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Marianne2

Comment Sarkozy est redevenu le petit Nicolas face à Angela

Philippe Cohen | Mercredi 16 Juin 2010 à 14:01 | Lu 12150 fois

On le voulait ce gouvernement de l'euro, et on l'avait crié bien fort. Las, Après un premier lapin de la Chancelière, le Président a dû convenir que le couple franco-allemand se faisait sous son autorité.



Voici quelques semaines, Christine Lagarde avait énoncé une vérité que connaissent bien les économistes : les performances du commerce extérieur allemand ont été en partie bâties au détriment de ses alliés européens. Pourquoi ? Parce que le nouveau gap de compétitivité gagné par les sociétés allemandes ne vient pas seulement de la modération salariale qu’elles ont réussi à imposer à leurs salariés, mais aussi à une réforme de la fiscalité consistant à faire passer les charges sociales du côté de l’impôt. Comme l’a révélé  l’économiste Jacques Sapir, l’Allemagne a réussi une dévaluation cachée de 10% par rapport à ses voisins au moment précis où sa balance commerciale devenait moins favorable en Asie.
 
Ensuite, sous la pression des marchés financiers, Nicolas Sarkozy a réussi, avec la complicité du FMI, à imposer à Angela Merkel un plan de soutien à la Grèce qui tournait le dos aux principes des traités européens et aux règles de fonctionnement de la banque centrale européenne : cette fois-ci c’est une sorte de co-gouvernement européen qui donnait le la et imposait de fait à la BCE  de garantir la dette grecque. La diplomatie élyséenne, forte de cette « victoire Â» a demandé à Christine Lagarde et à tous les membres de son gouvernement de taire leurs critiques et, au contraire, de donner des gages de rigueur à l’Allemagne. Le lancement de la réforme de retraites sous forme de grand hymne à la rigueur a été, tout autant qu’une pédagogie en direction des salariés – auprès desquels elle n’a guère fonctionné – un signal « positif Â» donné aux marchés financiers et à l’Allemagne. L’idée de l’Elysée était ainsi de réussir un deal par lequel les Français, en accord avec les Allemands, imposaient une politique d’austérité européenne en échange de quoi l’Allemagne acceptait un semblant de gouvernement économique face aux crises financières.
 
La demande était loin d’être exorbitante. Il s’agissait simplement d’officialiser ce qui s’impose de fait lorsque les traders attaquent les bons du trésor de telle ou telle nation européenne ou les banques européennes : une concertation et une action commune pour rétablir la stabilité. Angela Merkel a engrangé la rigueur et repoussé la concertation. Elle a au contraire réussi à rétablir le dogme maastrichien, démenti par les faits d’une gestion « neutre Â», «  non politique Â» de l’économie. Et Sarkozy le gueulard est redevenu le toutou de Francfort. La victoire de Merkel est, certes une tartuferie de plus. Dès que la tornade financière se rapprochera de l’euro – la dette espagnole est dans le viseur des traders – les cartes seront rabattues et l’Allemagne devra à nouveau transgresser ses dogmes économiques post-hitlériens – la hantise de l’inflation et du déficit - dont chacun fait mine de croire qu’ils lui ont formidablement réussi, alors que, sur une longue période, les pays laxistes comme l’Italie ou la France ont bénéficié d’une meilleure croissance que le pays de Goethe. Qu’importe le fait que l’Allemagne est plus endettée que la France si l’on prend en compte la totalité de la dette, privée et publique. Qu'importe si, au contraire de ce que croient les conseillers du Président, la France dispose de marges de manoeuvre vis à vis de l'Allemagne (que deviendrait la croissance allemande en cas de rupture des pays du sud, France y compris ?). Ce qui compte, hélas, en France c’est que François Fillon et son parti de la rigueur, qui va de François Hollande à Jean-François Copé en passant par François Bayrou, se soit persuadé du contraire….




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