Com du gouvernement : Saussez, avocat culotté pour une piètre cause
Mardi 8 Novembre 2011 à 15:01 | Lu 4744 fois I 3 commentaire(s)
Journaliste à Marianne, j'écris sur le numérique ainsi que sur les questions de police/justice... En savoir plus sur cet auteur
Thierry Saussez, ex-patron du SIG, a défendu les dépenses de communication faramineuses. Selon lui, ses dépenses sauveraient des vies. En fait, elle sauvent surtout le train de vie des journaux.
Professionnel de la communication, Thierry Saussez, ex-directeur du Service d’information du gouvernement, a été appelé à la rescousse pour communiquer sur les dépenses du gouvernement. Le site web de France Télévisions a récemment révélé le rapport de la Cour des comptes sur les budgets communication du gouvernement. Verdict : des contrats sans appel d’offres avec le cabinet Giacometti-Péron, déjà cité dans l’affaire des sondages de l’Elysée et des dépenses en trop forte augmentation. Entre 2006 et 2010, celles-ci sont passées de 95 millions d'euros à 133 millions d'euros, soit 41 % d’augmentation.
De tels montants passent mal en ces temps de rigueur budgétaire. Mais sur RTL, face à Jean-Michel Aphatie, jamais le dernier pour traquer tout ce qui peut nuire au sacro-saint AAA de la France, Thierry Saussez a tenu à se justifier. Pour lui, être proche du président comme Giacometti ne interdit pas de faire des affaires avec l'Elysée : « Si le fait, d'être un ami du président de la République, devient maintenant un signe d'incompétence, et ne vous autorise pas à faire votre métier, ça devient inquiétant ».
Pour lui, la communication gouvernementale est indispensable : « On finirait même par oublier qu'elle est au cœur de la vie quotidienne des gens, qu'elle sauve des vies ». Imparable. Le communicant prend pour exemple les dépenses en matière de sécurité routière : « Jamais on aurait changé le rapport à la bagnole en France en trente ans, s'il n'y avait pas eu d'un côté la législation, la réglementation, et de l'autre la communication et la motivation des citoyens ».
Pour lui, la communication gouvernementale est indispensable : « On finirait même par oublier qu'elle est au cœur de la vie quotidienne des gens, qu'elle sauve des vies ». Imparable. Le communicant prend pour exemple les dépenses en matière de sécurité routière : « Jamais on aurait changé le rapport à la bagnole en France en trente ans, s'il n'y avait pas eu d'un côté la législation, la réglementation, et de l'autre la communication et la motivation des citoyens ».
Saussez a aussi expliqué que les dépenses de communication servaient à d’autres causes nobles comme « la santé, la lutte contre le cancer, l'environnement » mais aussi les campagnes de recrutement comme celles de l'armée. Bref, à l’écouter, dénoncer les dépenses de communication, c’est propager le cancer du poumon, la tuberculose et assassiner les bébés phoques. Et il conclut : « Donc, il n'y a pas à ce niveau là, de gaspillage des crédits publics ».
Sauf que le rapport de la Cour des comptes (dont Saussez ne dénonce pas les chiffres en eux-mêmes) donne un autre son de cloche. Par exemple, la Cour s'est penchée sur les dépenses globales du SIG, l’ex-service de Saussez. De 2006 à 2010, celui-ci a vu son budget augmenter de … 324% pour passer de 4,96 à 21,2 millions. Et le SIG ne finance pas que des campagnes sur la sécurité routière. Et une partie de ces fonds sont en fait siphonnés par l'Elysée. Le SIG a aussi financé la campagne sur les retraites, sur le Grand Emprunt mais aussi sur la taxe professionelle.
TF1, chouchoute du gouvernement
Sur ce point, la Cour des Comptes estime que la hausse des dépenses du SIG aurait du s’accompagner d’une baisse des dépenses de communication des ministères, vu que le SIG a une compétence dite « transversale ». « Le net accroissement des moyens d’intervention du SIG en 2008 et 2009 ne s’est pas accompagné d’une diminution équivalente des dépenses de communication déclarées par les ministères. Au contraire, celle-ci ont augmenté de plus de 16 % en deux ans », écrit la Cour (page 62).
Et le but final de ces dépenses de communication n’est pas seulement de « sauver des vies ». Il y aussi des dépenses plus polémiques comme les 181 977 euros dépensés par le ministère de l'Immigration pour le « coaching en image » d'Eric Besson, c'est le cabinet Giacometti-Péron qui a récupéré le marché suite à une procédure « irrégulière ou, à tout le moins, contestable ».
Il y a un autre poste de dépenses qui pose problème et qui monte plus vite que les autres : les achats d’espaces publicitaires dans les médias. De 2006 à 2010, ils sont passés de 49,04 à 135, 26 millions soit une augmentation de 175,8% quand les dépenses globales de communication du gouvernement n’ont augmenté « que » de 41% dans la même période. Les plus gros consommateurs en 2010 sont l’Inpes (institut national de prévention et d’éducation pour la santé) avec 37,71 millions, l’Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) avec 22,94 millions et enfin la politique de sécurité routière, qui est donc loin d’être la mieux servie, avec 12,69 millions (page 158).
La télévision est la principale bénéficiaire de ces achats avec 39,46 millions en 2010 (où les espaces sont naturellement plus chers) suivie de la presse écrite et de la radio. Et quels médias sont les heureux élus. Dans la presse écrite, ce sont (évidemment) les grands quotidiens nationaux, à savoir le Monde (22 %), le Figaro (20 %) et l’Equipe (17 %). La Cour n’a rien trouve à redire sur ce partage : « Les ‘parts de marché’ des différents titres de presse, relativement stables d’une année sur l’autre, semblent cohérentes avec leurs volumes de diffusion » (page 99).
Il y a un autre poste de dépenses qui pose problème et qui monte plus vite que les autres : les achats d’espaces publicitaires dans les médias. De 2006 à 2010, ils sont passés de 49,04 à 135, 26 millions soit une augmentation de 175,8% quand les dépenses globales de communication du gouvernement n’ont augmenté « que » de 41% dans la même période. Les plus gros consommateurs en 2010 sont l’Inpes (institut national de prévention et d’éducation pour la santé) avec 37,71 millions, l’Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) avec 22,94 millions et enfin la politique de sécurité routière, qui est donc loin d’être la mieux servie, avec 12,69 millions (page 158).
Subventions déguisées ?
Pour la télévision, c’est plus compliqué, TF1 ayant une part un peu trop grosse du gâteau. « La répartition des achats d’espace s’écarte sensiblement de la structure de l’audience. En effet, d’après Médiamétrie, la part d’audience nationale de TF1 s’élevait, en 2010, à 36 % (en se limitant aux sept chaînes nationales). Or, la même année, cette chaîne a concentré plus de 58 % des achats d’espace des ministères dans les chaînes nationales. A l’inverse, France Télévisions, qui n’a bénéficié que du quart des investissements, a enregistré une part d’audience totale de près de 44 % », écrit le rapport. Et tant pis pour le service public.
Pour la Cour, cela s’explique notamment par la suppression de la publicité sur les chaînes publiques même si la communication gouvernementale échappe à cette règle ou par le fait que le gouvernement cherche à cibler les jeunes, public que les chaînes privées arrivent mieux à séduire. La Cour a également un argument plus confus : « Certaines chaînes privées offrent aux annonceurs publics des conditions privilégiées ou des prestations de partenariat atypiques ». Le rapport ne citent pas les chaînes en question et évoque simplement des privilèges de type « diffusion ‘hors écran’ (c’est-à-dire en dehors des ‘tunnels’ de publicité), ‘programmes courts’ (ex : spots en faveur du recrutement dans les armées), etc ».
D’où le problème. Est-il normal que les médias soient plus ou moins sous la dépendance financière de l’Etat ? Ces achats d’espace ne sont-ils pas une forme de subvention déguisée ? Lors des Etats généraux de la presse écrite en 2008, Nicolas Sarkozy avait promis de rééquilibrer la politique d’achats d’espaces entre l’audiovisuel et les journaux. C’est presque fait, de 2008 à 2010, les achats d’espaces à la télévision ont baissé de 14,15% alors que les achats dans la presse écrite ont monté de 56,97% . De même, les achats massifs de journaux par des entreprises comme Air France posent aussi le probème de la dépendance financière des médias.
Au delà de la volonté de « sauver des vies », il y a donc bien un objectif très politique dans la politique de communication du gouvernement et qui n’a rien à voir avec l’efficacité des campagnes en elles-mêmes : sauver la presse en y achetant de l'espace publicitaire. Quitte à la rendre plus dépendante du pouvoir politique.
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