Comment Arnaud Lagardère est devenu une cible (4)
Samedi 3 Avril 2010 à 13:01 | Lu 8404 fois I 9 commentaire(s)
Journaliste à Marianne, rédacteur en chef de Marianne2.fr et co-responsable du service politique... En savoir plus sur cet auteur
Dernier volet de notre enquête sur Arnaud Lagardère. Où l'on voit que les résultats financier du groupe, pourtant médiocres, comptent moins que le comportement d'Arnaud Lagardère et sa quasi-disparition de son entreprise et de la scène publique en général.
Le charme est donc rompu. Puissance du militaire, prospérité médiatique, relations avec le gouvernement, tout ce qui faisait l’influence et le prestige du groupe Lagardère s’est donc évanoui. Il reste un groupe aux résultats médiocres, dirigé par un PDG incapable d’exposer une stratégie lisible et une action attaquée par un raider américain.
Les résultats médiocres ? Ils concernent d’abord la branche média du groupe. Bien sûr l’année 2009 restera une année horribilis dans les annales de la presse, l’année où près de 150 quotidiens et hebdomadaires ont cessé de paraître sur papier aux Etats Unis. Bien sûr, la baisse des recettes publicitaires dans les magazines de Lagardère – 24% - est inférieure à celle du secteur (- 30%). Ce qui compte est que la stratégie de redéploiement numérique a peu avancé. En interne, on reconnait d'ailleurs que le bilan de Didier Quillot est catastrophique. Arnaud Lagardère lui cherche d'ailleurs un successeur.
Dans l'audiovisuel la même cause - la baisse des recettes publicitaires - provoque le même effet : un résultat qui passe de 95 à 11 millions d'euros.
Les autres secteurs ne connaissent pas non plus des résultats très enthousiasmants. Avec 10% de baisse de chiffre d'affaires (à périmètre comparable), le sport, branche chouchoutée par le boss, est loin de répondre aux espérances attendues, et les tribulations poudreuses de Gasquet n'en sont pas la seule raison. Le communiqué du groupe invoque la non récurrence des JO.... Curieux argument puisque le sport est structuré par ce type d'évènement. Faudra-t-il rendre les JO annuels pour améliorer la rentabilité d ce pôle ?
Les résultats médiocres ? Ils concernent d’abord la branche média du groupe. Bien sûr l’année 2009 restera une année horribilis dans les annales de la presse, l’année où près de 150 quotidiens et hebdomadaires ont cessé de paraître sur papier aux Etats Unis. Bien sûr, la baisse des recettes publicitaires dans les magazines de Lagardère – 24% - est inférieure à celle du secteur (- 30%). Ce qui compte est que la stratégie de redéploiement numérique a peu avancé. En interne, on reconnait d'ailleurs que le bilan de Didier Quillot est catastrophique. Arnaud Lagardère lui cherche d'ailleurs un successeur.
Dans l'audiovisuel la même cause - la baisse des recettes publicitaires - provoque le même effet : un résultat qui passe de 95 à 11 millions d'euros.
Les autres secteurs ne connaissent pas non plus des résultats très enthousiasmants. Avec 10% de baisse de chiffre d'affaires (à périmètre comparable), le sport, branche chouchoutée par le boss, est loin de répondre aux espérances attendues, et les tribulations poudreuses de Gasquet n'en sont pas la seule raison. Le communiqué du groupe invoque la non récurrence des JO.... Curieux argument puisque le sport est structuré par ce type d'évènement. Faudra-t-il rendre les JO annuels pour améliorer la rentabilité d ce pôle ?
En fait seule l'activité livres échappe à la morosité, avec une croissance du chiffre d'affaires de 5,3% à 2,2 milliards d'euros. Mais cette performance est due aux ventes exceptionnelles des ouvrages de Stéphanie Meyer. Or, d'une part, il y a peu de chances que le groupe trouve chaque année un auteur à 50 millions d'exemplaires; d'autre part, ce phénomène peut générer un effet pervers, celui de transformer les éditeurs du groupe en chercheurs de petites Stéphanie Meyer. Enfin, le secteur des livres commence à peine à être touché par la vague numérique. Et si le patron de Lagardère Publishing Jean-Charles Naouri a raison de dire que le livre ne sera pas confronté, à la différence de la presse ou des CD, par la concurrence de produits gratuits, il y aura forcément un impact de l'irruption du numérique.
Mais le trouble provoqué par Arnaud Lagardère va très au-delà de résultats qui, au fond ne sont pas si dramatiques dans une conjoncture de crise aussi dure que celle que vit le monde des médias depuis deux ans. Le monde des affaires ainsi que les cadres du groupe Lagardère sont davantage interpelés par deux autres faits. D'abord, le comportement d'Arnaud Lagardère lui-même. Il ne se rend même pas aux conseils d'administration d'EADS, manifestant un désintérêt tel pour l'avionneur que l'ancien patron de l'Aéropspatiale Henri Martre sort de ses gongs et écrit à l'état-actionnaire pour dénoncer ce fils qui détonne à ce point avec ce que fut son père alors que, compte tenu de l'aversion des Allemands pour les entreprises publiques il est, de fait le représentant de la France dans le groupe. Il s'efface au profit de ses patrons de branches lors de la conférence de présentation des résultats. Il envoie Didier Quillot au Conseil d'administration du Monde, alors que le quotidien est dans une situation dramatique. Bref, Arnaud Lagardère se comporte comme un actionnaire dormant sans informer ses actionnaires qu'il s'occupe de moins en moins de la gestion du groupe. Sa quasi-disparition du groupe est commentée un peu partout, en interne comme dans l'establishment. Au point que même les communicants de la rue Presbourg semblent avoir jeté l'éponge : pour tenir un crachoir, encore faut-il avoir quelque chose à dire...
Cette désinvolture du patron s'accompagne d'un silence pesant sur la stratégie du groupe. Arnaud Lagardère souhaite-t-il toujours, comme il l'a souvent dit, se désengager d'EADS ? Pense-t-il toujours que le groupe doit se redéployer autour des médias ? Qui de sa stratégie dans la télévision? Lagardère souhaite-t-il vendre les 20% qu'il détient toujours dans Canal + après avoir raté le rachat de cette entreprise aujourd'hui à nouveau très profitable ? Quid de la participation du Monde dans deux autres centres de pertes durables, les NMPP et Le Monde ?
Jadis, l'opacité du principe de fonctionnement de la société en commandite était compensée par les discours très toniques de Jean-Luc Lagardère sur la stratégie du groupe. Aujourd'hui elle est d'autant moins appréciée que la performance financière du groupe est moins bonne et la visibilité de sa stratégie moins bonne. Du coup, le raid de Guy Wyser-Pratte, dont certains murmurent qu'il bénéficie des conseils d'un ancien Lagarère boy - il y en a plusieurs dans la nature - apparait presque comme salvateur car de nature à obliger Arnaud Lagardère à sortir de son silence.
Mais le trouble provoqué par Arnaud Lagardère va très au-delà de résultats qui, au fond ne sont pas si dramatiques dans une conjoncture de crise aussi dure que celle que vit le monde des médias depuis deux ans. Le monde des affaires ainsi que les cadres du groupe Lagardère sont davantage interpelés par deux autres faits. D'abord, le comportement d'Arnaud Lagardère lui-même. Il ne se rend même pas aux conseils d'administration d'EADS, manifestant un désintérêt tel pour l'avionneur que l'ancien patron de l'Aéropspatiale Henri Martre sort de ses gongs et écrit à l'état-actionnaire pour dénoncer ce fils qui détonne à ce point avec ce que fut son père alors que, compte tenu de l'aversion des Allemands pour les entreprises publiques il est, de fait le représentant de la France dans le groupe. Il s'efface au profit de ses patrons de branches lors de la conférence de présentation des résultats. Il envoie Didier Quillot au Conseil d'administration du Monde, alors que le quotidien est dans une situation dramatique. Bref, Arnaud Lagardère se comporte comme un actionnaire dormant sans informer ses actionnaires qu'il s'occupe de moins en moins de la gestion du groupe. Sa quasi-disparition du groupe est commentée un peu partout, en interne comme dans l'establishment. Au point que même les communicants de la rue Presbourg semblent avoir jeté l'éponge : pour tenir un crachoir, encore faut-il avoir quelque chose à dire...
Cette désinvolture du patron s'accompagne d'un silence pesant sur la stratégie du groupe. Arnaud Lagardère souhaite-t-il toujours, comme il l'a souvent dit, se désengager d'EADS ? Pense-t-il toujours que le groupe doit se redéployer autour des médias ? Qui de sa stratégie dans la télévision? Lagardère souhaite-t-il vendre les 20% qu'il détient toujours dans Canal + après avoir raté le rachat de cette entreprise aujourd'hui à nouveau très profitable ? Quid de la participation du Monde dans deux autres centres de pertes durables, les NMPP et Le Monde ?
Jadis, l'opacité du principe de fonctionnement de la société en commandite était compensée par les discours très toniques de Jean-Luc Lagardère sur la stratégie du groupe. Aujourd'hui elle est d'autant moins appréciée que la performance financière du groupe est moins bonne et la visibilité de sa stratégie moins bonne. Du coup, le raid de Guy Wyser-Pratte, dont certains murmurent qu'il bénéficie des conseils d'un ancien Lagarère boy - il y en a plusieurs dans la nature - apparait presque comme salvateur car de nature à obliger Arnaud Lagardère à sortir de son silence.
Va lis et reviens
Comment et pourquoi Arnaud Lagardère est devenu une cible (1) par Bénédicte Charles et Emmanuel Lévy
Attaqué depuis jeudi dernier par un raider franco-américain, le groupe Lagardère garde un silence qui passe de moins en moins pour stratégique. Et de plus en plus comme le signe d'une stupeur teintée d'effroi alors que l'hégémonie d'Arnaud Lagardère est plus contestée que jamais.
Deuxième volet de notre enquête. Pendant des années, Arnaud Lagardère a bénéficié de l'aura et de l'entregent de son défunt père. À tel point qu'on a l'impression que la presse découvre seulement aujourd'hui qu'Arnaud est loin d'avoir le talent de Jean-Luc.
Comment et pourquoi Arnaud Lagardère est devenu une cible (3) par Emmanuel Lévy
En 2006, Lagardère a vendu la moitié de sa participation de 15% dans EADS. La cession réalisée peu avant que le titre de l'avionneur ne sombre a suscité de nombreuses interrogations sur d'éventuels délits d'initiés. L'affaire s'est traduite par un non-lieu qui ne lui a pas rendu la parole.
En 2006, Lagardère a vendu la moitié de sa participation de 15% dans EADS. La cession réalisée peu avant que le titre de l'avionneur ne sombre a suscité de nombreuses interrogations sur d'éventuels délits d'initiés. L'affaire s'est traduite par un non-lieu qui ne lui a pas rendu la parole.
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