Comment dépenser 360 milliards qu'on n'a pasSylvain Lapoix | Mardi 14 Octobre 2008 à 08:13 | Lu 18935 fois
Quand l’Etat est en faillite, comment fait-il pour garantir 320 milliards de prêts et injecter 40 milliards de capitaux dans le secteur des banques et assurances ? La réponse de Christine Lagarde : en jouant au banquier et en s’endettant un peu plus!
L'Etat a beau être en « faillite », selon le Premier ministre, pratiquer les réductions budgétaires et les économies de bouts de chandelles dans les ministères, le gouvernement a sorti de son chapeau la bagatelle de 360 milliards d’euros dans le cadre du plan de sauvetage du secteur financier présenté par le président de la République lundi 13 octobre. Pour le gouvernement, ce plan, destiné à « assurer le financement de l’économie et restaurer la confiance », ne créera pratiquement pas de déficit public ni de dettes supplémentaires. Voire. D’un côté l’Etat s’endettera bel et bien et de l’autre il jouera au banquier en prenant de très gros risques.
40 milliards pour recapitaliser les banques Premier mécanisme mis en place : pour sauver une banque en difficulté (comme récemment Dexia) l’Etat pourra lui apporter du capital. Il pourra aussi lui apporter des « quasi-fonds propres », afin de renforcer leurs ratios de solvabilité (le rapport entre les fonds propres et les capitaux prêtés à l’extérieur). Pour ce faire, l’Etat a créé une société de prise de participation de l’Etat. Celle-ci empruntera jusqu’à 40 milliards d’euros sur les marchés, avec la garantie de l’Etat. Ces 40 milliards d’euros seront comptabilisés dans la dette publique. Si en revendant un jour les participations dans les banques, l’Etat ne touche pas au moins 40 milliards (plus l’inflation), ce seront nos enfants qui payeront la différence. Le refinancement : 320 milliards d’euros de dynamite Le deuxième mécanisme est un peu plus tordu. L’Etat se propose de prêter aux banques à court et moyen terme jusqu’à 320 milliards d’euros. Là aussi, il passe par une société ad hoc, dont l’actionnaire sera l’Etat, qui n’a pas encore de dénomination. Cette société empruntera sur les marchés financiers jusqu’à 320 milliards, là aussi avec la garantie de l’Etat.
Pupitre de Christine Lagarde lors de la conférece de presse du lundi 13 octobre à Bercy. Crédit : SL
Elle prêtera ensuite aux banques afin que celles-ci puissent à leur tour prêter aux entreprises, aux particuliers et aux collectivités. En contrepartie des sommes empruntées, les banques ou compagnies d’assurances gageront des créances: prêts immobiliers, prêts à la consommation, emprunts d’entreprises certifiées, etc.
Sur le papier, l’Etat n’est pas endetté: c’est la société créée pour l’occasion qui fait tampon et absorbe le coût. Si toutes les banques et assurances tiennent bon, tout va pour le mieux. Cela peut même rapporter de l’argent puisque la société tampon emprunte peu cher (grâce à la signature de l’Etat) et prête plus cher aux banques.
Mais, si un établissement vient à faire défaut et ne peut rembourser quelques millions, voire quelques milliards, la garantie contractée par l’Etat se transforme instantanément en dette. Pour couvrir ses finances, il ne dispose alors que des créances mises à disposition par la banque, pas forcément très fraîches ni faciles à récupérer, le risque potentiel s’élève à 320 milliards, alors que la dette publique est déjà de 1300 milliards d’euros.
Parmi les bons clients de l’affaire, certains ont déjà flairé la Caisse d’épargne : actuellement en difficulté, la banque aurait, selon le Canard Enchaîné, au minimum besoin de 6,5 milliards pour reconquérir les 8,5% de ratio de solvabilité minimum. Nul doute que les Caisses se présenteront au nouveau guichet de l’Etat. Un grand bol d’air pour les aventuriers des fonds perdus !
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