Chômage : maintenant, il ne reste que la charité ?
Vendredi 27 Novembre 2009 à 10:27 | Lu 11850 fois I 87 commentaire(s)
Journaliste à Marianne, rédacteur en chef de Marianne2.fr et co-responsable du service politique... En savoir plus sur cet auteur
Avec 2% d'augmentation en une mois, le rebond du chômage est cruel pour le gouvernement ce mois-ci. Du coup, il n'y avait guère de volontaire officiel pour commenter l'évènement ce matin sur les ondes. C'est Martin Hirsch qui s'y est collé. Un symbole ?
C'est tout un symbole : ce matin, il n'y avait que Martin Hirsch - sur France Info - pour commenter sur les ondes les chiffres du chômage, en augmentation de 2% soit 52 400 personne de plus. Les statistiques indiquent que l'augmentation du chômage est particulièrement lourde parmi les jeunes et les plus de 50 ans. En année pleine, une telle croissance du chômage représente 24%, soit 600 000 demandeurs d'emploi de plus. Et quand on sait, comme le re-démontre chaque mois le baromètre de Marianne, que le chômage de fait concerne près de 5 millions de personnes, on mesure l'ampleur du phénomène.
Mais à entendre Martin Hirsch ce matin, on avait presque l'impression d'entendre un boutiquier heureux de l'élargissement soudain de sa clientèle. On plaisante à peine : au fur et à mesure que le chômage se développe, la population des assistés grandit et le job de Martin Hirsch s'élargit. Le Haut commissaire aux Solidarités triomphait presque à l'antenne. Oui, il avait eu raison de se battre pour le RSA jeunes. Oui, il fallait maintenant mobiliser tout l'argent prévu par l'Etat pour aider les jeunes en situation difficile. Oui il fallait plus que jamais tendre la sébile en direction des grands groupes pour qu'ils fassent quelque chose. Hirsch incarne, en quelque sorte l'aftershave des politiques de l'emploi, ce qu'il reste à faire quand on a tout essayé pour rappeler le triste constat de François Mitterrand quand il y avait un ou deux millions de chômeurs de moins...
Brusquement ce matin, la France est en effet placée devant un constat cruel : face à la crise, il n'y a pas de politique économique efficace, il n'y a plus que la charité, la solidarité. A quelques jours de Nöel, l'emploi redevient un redoutable phénomène météorologique. Christine Lagarde qui est censée manager la politique économique ? Elle s'est contentée d'une conférence de presse, comme si elle redoutait d'altérer son prix de meilleur ministre de l'économie européen. François Fillon ? Le pessimisme se lisant sous ses sourcils, il préfère sans doute se taire et n'a pas tort. Quant à Laurent Wauquiez, son discours est celui d'un commentateur et non celui d'un ministre : « On est encore dans la crise et il ne faut pas se laisser abuser par le yoyo des marchés financiers. »
A vrai dire, ce silence parle pour le gouvernement : le chômage augmente au fur et à mesure que l'industrie française se meurt. Pendant vingt ans, au nom du dogme libre-échangiste, on a refusé de s'inquiéter de la désindustrialisation affirmant à tort que la France comme les autres pays développés devait se replier sur des secteurs à forte valeur ajoutée. Nicolas Sarkozy a proclamé une volonté de rupture avec cette détestable analyse que plus grand monde ne revendique d'ailleurs. Il a annoncé une nouvelle politique d'investissement confiée pour une part à Christian Estrosi, sacré pompier en chef de l'industrie, le volet traitement d'urgence de la crise revenant à Patrick Devedjian, ministre chargé du plan de relance. Où en sont leurs actions respectives ? A-t-on réussi à bloquer un tant soit peu l'hémorragie d'emplois industriels ? Le gouvernement a-t-il l'intention d'accentuer ses efforts dans cette direction ?
Voilà les questions auxquelles le gouvernement devrait répondre, au lieu de laisser le Haut Commissaire à la charité publique espérer de nouveaux subsides pour l'assistance publique, utile, certes, mais plus anxiogène que jamais dans ce contexte.
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