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Comment Sarkozy a offert Le Monde à ses ennemis

Mercredi 18 Août 2010 à 05:01 | Lu 14330 fois I 16 commentaire(s)

Philippe Cohen
Journaliste à Marianne, rédacteur en chef de Marianne2.fr et co-responsable du service politique... En savoir plus sur cet auteur

Le mois de juin a vu se déclencher une guerre sans merci au sein même de l'establishment. Enjeu : le contrôle du quotidien Le Monde et de son groupe. Une lourde défaite de l'Elysée.


Comment Sarkozy a offert Le Monde à ses ennemis

La reprise du monde a été l'une des « plantades » les plus abouties de la Sarkozie au cours de cette année. A priori, personne ne pouvait imaginer que l'Elysée se mêlerait d'un dossier passablement compliqué. Imagine-t-on un Président de gauche se mêler de la reprise du Figaro ou du Point ? Désireux de s'affranchir de tous les tabous, Nicolas Sarkozy a voulu aussi briser deux principes : le premier voulant que la presse, comme la justice soit indépendante du pouvoir politique, et le second voulant que les affaires de gauche et de droite se règlent au sein de chaque camp.

A l'origine, Claude Perdriel était le mieux placé pour bénéficier des faveurs de la rédaction du quotidien du soir, le premier actionnaire du groupe. L'affaire paraissait bien emmanchée lorsqu'il s'est déclaré, même si la proposition du patron du Nouvel Observateur paraissait quelque peu légère sur le plan financier, comme Marianne l'a souligné dès le départ.
Inquiet de voir se profiler le risque de reprise par le trio Bergé-Niel-Pigasse, dit BNP, franchement ancré à gauche, le président a donc voulu mettre le paquet, laissant entendre à Eric Fottorino, Pdg du Monde, que l'Etat pourrait se montrer moins généreux envers le groupe Le Monde si BNP l'emportait. Il n'en fallait pas plus pour rendre impossible la reprise par Perdriel, devenu brusquement - et peut-être de façon injuste - « le candidat de l'Elysée » et pour jeter les salariés du Monde dans les bras du trio BNP. La proximité supposée entre Prisa et Alain Minc et surtout le fait qu'Orange, dirigée par un ami de Sarkozy, se joigne à Perdriel pour ruiner ses ambitions aux yeux des journalistes du Monde et de Télérama. L'épisode s'est donc clos le lundi 28 juin par une victoire nette et sans bavures du trio BNP.

Mais il s'agit d'une bataille et non de la guerre : la résolution adoptée ce jour-là est une option pas un acte de vente; elle stipule que les acheteurs potentiels du Monde entament avec les actionnaires du groupe une négociation exclusive jusqu'au 30 septembre en vue de la reprise cette fois-ci définitive. C'est donc dans les semaines qui viennent, en principe vers le 15 septembre, que  Xavier Niel, Mathieu Pigasse et Pierre Bergé, deviendront, si tout se passe bien pour eux, les nouveaux propriétaires du Monde. Durant tout l'été, les hommes de gestion et de loi du trio ont travaillé avec les différents acteurs internes du groupe Le Monde pour peaufiner un plan de reprise du groupe, ce qui intègre notamment un projet industriel, une augmentation de capital, le rachat des parts détenues sous forme d'ORA par de grandes entreprises, etc. Aux dernières nouvelles, l'été ne les a pas départis de leur optimisme. Le Monde a donc de bonnes chances d'énerver encore plus les Sarkozystes dans les mois à venir....









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