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Comment et pourquoi Arnaud Lagardère est devenu une cible (1)

Mardi 30 Mars 2010 à 17:46 | Lu 18249 fois I 32 commentaire(s)

Bénédicte Charles et Emmanuel Lévy - Marianne

Attaqué depuis jeudi dernier par un raider franco-américain, le groupe Lagardère garde un silence qui passe de moins en moins pour stratégique. Et de plus en plus comme le signe d'une stupeur teintée d'effroi alors que l'hégémonie d'Arnaud Lagardère est plus contestée que jamais.


Comment et pourquoi Arnaud Lagardère est devenu une cible (1)
L’information est tombée jeudi dernier : en prévision de l'assemblée générale des actionnaires du groupe Lagardère qui doit se tenir le 27 avril prochain, le financier franco-américain Guy Wyser-Pratte, détenteur de 0,53% du capital de l’entreprise, a déposé une résolution pour demander la fin de la « commandite » — c’est-à-dire la fin du pouvoir hégémonique d’Arnaud Lagardère sur le groupe.
Il n’en fallait pas plus pour que les langues se délient en interne, mais aussi dans les milieux d’affaire et dans les médias. Le moins qu’on puisse dire c’est que l’image du groupe Lagardère et de son héritier-dirigeant, pourtant si préservée jusqu’ici, en prend un sacré coup.
 
Mis en place en 1994 par Jean-Luc Lagardère lui-même, le système de commandite, a souvent été contesté par les opérateurs du marché, davantage même que la commandite de Michelin. C’est ce système de commandite qui a permis à Lagardère de garder le contrôle de son empire quand il n’en possédait plus que 5% des parts, et qui fait aujourd’hui qu’Arnaud Lagardère, qui ne possède en propre que 9,6% des actions du groupe, y conserve le pouvoir effectif. C’est également grâce à ce dispositif qu’Arnaud Lagardère, à l’instar de feu son père, peut se présenter comme un « commerçant ». C’est en effet comme ça qu’on appelle ces associés particuliers que sont les « commandités ». Largardère, en tant que commerçant, est donc responsable sur ses biens propres d’éventuelles pertes de la société. Au contraire des commanditaires, dont le statut est proche de d’un actionnaire lambda, dont le risque maximum est le montant de son investissement. Mais le risque pour Arnaud Lagardère de se voir saisir sa collection de raquettes de tennis et son hôtel particulier, n’est finalement que la maigre contrepartie du pouvoir sans partage qu’il exerce sur son groupe.

Un pouvoir qui est aujourd’hui, sinon menacé — le raider Guy Wyser-Pratte n’a quasiment aucune chance de réussir son coup puisqu’il lui faudrait, pour obtenir la fin de la commandite, obtenir l’approbation de… Arnaud Lagardère — du moins sérieusement contesté. Que reproche-t-on à l’héritier ? De se désintéresser du groupe, ni plus ni moins. Cela ne date pas d’hier, Arnaud Lagardère n’ayant jamais vraiment caché qu’il reprenait les rênes par pur respect pour la mémoire de son père, mais disons que les 77% de baisse des résultats en 2009 n’aident pas les actionnaires à faire preuve de compréhension.

Désormais, on ne donne plus cher de la peau de l’héritier à la tête du groupe Lagardère. Il faut dire que, dans l’univers des grands patrons, Arnaud Lagardère n’a jamais vraiment brillé par son talent. Il a même réussi à se forger un sobriquet : « Mickey ». Et on murmure qu'il n'a besoin de personne pour se planter. « Édouard Michelin, Martin Bouygues ou Frank Riboud (Danone) [eux aussi héritiers de l’entreprise paternelle, ndlr] ont, eux, fait leurs preuves. Mis à part le bon coup réalisé sur le dos de l’Etat avec la vente de ses 7,5 % d’ EADS, sept ans après la mort de Jean-Luc, il est évident qu'il n'est pas au niveau. C’est un Mickey», s’amuse un responsable patronal. Et de poursuivre : « les résultats ne sont pas probants en termes de profitabilité. On parle de vaches à lait comme le titre Elle, qui même en période de baisse du marché publicitaire crache du résultat… »
«Mais où est donc passé Arnaud Lagardère ? » (Médiapart ) ou encore « Lagardère ne répond plus » (Libération ) : les titres se multiplient depuis quelques temps, qui déplorent l’absence de capitaine à bord d’un paquebot dont tout le monde se demande où il va, redoutant de le voir se transformer, à terme, en Titanic. Comme pour leur donner raison, rue de Presbourg (le siège du groupe) le black out est total. D’ordinaire affable, le très sémillant Ramzy Khiroun, responsable de la communication du groupe Lagardère, est depuis deux jours aux abonnés absents. Non pas qu’une extinction de voix subite l’ai cloué au lit. Non, il est à l’image du groupe, comme tétanisé. Pas un communiqué de presse, pas une parole publique. Rien.
A suivre…








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