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Christine Lagarde, ministre ou lobbyiste des banquiers ?

Sylvain Lapoix - Marianne | Mardi 20 Octobre 2009 à 07:01 | Lu 7085 fois

Adopté en commission des Finances, l'amendement Migaud prévoit d'augmenter l'impôt de 10% sur les bénéfices de banques. «Pas question», répond Christine Lagarde qui défend «deux ans et demi de travail» en faveur de la place financière de Paris...




«C’est un peu comme si un hôpital taxait les malades qui ressortent guéris»
. Un extrait du débat sur les franchises médicales ? Non : une métaphore douteuse de François Goulard sur un projet de taxer les bénéfices des banques ! Une opinion minoritaire à la commission des finances où l'amendement de Didier Migaud au projet de loi de finances pour ajouter une taxe de 10% à l'impôt sur les sociétés pour les banques ayant bénéficié de l'aide de l'Etat a été adopté mercredi 14 octobre. Une demande «légitime» pour le député PS, au vu de leur «rétablissement». Entendre le retour fracassant des bénéfices et les nuages de bonus qui s'amoncellent en vue de nouvelles pluies d'or sur les traders. Légitime mais pas pour tout le monde.

Une «pénitence» bien excessive pour les libéraux de l'UMP...

Pour Didier Migaud et les élus de l'opposition la chose semble claire : vu les bénéfices que les banques ont réalisés grâce à l'aide d'Etat, il est bien normal qu'une compensation soit prévue. «Il existe déjà une contrepartie à la garantie que l’État a apporté aux banques», s'est précipité Gilles Carrez, bientôt suivi par d'autres.
SIx cent millions d'euros d'intérêts pour la BNP et la Société générale réunis... Une broutille là où l'Etat aurait touché 12 milliards de bénéfice au cours de l'action ! «Aujourd'hui, au vu des taux pratiqués, c'est une bonne rémunération, pondérait à son tour Jérôme Chartier, député UMP des Hauts-de-Seine, intraitable libéral. Nous avons donc fait un choix stratégique, celui de la rapidité. Et nous avons eu raison.» Une ligne sur laquelle il s'est retrouvé bien seul avec Marc Le Fur, moquant une «pénitence» à ceux par qui la crise est arrivée.

Bien seuls car, même leurs collègues de majorité soutenaient la mesure, comme Chantal Brunel, ancienne porte-parole de l'UMP, trouvant qu'il était temps que les contribuables soient quelques peu rétribués de l'aide apportée à ces pauvres petites banques qui trouvaient désormais «assez d’argent pour distribuer des bonus.» L'amendement a été adopté avec le soutien de quatre députés UMP.

Lagarde : «Tout gâcher en un instant sans argument sérieux !»

Mais les dirigeants des banques ne l'entendent pas de cette oreille : «si cette disposition était adoptée, menaçait dès le vendredi suivant la très puissante Fédération des banques françaises, elle réduirait la compétitivité des banques françaises et de la Place financière de Paris, affaiblissant leur capacité à investir et à financer les entreprises et les particuliers, au moment où ils en ont le plus besoin.» Le genre d'argument qui porte Christine Lagarde au cœur.

Tant et si bien que la ministre de l'Economie était dès lundi 19 octobre interviewée dans Les Echos où elle faisait entendre sa colère : «je ne me suis pas battue avec vigueur depuis deux ans et demi pour développer l'attractivité de la place financière de Paris et pour développer l'encadrement des bonus pour tout gâcher en un instant sans argument sérieux !» Les 117 milliards de déficits budgétaire de l'Etat et les 226 millions remboursés par la BNP face aux 500 millions d'euros provisionnés pour les bonus de la même banque ? Pas un argument sérieux donc.

«Pas question» pour la ministre de prendre une mesure frappant le système bancaire française «qui s'est bien comporté pendant la crise.» N'allez pas leur faire peur aux gentilles banques, elles pourraient déménager en Suisse ! N'était-ce pas le message passé par la FBF quand elle parlait d'un «monde totalement ouvert et concurrentiel» ?

Pour ne pas les effrayer, de peur qu'elles cessent de prêter aux entreprises, Bercy continuent de les protéger sans jamais rien exiger d'elles. Discrètement, elle précise qu'elle réfléchis néanmoins à leur faire payer «le coût d'une supervision bancaire renforcée» : quelques centaines de milliers d'euros par ans pour parcourir les livres de compte ? On saura désormais que, pour connaître le point de vue de la ministre, il suffit de consulter le site de la Fédération des banques françaises.



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