est pour le moment parvenu.


« Nous ne voulons pas faire de procès d'intention,  insiste Ullrich Paetzold, directeur général de la FIEC. Nous nous interrogeons seulement : comment la Chine pourra tenir des prix aussi bas sachant le nombre d'ouvriers, d'ingénieurs et d'experts nécessaires ? » Derrière ces interrogations, les patrons du BTP s'interrogent sur l'importation de main d'oeuvre chinoise payée sous les 900 zloty de salaire minimum polonais. Si c'était le cas, cette brèche dans la cohérence de l'espace Schengen risquerait d'ouvrir la voie pour un déferlement d'entreprises chinoises bon marché... et la noyade des sociétés européennes du secteur !


Or, le dumping chinois n'en est pas à son coup d'essai : si une tentative d'entrée sur le marché italien a été cassée sans mal par le tribunal administratif du Lazio (région de Rome) en 2008, de nombreux pays fraîchement intégrés dans l'Union européenne se laissent tenter par les devis « low cost » des entreprises chinoise. Dans son bulletin européen du 2 novembre, la revue spécialisée Le Moniteur des travaux publics énumérait les tentatives : une société mixte de construction de logement à Kielce, en Pologne ; un projet de pont sur le Danube en Roumanie ; des appels du pied de la Hongrie pour devenir la plate-forme régionale de la Chine en Europe... Tout ça sans que les autorités ne saisissent Bruxelles pour contrecarrer le dumping !


Le charme irrésistible des crédits chinois

Tout ça sans compter les contrats en Ukraine, en Macédoine ou en Serbie. Ces marges de l'Europe où la crise financière a rendu les offres de prêts chinois irrésistibles... De la même façon que les Africains ou les Sud Américains se sont laissés tentés par les énormes réserves de dollars de Pékin. Ce « néocolonialisme chinois », comme le surnommait le quotidien économique allemand Handelsblatt, fonctionne sur le modèle du « chéquier politique » : partout où elle propose son aide, la Chine pose des milliards sur la table à des taux défiant toute concurrence. La contrepartie ? Attribuer les appels d'offre, notamment des grandes infrastructures, à des entreprises chinoises.


Le président Hu Jintao visitait ainsi la Namibie en septembre, à laquelle il a accordé un gros chèque. En échange, le pays a octroyé un contrat de 55,3 millions de dollars pour équiper la police locale en scanners de construction chinoise. Une méthode par laquelle la Chine gagne progressivement la confiance, les marchés et l'accès aux matières de premières de toute l'Afrique noire.


L'Union européenne dispose de leviers... mais ne les utilise pas !

« Les Chinois ne posent pas de questions désagréables sur les droits de l'homme, comme l'Union européenne, ou sur votre niveau de dette, comme le FMI, résume un lobbyiste bruxellois. Tout ce qu'ils veulent, ce sont des contrats et des matières premières ! » Et l'Europe ? Elle réagit.. à peine. Dans un rapport de la commission Marché intérieure daté du 28 octobre dernier, l'hypothèse était envisagée que les pays ne jouant par le jeu de la « réciprocité » (ouverture de leur marché en échange de leur accès au marché européen) pourraient se voir fermer les portes du marché européen... à condition qu'ils ne soient pas des pays en développement !


A se pencher sur le simple principe de lutte anti-dumping, l'Union aurait pourtant tout pouvoir de taxer lourdement ces entreprises aux matériaux importés à très bas coût et d'interdire la venue de main d'oeuvre payée sous les minimas nationaux (règle fondamentale de l'espace Schengen). A la FIEC comme chez les entrepreneurs du BTP, on attend toujours. Pendant ce temps là, l'appel d'offre pour l'autoroute A 1 en Pologne est ouvert. Et cette fois-ci, deux entreprises chinoises sont candidates.




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