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Cohn-Bendit veut dépasser les Verts, mais ça n’est pas gagné!

Lundi 22 Mars 2010 à 14:01 | Lu 8519 fois I 36 commentaire(s)

Gérald Andrieu
Journaliste politique à Marianne chargé du suivi des partis de gauche. En savoir plus sur cet auteur

Daniel Cohn-Bendit veut lancer une sorte de méta-structure écologiste. Mais les réticences, en particulier du côté des Verts, sont nombreuses...


On ne se refait pas. Le Dany des barricades, malgré les années, est toujours là. Certaines de ses idées bien plus que d’autres en tout cas. La preuve avec son appel du 22 mars relayé ce matin dans les colonnes de Libération.  Un appel qu’on pourrait croire exhumé d’un de ses cahiers d’étudiant. Un appel qui fleure bon le printemps 1968. Le propos est simple : en bon « mouvementiste » qu’il est resté (tout comme son frère Gaby), Daniel Cohn-Bendit propose d’en finir avec la forme partidaire que revêt aujourd’hui l’écologie politique en France.


En somme, il propose rien de moins que de dépasser Europe écologie et, par là même, les Verts : « Il est temps d’incarner l’écologie politique dans un corps nouveau, une forme politique largement inédite, décloisonnée, pour mener la transformation de la société, écrit-il, Les partis politiques d’hier étaient de véritables lieux de socialisation et d’apprentissage de la cité. Mais aujourd’hui ils se réduisent le plus souvent à des structures isolées de la société, stérilisées par de strictes logiques de conquête du pouvoir, incapables de penser et d’accompagner le changement social, encore moins d’y contribuer. (…) J’imagine une organisation pollinisatrice, qui butine les idées, les transporte et féconde avec d’autres parties du corps social. (…) Ni parti machine, ni parti entreprise, je préférerais que nous inventions ensemble une “Coopérative politique” ».


Mais cette idée de Coopérative politique (1) comporte d’importants risques pour les Verts. Premièrement : avec cette nouvelle méta-structure, la maîtrise de l’orientation politique pourrait leur échapper. Depuis la naissance d’Europe écologie, il a en effet fallu aux Verts et en particulier à leur numéro deux, Jean-Vincent Placé, lutter d’arrache-pied pour conserver l’ancrage à gauche des écologistes. Deuxième risque : que cette nouvelle formation se mette à la remorque du Parti socialiste. In fine, on le sait, l’idée de Daniel Cohn-Bendit est de ne pas présenter de candidat à la présidentielle en l’échange, de la part du PS, de plusieurs dizaines de circonscriptions gagnables pour les législatives. L’objectif : donner naissance à un groupe de députés écologistes à l’Assemblée nationale. Mais tous les Verts ne l’entendent pas forcément de cette oreille : « L’idée de Cohn-Bendit de ne pas présenter de candidat écolo faisait son chemin il y a encore quelques semaines, explique un dirigeant des Verts, mais ça s’est compliqué depuis que des sondages ont placé Duflot dans une position intéressante, aux alentours de 8%, 9%, 10%. Pas de la part de Duflot elle-même — je ne suis pas sûr qu’elle veuille être candidate — mais de la part de Placé… »


Mickaël Marie, trésorier des Verts et proche de Dominique Voynet explique, lui, qu'Europe écologie est pour l’heure très divisé sur la stratégie à adopter. Lui-même se pose des questions et en vient à citer au passage De Gaulle pour exprimer ses doutes : « La présidentielle, c’est la rencontre d’un homme avec le peuple. Est-ce que nous avons cet homme ? Pour dire vrai, l’élection présidentielle n’a jamais vraiment été notre élection… Mais dans le même temps, ça n’est pas facile pour les écologistes de se passer d’un candidat à la présidentielle. En France, cette élection, notamment depuis le passage au quinquennat, structure l’image que peuvent avoir les gens d’un parti politique. Si l’on est absent, que vont-ils penser ? En fait, nous sommes devenus un peu trop gros pour faire l’impasse et trop petits pour espérer la gagner… »


Reste que Cécile Duflot, ce matin sur Canal+,   a, elle-même, fait part de ses doutes sur la Coopérative politique que Daniel Cohn-Bendit appelle de ses vœux. Pas frontalement. En prenant bien soin de ne pas froisser l’intéressé et de ne surtout pas insulter l’avenir : « Il y a des choses intéressantes dans le texte de Cohn-Bendit : l'idée de coopérative politique, l'idée de travailler ensemble dans une forme qui n'est pas celle d'un parti traditionnel mais qui s'appuie sur ce qui a été fait jusque-là est une bonne idée ». Mais d’ajouter : « Ça va peut-être être compliqué, mais ce n'est pas obligé que ça se passe mal. (…) Il ne faut pas tout remettre à plat, surtout qu'aux dernières élections européennes et celles-ci, ça s'est très bien passé. »


Au fond, la stratégie de Cohn Bendit ressemble aux succès passés de Sarkozy : c'est en unifiant la droite dès le premier tour que l'actuel président a remporté l'élection présidentielle de 2007. Là où Cécile Duflot n’a pas tort, c’est que Dany oublie de tirer un enseignement majeur de ces élections régionales. Se ranger comme un seul homme derrière un candidat, contredit l'une des leçons principales du scrutin de dimanche dernier : les électeurs ne veulent pas forcément d’un bipartisme forcené et d’alliances de toutes les tendances en une seule entité. Le rêve des élites de voir la France importer le modèle américain ou anglais d'un camp démocrate et d'un camp républicain, s'est encore une fois évanoui dans les  urnes. Car l'union derrière Sarkozy a fait le succès de 2007, mais aussi la Bérézina de mars 2010.



(1) Notons au passage que le PS a déjà une Coopérative politique, la CooPol, son réseau social lancé en janvier dernier. Ce que Martine Aubry s’est empressée de préciser à l’antenne d’Europe 1 ce matin.










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