Comment l'Etat finance la passion «sondivore» de SarkozyRégis Soubrouillard - Marianne | Jeudi 23 Juillet 2009 à 15:35 | Lu 8865 fois
Le temps serait à la glasnost du côté de l’Elysée, l’occasion de lever un coin du voile sur les structures de la communication gouvernementale dont la polémique sur le contrat passé entre OpinionWay, le cabinet Publifact et l’Elysée a relevé des aspects fumeux notamment en ce qui concerne les pratiques des différents services de communication de l'Etat mais aussi l'ampleur des moyens.
Toujours prêt à se vanter de gérer l’Etat comme une holding des plus performantes, tout laissait à penser que la structure de communication élaborée par Sarkozy relevait de la mécanique de haute précision quand la réalité des faits nous rapproche plus des machines improbables imaginées par les Shadoks.
Rattaché à Matignon le Service d’information du Gouvernement, dirigé par l’ancien publicitaire Thierry Saussez, est un service de 120 personnes chargé à la fois de l’analyse de la stratégie et de la conception de la communication gouvernementale. Pour le grand public, le SIG gère essentiellement les campagnes d’information du public sur la sécurité routière ou la lutte contre le tabagisme etc. Avec 22 millions d’euros en 2009, son budget de fonctionnement a progressé de près de 292% et ses dépenses publicitaires se chiffrent à 100 millions d’euros pour une cinquantaine de campagnes multi-supports par an. Cette somme lui permet de se positionner parmi les 50 plus gros annonceurs français, ce qui lui vaut des abattements sur l’achat d’espace allant jusqu’à 65% et en fait un « soutien » économique important de la presse d’information. Nicolas Sarkozy n’a d’ailleurs jamais caché ses intentions de ce point de vue, annonçant en janvier dernier qu’en 2009 l’Etat allait « doubler cette année la part de ses dépenses de communication institutionnelles à destination de la presse écrite ». Le SIG travaille avec une quinzaine d’agences de publicités françaises. Outre son travail de communication, le SIG dispose d’un budget sondage qui avoisinerait les 4 millions d’euros et travaille avec tous les instituts. Budget com' de l'Elysée: les limites de la transparence
Depuis le début de la présidence Sarkozy, le SIG s’emploie à prendre en main l’ensemble de la communication des ministères.
Avec Saussez, le service ne manque pas de projets : une web tv gouvernementale sera lancée cet été. En rodage, elle devrait tourner à plein régime à la fin de l’année. Par ailleurs, un portail Internet France.fr est en cours d’élaboration. Pour un budget global avoisinant les 2,5 millions d’euros. Véritable arme de communication massive, on comprend mieux pourquoi Franck Louvrier, conseiller en communication de Sarkozy avait envisagé, à son arrivée au palais, de rapprocher le SIG de l’Elysée. Une volonté de Sarkozy de centraliser l’appareil de communication de l’Etat autour de sa personne. Le poste devait revenir à Franck Louvrier mais la refonte des services s'est révélée contradictoire avec la Constitution. Louvrier n’en reste pas moins le chef de la communication de l’Elysée où chaque semaine se réunissent avec lui, Patrick Buisson, Henri Guaino, et le publicitaire, co-fondateur d’Euro-RSCG Jean-Michel Goudard pour un Comité de stratégie de communication. Mais la transparence a ses limites et l’Elysée ne se montre guère coopératif lorsqu’on demande des précisions sur son budget de communication. Interrogé par Marianne2.fr, Louvrier a, dans un premier temps, répliqué sèchement « nous avons tout donné à la cour des Comptes !». Ce qui n'est pas exact : ladite Cour des comptes présente une synthèse de la gestion des services de l’Elysée, mais pas de bilan comptable détaillé. Le député PS René Dosière, toujours à l’affut des dépenses du Palais et qui a multiplié les demandes d'informations à ce sujet n’en sait guère plus. Simplement que le site Internet de L’Elysée aurait coûté 150.000 euros. Sarkozy raffole des sondages
Franck Louvrier consent néanmoins à lâcher que le service de communication regroupe 49 personnes. Pour le reste, « il n’y a pas de « budget global de communication à l’Elysée. Les actions ponctuelles sont couvertes directement sur le budget de la Présidence ou elles sont intégrées, selon les cas, aux déplacements du Président, au budget du service audiovisuel ou à celui du service Internet. Les enquêtes et sondages sont couverts financièrement en fonction des bons de commande ». Circulez…
Louvrier, comme Sarkozy, raffolent des sondages qualitatifs, -les qualis dans le métier- excessivement chers, qui permettent, par exemple, de tester une idée avant de la lancer. Au moment du référendum européen, Louvrier avait confié à Libération que « si nous n'avions pas fait ces études et constaté que la question turque était cruciale, le oui ne serait pas majoritaire dans notre propre camp ». Problème : la structure de communication mise en place autour du président fait parfois doublon avec les missions du SIG. Ainsi de la convention passée entre l’Elysée et Publifact pour un coût de près de 1,5 million d’euros qui charge le cabinet de « juger de l’opportunité, dans le temps et dans les thèmes, des sondages ou études d’opinion dont il confiera l’exécution aux instituts spécialisés de son choix » dont la Cour des Comptes a jugé le caractère « exorbitant ». Il arrive également que l'Elysée supplante le service d'information du gouvernement. Ainsi Pierre Giacometti, qui s'était vu attribuer en 2008 un marché de 356000 euros via le cabinet Giacometti-Péron, comme l'a montré Rue89, travaille en fait en direct avec Nicolas Sarkozy. Voilà en tout cas un bout de budget de la « com » de l'Elysée qui est dégagé vers les services de « son collaborateur » François Fillon. Il semble que Matignon ne soit pas seul dans ce cas : ainsi, selon une source de la majorité, Christine Boutin, et même Xavier Darcos se seraient plaints de voir leurs budgets de communication rabiotés par la «passion sondivore» du Résident de la République, comme chantait le regretté Alain Bashung. NB pour les hooligans de la presse
Mercredi dernier, Marianne2 a publié une mise au point dénonçant la façon dont certains confrères reprenaient des informations sur l'affaire des sondages de l'Elysée sans mentionner la source, en l'occurence Arrêt sur Images et Marianne2.
Le quotidien Libération récidive en plus grand aujourd'hui dans sa version papier en prétendant révéler le montant des facturées acquittées par Publifact, le cabinet de Patrick Buisson à Opinion Way, information qui figure sur le site de Marianne2 depuis le 22 juillet à 6 heures du matin. Bon, on ne va pas s'énerver tous les jours (quoique) contre cette façon de piétiner la courtoisie professionnelle la plus élémentaire. Mais nos amis de Libération croient-ils sincèrement que c'est en ignorant les autres qu'ils vont réussir à rebondir dans les kiosques ?
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