Marianne2 2012

Comment Sarkozy a explosé le centre !

Vendredi 24 Février 2012 à 12:00 | Lu 9351 fois I 24 commentaire(s)

Philippe Cohen
Journaliste à Marianne, rédacteur en chef de Marianne2.fr et co-responsable du service politique... En savoir plus sur cet auteur

Dans les jours qui viennent, le centrisme sarkozyste va se transformer en une volée de moineaux. Première scission, celle de la Gauche moderne dont les protagonistes se sont répartis les dépouilles à l'amiable. Au Nouveau Centre et au parti radical, les batailles sont picrocholines mais féroces.


Jean-Louis Borloo lors de la création de l'ARES. Que ça paraît loin déjà !
Jean-Louis Borloo lors de la création de l'ARES. Que ça paraît loin déjà !

L’entrée en campagne du Président fait des ravages dans les trois composantes de l’Alliance républicaine écologiste et sociale dont beaucoup d'élus ont longtemps espéré une candidature de Jean-Louis Borloo. Les premières sorties, jugées très droitières, du Président, ont ruiné toutes les spéculations  des centristes sarkozystes. En outre, dans le dispositif sarkozyste, le Modem de Bayrou est beaucoup plus stratégique - même s'il est loin d'être acquis - que l'Alliance. Bref, la droitisation du discours du Président-candidat ouvre un espace aux centristes ... sauf à ceux qui se sont ralliés à lui.

Très «décontenancé» par le discours de Grenoble, Jean-Marie Bockel aurait peut-être rejoint DSK s’il avait été candidat. Longtemps importateur quasi exclusif du blairisme au PS, il lui aurait été fort difficile de ne pas se rallier à la candidature de l'ex-patron du FMI. Bockel a ensuite un peu hésité lorsque Ségolène Royal lui a lancé un appel du pied - passé largement inaperçu,mais pas auprès de lui - durant les primaires socialistes.

Mais là c’est décidé, ce sera Sarko. Sauf que Jean-Marie Bockel n'emmènera pas, loin de là, toutes ses troupes dans le film « Sarkozy II le retour ». Dans quelques jours, la Gauche moderne, son parti, annoncera un divorce « moderne », c'est-à-dire à l'amiable entre ceux qui restent avec lui et les autres, qui dans leur immense majorité passeront chez Hollande sans même emprunter la case Bayrou. Comme dans tout divorce moderne, il convenait de parvenir à un accord sur les enfants (les militants), l’appartement (le local), et l’argent. L’ex-secrétaire d’Etat que Sarkozy emmène en Guyane ou aux Antilles– attention,  seulement « dans la bétaillère », le deuxième avion, disent les mauvaises langues – pour lui faire miroiter le secrétariat aux Tom Dom, gardera le nom du parti, la moitié des finances et seulement quelques « enfants », ces derniers étant libres de leur choix. Bockel récupère quelques élus nationaux, dont le député européen Marielle Gallo, tandis qu’une majorité du parti, y compris les élus Gauche moderne de Mulhouse, le fief de Bockel, devrait suivre Gilles Casanova et Michel Suchod, deux anciens chevènementistes, chez François Hollande, via une association baptisée « L’autre chemin pour une gauche moderne ».  Un appel à rallier le candidat PS – sans aucune négociation, disent les deux parties – sera publié sous peu.

La division confine au ridicule au Nouveau centre, avec pas moins de cinq tendances : les sarkozystes pur jus, comme Jean-Christophe Lagarde, les morinistes qui soutiennent Sarko comme la corde le pendu, les Sauvadistes qui veulent tuer Morin, les anti-sarkozystes relatifs et enfin les antisarkozystes absolus qui devraient rejoindre Bayrou.

Enfin, au Parti radical, Borloo  doit gérer trois sensibilités, les ultra-sarkozystes, souvent des élus sous le brassard UMP qui voulaient imposer un congrès tout de suite, les anti-sarkozystes, aujourd’hui majoritaires dans les fédérations qui veulent rallier Bayrou tout de suite, avant de voter Hollande au second tour et de proposer la énième réunification des radicaux, et enfin les « centristes » de l’appareil emmenés par le secrétaire général Laurent Henart, partisans d’un Parti radical « fort et indépendant » votant Sarko du bout des lèvres. Donc, dix tendances au total. Les trotskistes sont battus à plat de couture.





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