Cohn-Bendit : si Sarko lance des boules puantes, il a perdu!
Samedi 16 Juillet 2011 à 05:01 | Lu 18062 fois I 0 commentaire(s)
Propos recueillis par Philippe Cohen
Pour Daniel-Cohn Bendit, les candidats se font désormais élire davantage sur la confiance que sur un programme. C'est pourquoi toute campagne de caniveau se retournerait contre son initiateur.
Que penser de ce début de campagne présidentielle ?
« L’élimination de la candidature DSK a cassé la campagne. Martine Aubry y va mais on n’a pas l’impression qu’elle a envie. François Hollande joue sa carte intelligemment, avec un côté réaliste, mendésiste. Mais il ne dit pas grand chose. Quand à Sarkozy, il est incapable d’expliquer aux Français en quoi il a dû, à cause de la crise infléchir sa politique sur le bouclier fiscal. Mais de même, Martine Aubry est incapable de reconnaître que les 35 heures ont posé d'énormes problèmes dans les hôpitaux. Sur l’Europe, le silence est assourdissant. Le Président est pour un grand emprunt. Mais pourquoi pas pas un grand emprunt européen pour aider la Grèce ? Pourquoi ne pas mobiliser les banques européennes pour geler les avoirs des fraudeurs fiscaux grecs, des dizaines de milliards d'euros qui sont placés dans nos banques ? Les politiques se disent pro-européens mais ils ne proposent rien d'un peu audacieux ou offensif dans ce domaine. Jean-Claude Trichet est le seul qui propose quelque chose de politique avec son idée d'un ministère des finances européen. Je l'ai d'ailleurs dit à Eva Joly : je n'ai pas l'intention de me mettre trop en avant dans cette campagne présidentielle. Mais si elle s'engage sur le plan européen à porter une parole plus offensive, je serai avec elle.
Ne peut-on pas éviter d’évoquer la vie privée des candidats ?
Je suis partagé. Durant sa campagne, Schroeder a promu l’image de son couple uni. On a découvert ensuite qu’il était sur le point de divorcer. Or, on n’élit plus sur un programme, car la réalité est trop mouvante. Travailler plus pour gagner, c'était peut-être une bonne idée, mais la crise l'a ruinée. On peut avoir de bonnes idées et se faire contredire par l'évolution du monde. Voici dix ans, la taxe Tobin suscitait l'opprobe générale. Aujourd'hui même le G20 l'envisage, car la crise financière est passée par là.Du coup, ce qui compte le plus pour un candidat, c'est la confiance : est-il, ou est-elle, oui ou non, capable d’affronter une réalité changeante, de s'adapter aux évènements ?
Vous-même comment avez-vous évité l’accusation de pédophilie en 2009 ?
J’ai accepté les critiques. Et j’ai replacé dans le contexte, expliqué ce qui s’était passé exactement. En outre, l’utilisation de cette polémique par les leaders du Front national ont permis, paradoxalement, d’en sortir plus vite : ça puait trop !
Pensez-vous que le président ou son entourage lance des boules puantes pour dégarder l'image des autres candidats ?
Je l'ignore, mais je peux dire une chose : si Sarkozy fait lancer des boules puantes, il perdra. Aujourd'hui, 75% des Français n'ont plus confiance en lui. Ce n'est pas ainsi qu'il va les reconquérir.
A lire dans le dernier numéro de Marianne, l'évènement l''été des boules puantes, dans les kiosques aujourd'hui.
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