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Clearstream, le ticket de Villepin pour 2012

Reversus - Blogueur associé | Lundi 1 Février 2010 à 17:01 | Lu 13140 fois

Pour David, de Reversus, le second procès Clearstream représente une opportunité politique pour Dominique de Villepin qui peut séduire tous les déçus du sarkozysme à droite. Une perspective qui effraie l'Elysée qui tente toutes les manœuvres judiciaires pour lui barrer la route.



Le verdict de l’affaire Clearstream est enfin tombé : Dominique de Villepin a été relaxé de toutes les charges qui pesaient contre lui. Plus qu’une défaite morale, c’est un véritable Trafalgar politique que vit aujourd’hui N. Sarkozy. Mais il continue malgré tout de peser de tout son poids institutionnel sur la Justice…

Plus la date fatidique de ce procès se rapprochait, plus Dominique de Villepin affichait une parfaite sérénité. Comme je l’avais évoqué après le procès, sa relaxe relevait de l’évidence.. Une victoire médiatique et judiciaire nette et sans bavures, auréolée du lapsus de N. Sarkozy à New York. Tout aurait donc pu s’arrêter à cette relaxe…

Aujourd’hui, N. Sarkozy ne supporte pas l’idée d’avoir perdu. Pourtant présent de bout en bout au cours de ce procès par l’intermédiaire de son avocat Thierry Herzog, qui a soutenu l’accusation sans relâche, il continue à a vouloir influencer la Justice et a poussé le procureur J.C Marin à faire appel. Ce n’est malheureusement pas la première fois que le Procureur de Paris, que l’on dit « doté d’un grand sens politique », se laisse dicter sa conduite.

En juin 2008, l’ancien hôte de Matignon avait été renvoyé devant le Tribunal de Grande Instance de Paris pour « complicité d’usage de faux, recel de vol et abus de confiance ». Le tribunal avait jugé peu crédible ces hypothèses : Jean-Claude Marin lui-même clamait en juin 2008 que les « charges n’apparaissaient pas suffisantes » pour justifier le renvoi de Dominique de Villepin devant le tribunal correctionnel.

L'Elysée à la manoeuvre

L’ancien secrétaire général de l’Elysée espérait donc le « non-lieu parfait », mais la position adoptée par Jean-Claude Marin a été contradictoire : vraisemblablement mis sous pression par l’Elysée, celui-ci a réclamé des juges Pons et d’Huy des « investigations complémentaires de contexte». L’avocat Yves Richard s’en était alors étonné : « La presse s’était fait l’écho que le procureur s’orientait vers un non-lieu pour M. de Villepin. Mais au final, le parquet a requis son renvoi en correctionnelle a minima après quelques mesures d’instruction qui n’ont rien apporté de neuf ».

Mais Jean-Claude Marin ne s’est pas contenté de cela. En tant que Procureur de Paris, il a soutenu en personne les charges d’accusation et, fait encore plus rare, il s’est exprimé en ce sens quelques semaines avant l’ouverture du procès sur Europe 1. Ainsi, il n’hésitait pas à claironner que Dominique de Villepin est « l’un des bénéficiaires collatéraux mais parfaitement conscient » de cette affaire, et d’annoncer qu’in fine, il « aurait raison ». Dans son réquisitoire, Jean-Claude Marin avait eu la main lourde.

Jamais nous n’avions vu un procureur réclamer une peine aussi sévère pour une affaire de complicité par abstention : 18 mois de prison avec sursis, assortis d’une amende de 45.000 euros. Mais le Tribunal l’a débouté en réfutant point par point tous les élément de son réquisitoire. Après 5 ans d’instruction, les preuves se font toujours attendre.

Ceci n’a pas empêché pas Jean-Claude Marin d’annoncer, en passant une nouvelle fois sur Europe 1 sous l’œil attendri et bienveillant de J.P Elkabbach, qu’il ferait appel de cette décision. Dominique de Villepin affirme que cette décision a été prise par l’Elysée, ce que d’ailleurs tous les juristes soutiennent. Robert Badinter déclarait dans une interview au Monde que dans « le cas de Monsieur de Villepin, il est évident que la décision de faire appel n’a pas été prise sans l’accord – sinon à l’initiative – de la chancellerie et de l’Elysée. » La question est de savoir pourquoi l’Elysée a voulu prolonger ce « spectacle pitoyable » pour reprendre l’expression de l’ancien Premier Ministre ?

Derrière Clearstream, les frégates de Taïwan

Ce qu’il y a de plus frappant, outre la nouvelle bourde présidentielle, ce sont les sentences prononcées d’une même voix par les snipers de l’UMP. A travers ce déferlement d’attaques, on perçoit le degré de désarroi qui secoue la majorité… Pourquoi N. Sarkozy tient-il tant à prolonger l’affaire Clearstream ? La question demeure complexe.

Le premier objectif, c’est d’abord d’altérer au maximum l’image de Dominique de Villepin, de le faire passer pour un éternel justiciable aux yeux de l’opinion publique, pour un homme plus souvent dans les tribunaux que sur le terrain…

Ensuite, considérant que Dominique de Villepin est fermement déterminé à se présenter en 2012, l’idée est d’entraver au maximum sa campagne présidentielle. Le verdict judiciaire de l’affaire Clearstream restant en suspens, la candidature de l’ancien Premier Ministre paraît moins crédible. Dans l’attente de ce jugement, Dominique de Villepin n’aura que plus de difficultés à trouver des soutiens…

Enfin, il ne faut pas oublier que l’affaire Clearstream reste avant tout un formidable paravent derrière lequel se cache une autre affaire, bien plus importante celle-ci : l’affaire des rétro-commissions concernant les ventes de frégates françaises à Taïwan. Qui donc était Ministre du Budget à cette époque ? Nicolas Sarkozy. Malheureusement, ce dossier reste toujours frappé du Secret Défense, et tant que la première affaire Clearstream ne sera pas résolue, ce secret ne sera pas levé…

Vers un rassemblement gaulliste ?

A l’UMP, les déçus du sarkozysme sont légion. Dans les rangs de la majorité, beaucoup n’osaient pas jusque là afficher publiquement leur soutien à Dominique de Villepin, par peur de représailles. Mais, dans la journée qui suivait sa relaxe, toute une partie de la droite s’est littéralement décomplexée.

Les chiraquiens d’abord : J. Chirac et A. Juppé sont très vite rentrés en contact avec l’ancien Premier Ministre pour le féliciter. Un F. Baroin qui s’était jusqu’alors toujours montré assez distant s’est même permis de défendre ce dernier publiquement. Bruno Le Maire a lui aussi rompu le silence en regrettant que cet appel l’empêche de revoir « son ami », rendu inaccessible par le contrôle judiciaire. Le Ministre de l’Agriculture a affirmé à plusieurs reprises qu’il « eût été bon de tourner la page ».

Nicolas Dupont-Aignan s’est quant à lui permis de frapper encore plus fort, en affirmant que cet appel est un « abus de l’appareil d’Etat, une instrumentalisation décomplexée de la Justice, jamais vus sous la 5ème République, [qui] sont indignes de notre pays et s’apparentent à une conception bananière de la pratique du pouvoir. » Il poursuit en tendant implicitement la main à Dominique de Villepin en vue d’un rassemblement gaulliste : « Que ceux qui doutaient à un moment de mon choix de quitter l’UMP il y a deux ans et de bâtir une vraie force politique indépendante, gaulliste, sociale et républicaine, ouvrent enfin les yeux : tout compromis avec ce régime, qui entraîne la majorité à sa perte, est impossible. Il faut faire allégeance au pouvoir, au clan, à la famille, ou essuyer ses foudres impitoyables. »

La preuve que la droite gaulliste et chiraquienne n’attend plus qu’une étincelle pour s’embraser. Si Dominique de Villepin parvient à faire oublier ce procès en étant force de propositions jusqu’en 2011, puis  s’il réussit lors de cette nouvelle épreuve judiciaire à se poser une nouvelle fois en victime d’un abus de pouvoir présidentiel, il en sortira renforcé.

Le second procès Clearstream devra être un catalyseur, et sa candidature un aboutissement logique de son combat. N’a-t-il pas déclaré cette semaine que « lorsqu’au sommet de l’Etat, l’exemple fait défaut, il faut que d’autres hommes se mettent à porter le fardeau du pouvoir » ?

En savoir plus sur l'affaire Clearstream




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