Chomage des jeunes : le réel on s'en fout!
Jeudi 23 Juillet 2009 à 09:05 | Lu 11851 fois I 39 commentaire(s)
Journaliste à Marianne, rédacteur en chef de Marianne2.fr et co-responsable du service politique... En savoir plus sur cet auteur
Pleurez brave gens, le chômage des jeunes dépasse les 20%. Mais non, sur ces 20%, il y a 10% d'étudiants au moins. Voilà quinze ans que quelques journalistes tentent de montrer l'erreur des statistiques sur le chômage des jeunes que brandissent tous les hommes politiques dès qu'ils sont devant un micro. En vain. Oh Rage oh Désespoir....
Chômage ou dessert par Raphaël Rousseau (http://www.flickr.com/photos) - Flickr - cc
C'est un truc à vous décourager du métier : voici maintenant quinze ans que le quotidien dans lequel je travaillais à l'époque (et qui n'existe plus), InfoMatin, publiait un article pourfendant la dramatisation de toute la classe politique sur le chômage des jeunes : après enquête et consultation de quelques statisticiens émérites, il apparaissait que les chiffre du chômage des jeunes étaient biaisés à cause de la non comptabilisation ou de la comptabilisation partielle des étudiants. Lorsqu'il n'y avait que 10% d'étudiants dans une classe d'âge, ce n'était pas grave. Mais quand plus de la moitié des moins de 26 ans font des études, la proportion de jeunes chômeurs était quasiment doublée par rapport à la réalité.
Mais peu importe ! L'homme ou la femme politique adore les larmes de crocodile et tous les leaders de gauche ou de droite, ministres ou pas, ont repris cette antienne : nos pauvres jeunes sont les laissés pour compte : vous vous rendez compte, le chômage des moins de 26 ans est le double de celui des autres catégories d'âge !
Attention, ne vous méprenez pas : je ne dis pas que nos jeunes ne sont pas à plaindre. J'ai des enfants qui entrent dans la vie active et je suis payé pour savoir à quel point s'insérer dans la vie active est difficile pour les jeunes générations.
Pour autant, ce n'est pas une raison pour adopter le mode de fonctionnement de la société soviétique : à Moscou, une fois un chiffre offert en pâture par le Parti, il devenait impossible de le bouger. C'est exactement ce qui se passe dans la société française. Depuis quinze ans, nous sommes quelques uns à tenter de rétablir la vérité des chiffres, c omme le rappelait encore dans ces colonnes récemment Cédric Omet :
« Dans un billet daté du 26 avril dernier, Jean-François Couvrat, qui est l’auteur du blog Déchiffrages, nous rappelait les statistiques du chômage des jeunes fournies par Eurostat. Un organisme qui dépend de la commission européenne. On apprenait ainsi que le pourcentage du chômage des jeunes en France n’était que de… 7,3%, soit 0,2% de plus que l’Europe des 15, et 0,5% de plus que l’Europe des 27… On est loin des 20% de chômage et des écarts annoncés par le Haut Commissaire à la jeunesse, qui n’a, bien entendu, jamais triché avec les chiffres ! »
Ce n'est pourtant pas compliqué, il y a même eu des livres sur les bourdes statistiques pour souligner l'erreur, pourtant réitérée fréquemment, surtout, j'ai remarqué, dans le campagnes électorales.
Croyez-vous que ces livres ou ces dizaines d'articles et d'apostrophes (j'ai aussi interpellé dix fois les hommes politiques sur le sujet) aient changé quoique ce soit ? Bernique! Voilà quinze ans que le chômage des jeunes reste, dans notre pays, un drame qui touche 20% de nos jeunes. Affreux!
Hier encore, ce fut le sénateur Gérard Larcher, en principe spécialiste de ces questions qui revenait à la charge à la radio :
Affreux, mais aussi décourageant pour le métier que je fais. Et plus profondément sur l'évanescence de la rationalité dans nos sociétés : un bon sujet de réflexion pour Marcel Gauchet.
Le lendemain, c'est-à-dire aujourd'hui, c'était au tour de notre Martine Aubry nationale que j'ai pourtant connu directrice des relations du travail en 1986, lorsque l'auguste et vénérable Philippe Séguin était au Ministère de la rue de Grenelle. Et pourtant, elle aussi a répété la bourde ce matin :
Le lendemain, c'est-à-dire aujourd'hui, c'était au tour de notre Martine Aubry nationale que j'ai pourtant connu directrice des relations du travail en 1986, lorsque l'auguste et vénérable Philippe Séguin était au Ministère de la rue de Grenelle. Et pourtant, elle aussi a répété la bourde ce matin :
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