Climat: tout ce que cache le Giec (et que vous avez toujours eu envie de savoir)
Mercredi 17 Février 2010 à 05:01 | Lu 23332 fois I 94 commentaire(s)
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur
Conçu comme un instrument de référence en matière d'expertise climatique, le Giec est dans l'oeil du cyclone: données fausses ou peu fiables, tribalisme scientifique, fautes de communication. L'occasion de s'interroger sur l'utilisation politique, diplomatique, médiatique et militaire des enjeux climatiques.
Il n’y a pas que le contesté GIEC qui surveille le climat. Un autre acronyme célèbre s’intéresse aux enjeux climatiques. Le 25 septembre 2009, la CIA créait « le centre sur le changement climatique et la sécurité nationale ». L’agence américaine du renseignement a fait du climat une question de sécurité nationale et a, elle aussi, mis le ciel sous surveillance. Pas pour les mêmes raisons que le Giec.
Un reportage diffusé sur France 24 évoquait la guerre économique souterraine qu’alimente la surveillance des ressources naturelles. Pas franchement une découverte. Depuis la ruée vers l’or, c’est même un classique de l’histoire économique.
Intéressant, le reportage n’en tombe pas moins dans le piège classique : la bienveillante CIA scruterait le ciel afin de « veiller à ce que les autres pays respectent leurs engagements en faveur du climat ». Merci la CIA!
En plateau, David Mascré, Professeur de géopolitique à l’Ecole des Hautes Etudes en Relations Internationales, tempère la présentation par trop vertueuse des visées américaines : « comme toujours lorsqu’on se place du point de vue américain, on se place dans la longue durée avec une volonté d’hégémonie ». Et de citer notamment la guerre du Golfe en 1990-91 et « les bombardements de puits de pétrole de part et d’autre qui ont entraîné une épaisse couche nuageuse qui avait obstrué le ciel koweitien pendant plusieurs semaines ». Soit le climat envisagé comme facteur déterminant pour asseoir une domination militaire. Bien loin des taux de CO2 et autres lieux communs qu’on nous ressert à l’envie.
Un reportage diffusé sur France 24 évoquait la guerre économique souterraine qu’alimente la surveillance des ressources naturelles. Pas franchement une découverte. Depuis la ruée vers l’or, c’est même un classique de l’histoire économique.
Intéressant, le reportage n’en tombe pas moins dans le piège classique : la bienveillante CIA scruterait le ciel afin de « veiller à ce que les autres pays respectent leurs engagements en faveur du climat ». Merci la CIA!
En plateau, David Mascré, Professeur de géopolitique à l’Ecole des Hautes Etudes en Relations Internationales, tempère la présentation par trop vertueuse des visées américaines : « comme toujours lorsqu’on se place du point de vue américain, on se place dans la longue durée avec une volonté d’hégémonie ». Et de citer notamment la guerre du Golfe en 1990-91 et « les bombardements de puits de pétrole de part et d’autre qui ont entraîné une épaisse couche nuageuse qui avait obstrué le ciel koweitien pendant plusieurs semaines ». Soit le climat envisagé comme facteur déterminant pour asseoir une domination militaire. Bien loin des taux de CO2 et autres lieux communs qu’on nous ressert à l’envie.
Le climat fait son apparition dans l'agenda politique, médiatique et diplomatique
Sympathique prix Nobel-promoteur du film « Une vérité qui dérange », autrefois vice-président des Etats-Unis, Al Gore s’inscrivait dans la même démarche : « Sous l’impulsion du vice-président Al Gore, le renseignement se voit assigner une mission environnementale, la CIA se dote d’un agenda environnemental, les images des satellites espions sont déclassifiées pour être mises au service de la science. En quelques mois, le climat fait son apparition sur les chaînes de télévision comme problème majeur. Il va bientôt devenir un élément structurant de l’agenda politique et diplomatique international » précise David Mascré dans un long texte paru en ce début d’année dans la revue Défense Nationale. La machine est lancée, la focalisation sur les enjeux climatiques est sur les rails.
Et pour Al Gore, une nouvelle carrière commence. Suivront le film, des conférences pour quelques dizaines de milliers de dollars à chaque fois, un prix Nobel donc et des sommets climatiques dans tous les agendas diplomatiques.
L’analyse des relations entre environnement, sécurité, protection ou conquête des ressources devient un nouveau domaine d’expertise : rapports, think tank ou livres de prospective plus ou moins sérieux et alarmistes sur « les guerres climatiques » et l’accès aux ressources naturelles des pôles (NDLR : Voir le livre de Richard Labévière et François Thual « la bataille du grand Nord a commencé » qui décrit la guerre « très froide » que se livrent les grandes puissances pour l’accès aux ressources de l’Arctique).
Car si la question des ressources n’est pas nouvelle, ce qui l’est c’est leur positionnement géographique, leur accessibilité, au niveau des pôles, sous les océans. On comprend dès lors toute l'ambivalence de la position américaine, usant de l’alibi climatique pour s’assurer la surveillance et l’accès à ces nouvelles routes de la Soie : « une manière habile de garder la main pour l’accès aux ressources gazières ou hydriques et de pousser des alliés à les faire aller dans un scénario qui les maintiendra sous dépendance américaine ».
Et pour Al Gore, une nouvelle carrière commence. Suivront le film, des conférences pour quelques dizaines de milliers de dollars à chaque fois, un prix Nobel donc et des sommets climatiques dans tous les agendas diplomatiques.
L’analyse des relations entre environnement, sécurité, protection ou conquête des ressources devient un nouveau domaine d’expertise : rapports, think tank ou livres de prospective plus ou moins sérieux et alarmistes sur « les guerres climatiques » et l’accès aux ressources naturelles des pôles (NDLR : Voir le livre de Richard Labévière et François Thual « la bataille du grand Nord a commencé » qui décrit la guerre « très froide » que se livrent les grandes puissances pour l’accès aux ressources de l’Arctique).
Car si la question des ressources n’est pas nouvelle, ce qui l’est c’est leur positionnement géographique, leur accessibilité, au niveau des pôles, sous les océans. On comprend dès lors toute l'ambivalence de la position américaine, usant de l’alibi climatique pour s’assurer la surveillance et l’accès à ces nouvelles routes de la Soie : « une manière habile de garder la main pour l’accès aux ressources gazières ou hydriques et de pousser des alliés à les faire aller dans un scénario qui les maintiendra sous dépendance américaine ».
Giec: pour quelques degrés de plus...
Une stratégie qui n’explique pas pour autant le refus des Etats-Unis de s’engager plus avant dans la lutte contre le réchauffement climatique : « Semblable stratégie a toujours été l’une des constantes de l’histoire américaine. Elle constitue le corpus commun de nombre de grands géostratèges américains, de Mackinder à Brezinsky : mettre en place des instruments de régulation et de contrôle international et tout en mettant tout en oeuvre dans le même temps pour s’en exempter soi-même » estime David Mascré qui éclaire là en partie l’échec de Copenhague et la non-application du protocole de Kyoto.
Rien de nouveau sous le soleil donc ? Pas si sûr. Le GIEC, créé en 1988, à la demande du G7, par l’ONU et le programme des Nations Unies pour l’environnement entre en jeu. C'est un organisme censé incarner LA Vérité scientifique officielle en matière climatique. Or, les « affaires » des dernières semaines ont largement ébranlé l’institution et son mode de fonctionnement.
Dans un article d’Olivier Blond paru dans Science et Vie en octobre 2007 et intitulé « Giec : anatomie d’un consensus », Amy Dahan, directrice de recherche au CNRS et spécialiste de l’histoire des sciences anticipait les possibles dysfonctionnements du système : le Giec est un « consommateur mais pas un producteur de science ». Le Giec ne finance pas les travaux des chercheurs. Son mode de fonctionnement et son organisation font qu’il est d’abord un organisme d’influence politique et…médiatique. Peu de gens lisent les milliers de pages des rapports scientifiques du Giec, se limitant aux synthèses validées par 170 pays, où chaque pays dispose d’une voix. Un processus qui permet l’expression de tous les intérêts divergents et lui donne une tournure beaucoup plus politique.
« Dès 1995, Keith Shine, un chercheur britannique qui avait participé à la rédaction du deuxième rapport ne s'était pas privé de critiquer ce processus d'élaboration dans la presse : « Nous écrivons un texte et les politiciens le transforment ligne par ligne. C'est quand même étonnant qu'ils aient le dernier mot dans ce que contient un rapport scientifique ! » écrivait encore Science et Vie qui redoutait de voir les affrontements politiques nuire à l’efficacité de l’organisme.
Rien de nouveau sous le soleil donc ? Pas si sûr. Le GIEC, créé en 1988, à la demande du G7, par l’ONU et le programme des Nations Unies pour l’environnement entre en jeu. C'est un organisme censé incarner LA Vérité scientifique officielle en matière climatique. Or, les « affaires » des dernières semaines ont largement ébranlé l’institution et son mode de fonctionnement.
Dans un article d’Olivier Blond paru dans Science et Vie en octobre 2007 et intitulé « Giec : anatomie d’un consensus », Amy Dahan, directrice de recherche au CNRS et spécialiste de l’histoire des sciences anticipait les possibles dysfonctionnements du système : le Giec est un « consommateur mais pas un producteur de science ». Le Giec ne finance pas les travaux des chercheurs. Son mode de fonctionnement et son organisation font qu’il est d’abord un organisme d’influence politique et…médiatique. Peu de gens lisent les milliers de pages des rapports scientifiques du Giec, se limitant aux synthèses validées par 170 pays, où chaque pays dispose d’une voix. Un processus qui permet l’expression de tous les intérêts divergents et lui donne une tournure beaucoup plus politique.
« Dès 1995, Keith Shine, un chercheur britannique qui avait participé à la rédaction du deuxième rapport ne s'était pas privé de critiquer ce processus d'élaboration dans la presse : « Nous écrivons un texte et les politiciens le transforment ligne par ligne. C'est quand même étonnant qu'ils aient le dernier mot dans ce que contient un rapport scientifique ! » écrivait encore Science et Vie qui redoutait de voir les affrontements politiques nuire à l’efficacité de l’organisme.
Focaliser l'attention de l'opinion sur les températures
Le Giec, un outil d’influence et de domination politique au service des grandes puissances ? c’est bien la thèse de David Mascré « A une stratégie en deux temps, selon David Mascré, a succédé une stratégie en trois temps: définition des intérêts supérieurs de la puissance dominante au sein des organismes de géostratégie chargés d’étudier les scénarios possibles, financement et mise sur pied d’un organisme de construction et d’orientation du discours scientifique officiel, ratification des engagements volontaires ou contraignants pris par les États dans le cadre de traités internationaux ».
Une stratégie qui s’appuie aussi largement sur les médias, avides d’images d’ours esseulés sur la banquise et d’indices climatiques en tous genres. « En effet le principal point de passage pour que cette stratégie puisse se mettre en place suppose de faire passer dans l’imaginaire des populations et de constituer en croyance collective globale ». Fini le CAC 40, on veut du CO2 !
Au risque d’occulter d’autres problèmes humains bien plus lourds et dangereux en matière d’environnement mais pas toujours « opportuns » à traiter : migrations, concentrations de populations sur les littoraux, constructions en zones sismiques, ventes de dispositifs d’énergie nucléaire etc.
Focaliser l’attention de l’opinion sur le réchauffement climatique pourrait également servir d’écran de fumée destiné à cacher le déploiement de stratégies de conquête et d’appropriation des ressources autrement plus nocives qu’une augmentation supposée de température d’un à deux degrés.
La mise en avant de l’Arctique en est un bon exemple. On y discute de la fonte glacière sans prêter attention à la course débridée aux ressources qui, discrètement, est en train de s’y jouer.
Certes cela n’est pas du ressort du GIEC et la course au pétrole et autres ressources de l’Arctique dépasse de loin la seule question du réchauffement. Mais de cela, en revanche, le monde se détourne et jusqu’à nouvel ordre personne n’envisage d’interdire la prospection pétrolifère dans ces zones. Mission « focalisation » accomplie ?
Une stratégie qui s’appuie aussi largement sur les médias, avides d’images d’ours esseulés sur la banquise et d’indices climatiques en tous genres. « En effet le principal point de passage pour que cette stratégie puisse se mettre en place suppose de faire passer dans l’imaginaire des populations et de constituer en croyance collective globale ». Fini le CAC 40, on veut du CO2 !
Au risque d’occulter d’autres problèmes humains bien plus lourds et dangereux en matière d’environnement mais pas toujours « opportuns » à traiter : migrations, concentrations de populations sur les littoraux, constructions en zones sismiques, ventes de dispositifs d’énergie nucléaire etc.
Focaliser l’attention de l’opinion sur le réchauffement climatique pourrait également servir d’écran de fumée destiné à cacher le déploiement de stratégies de conquête et d’appropriation des ressources autrement plus nocives qu’une augmentation supposée de température d’un à deux degrés.
La mise en avant de l’Arctique en est un bon exemple. On y discute de la fonte glacière sans prêter attention à la course débridée aux ressources qui, discrètement, est en train de s’y jouer.
Certes cela n’est pas du ressort du GIEC et la course au pétrole et autres ressources de l’Arctique dépasse de loin la seule question du réchauffement. Mais de cela, en revanche, le monde se détourne et jusqu’à nouvel ordre personne n’envisage d’interdire la prospection pétrolifère dans ces zones. Mission « focalisation » accomplie ?
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