Cohn-Bendit: Europe écologie est devenu «ennuyeux» et «mesquin»!
Europe écologie – Les Verts est réuni en congrès, ce week-end, à La Rochelle. Au cours de ce raout qui signe l’ouverture de la primaire entre Eva Joly et Nicolas Hulot, Cécile Duflot se verra reconduite à la tête des écolos. Un couronnement auquel Daniel Cohn-Bendit ne veut pas assister: il ne se reconnaît plus dans le rassemblement qu’il a pourtant initié.
Marianne : Alors c’est clair, vous ne les supportez vraiment plus les Verts ?
Daniel Cohn-Bendit : Ce sont les partis que je ne supporte pas ! Ce n’est pas simplement les Verts. J’ai eu les mêmes désagréments avec les Verts allemands. Ce qui est certain, c’est que la réalité de ce parti n’a rien à voir avec ma conception, ma vision d’Europe écologie – Les Verts (EELV), d’une structure ouverte au débat, à la contradiction. Se retrouvent aujourd’hui dans EELV toutes les maladies infantiles organisationnelles des Verts.
Europe écologie, c’est en fait Les Verts « reliftés », un peu comme le NPA pour la LCR ?
Une chose est sûre, à EELV, on ne discute de rien : le Printemps arabe, la Libye… Et même de la manière de sortir du nucléaire. Un accord avec les socialistes, aussi positif soit-il, ne suffira pas. Parce qu’il n’y a pas eu de débat sur le sujet en France. Mais de ça, on n’en parle jamais !
Qu’est-ce qui vous a le plus déçu dans ce congrès ? L’échec politique de votre motion ou les manœuvres de la direction dont vous estimez avoir été victime ?
Ce qui m’a le plus déçu, c’est de voir quantité de gens de qualité comme Philippe Meirieu ou bien encore Pascal Durand et Jean-Paul Besset choisir le texte de Cécile Duflot, alors que je sais les noms d’oiseaux qui ont été prononcés et les difficultés qu’ils ont rencontrées pendant deux ans avec l’appareil des Verts dont Duflot est le porte-parole.
«Europe écologie n'est pas à la hauteur de ce qu'on devrait être»
Il y a quelques mois, vous aviez vu rouge quand Jean-Vincent Placé, le bras droit de Cécile Duflot, avait expliqué qu’EELV était un « bide ». Vous lui donnez finalement raison ?
Je ne dis pas qu’EELV est un « bide ». Je dis qu’EELV n’est pas à la hauteur de ce qu’on devrait être vu la situation politique française.
Jean-Vincent Placé a raison sur un point au moins : vous êtes un « buteur » et pas un « défenseur ». En clair, innover vous plait, mais gérer un mouvement politique, préparer un congrès vous ennuie ?
Ça c’est juste. Ce qu’on oublie toujours à mon sujet, c’est que je suis un hédoniste. Je suis fait pour lancer des idées. Je ne veux pas m’enfermer dans un rôle et voir ma capacité imaginative retomber. Mais pour continuer dans la métaphore footballistique, si pour remporter un congrès, on en vient — comme l’ont fait Cécile Duflot et les siens — à mettre en place un « catenaccio », cette défense à l’italienne cadenassée des années 1970, ça ne sert à rien de jouer au foot ! L’Italie du catenaccio gagnait. Mais c’était d’un ennui mortel.
Le verrouillage n’est tout de même pas du seul fait de Cécile Duflot. Localement, à EELV, il y a aussi un verrouillage. Quand certains militants de Lyon évoquent ce qu’il se passe en Savoie, ils m’en parlent comme s’il s’agissait d’un endroit aussi fermé que l’Albanie ! Moi je ne suis pas né pour ça…
Il n’y a rien de plus ennuyeux, de plus détestable que ce manque d’ouverture, que cette peur de la contradiction. À chaque fois que j’ai proposé un débat, on m’a opposé un « non » parce que ça contredisait l’orthodoxie. L’été dernier à Nantes, je voulais inviter Rama Yade pour parler foot justement. Vu les débats qu’il y a eu avec l’affaire de la Fédération française, c’était prémonitoire. J’ai eu droit à un « non ». C’était mesquin ! On m’a aussi présenté comme « Dany le liquidateur, Dany celui qui veut vendre les écologistes au PS ». Tout ça parce que j’ai osé imaginer qu’un groupe parlementaire écologiste à l’Assemblée était une perspective plus durable qu’une candidature incertaine à la présidentielle. Les écologistes ont peur de leur ombre !
«Tout ce que l’on racontait sur le talon d’Achille sexuel de DSK, je l’avais évacué. C’est une erreur»
Regrettez-vous néanmoins de vous être mis dans l’hypothèse d’une alliance avec Dominique Strauss-Kahn ?
Je ne le regrette pas vis-à-vis des Verts. J’avais fait une analyse politique : DSK était le plus apte à battre Sarkozy. Ce que j’ai mis totalement de côté, c’est la dimension personnelle. Une présidentielle, c’est une unité entre une vision politique et une personne. On ne sait pas ce qui s’est passé à New York, mais la personne de Dominique Strauss-Kahn a peut-être déraillé. Tout ce que l’on racontait sur son talon d’Achille sexuel, je l’avais évacué. Je le regrette. C’est une erreur. On peut aussi regretter que ses amis les plus proches, ceux qui l’aiment le plus, n’aient pas fait cette analyse : sachant son talon d’Achille, et malgré son talent et son intelligence, il ne pouvait pas être candidat.
Ça n’a tout de même pas facilité les choses pour les candidats qu’envisageaient les Verts, que ce soit Hulot ou Joly ?
C’est ce que m’a reproché Cécile Duflot : « On ne peut pas faire campagne avec une épée de Damoclès ». Mais si nous ne démontrons pas à nos électeurs que nous sommes aussi concernés et conscients qu’eux du risque d’un nouveau 21 avril, ça ne nous rend pas crédibles. Et même s’il n’y a pas de danger de 21 avril, le constat le plus partagé en France c’est : « Il faut battre Sarkozy ». Pour être sûr de le battre, beaucoup d’électeurs savent qu’il faut tout faire pour que le candidat de la gauche soit en tête au premier tour. La candidature-témoignage écologiste va subir ce réalisme politique. Par ailleurs, la force du groupe EELV à l’Assemblée qui naîtra après la présidentielle dépendra de l’ampleur de la victoire de la gauche et de son score au premier tour. Il faut absolument qu’il y ait une cinquantaine, voire une soixantaine de députés écologistes au Parlement pour soutenir nos ministres. Dans le cas contraire, ce sera le retour à la gauche plurielle au sein de laquelle Dominique Voynet et Yves Cochet dépendaient du bon vouloir de Maître Jospin.
«Ni Eva Joly ni Nicolas Hulot n’ont une histoire de militant politique»
Pousser Eva Joly comme vous l’avez fait était alors une erreur ?
Je ne l’ai pas poussée. À l’époque, j’ai simplement dit : « Oui, Eva peut être une bonne candidate ».
Ce que vous pensez toujours aujourd’hui ?
J’ai sous-estimé le fait qu’une candidature à la présidentielle n’est pas seulement une candidature de propositions, mais est aussi une candidature qui doit être très politique. Lors d’une présidentielle, on doit se positionner sur tous les sujets : la réforme de l’ONU, l’Afghanistan, la Libye, etc. Je vois qu’Eva Joly et Nicolas Hulot parlent de transition écologique et sociale — ce que j’approuve — mais j’attends de voir leur dimension politique. Ça n’est pas un reproche, mais ni Eva ni Nicolas n’ont une histoire de militant politique.
DSK disparu, lequel des trois « gros » candidats socialistes restants vous semble le plus apte à battre Sarkozy : Hollande, Aubry ou Royal ?
Ce qui est intéressant c’est que l’on voit que ce que projetaient les gens dans DSK, ils sont prêts à le projeter aussi bien dans François Hollande que dans Martine Aubry. Mais quelque chose m’intrigue. Hollande dit : « Je suis un candidat normal ». Si on en est « normal », ça n’est pas la peine de le dire. On est perçu comme ça. En revanche, Martine Aubry est peut-être aujourd’hui la candidate naturellement la moins bling-bling. Est-ce qu’elle a la volonté ? François Hollande, lui, s’y est préparé, il le veut vraiment. Il faudrait juste qu’il reprenne deux-trois kilos et qu’il retrouve sa jovialité et que Martine Aubry, elle, se lâche un peu. Quant à Royal, pour moi, elle est « out ».
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