Chine : vers un marché intérieur laborieux ?
Mercredi 23 Juin 2010 à 07:01 | Lu 5620 fois I 12 commentaire(s)
Bernard Maris - France Inter
La Chine, dont la monnaie a toujours été dévaluée, rattrape à très petits pas le cours du dollar. Alors que le marché chinois s'oriente progressivement vers l'intérieur, sont-ils capables d'être indépendants, alors qu'ils sont les champions du plagia ? L'exemple du vol des procédés de fabrication d'Alstom par Insigma illustre ce fait, que leur production repose sur la copie. Les salaires des ouvriers sont déjà très faibles, s'ils coupaient le cordon avec les investisseurs étrangers, les résultats seraient certainement critiques.
Simple coup politique sans doute, les Chinois sont souvent attaqués à propos de la sous-évaluation de leur monnaie, et ils prennent les devants ; ils n’ont pas envie que le G20 évoque les problèmes de parité monétaire. La monnaie chinoise a gagné 0.44% par rapport au dollar. Rien. C’est tout à fait artificiel, car il n’y a pas de marché libre du yuan, contrairement au marché de l’euro. Le yuan est sous-évalué, selon les économistes américains, de 25 à 50%, on est donc encore très loin de la parité. Dans des secteurs comme l’électronique, la productivité des chinois est en train de rattraper à la vitesse grand V celle des américains et des européens (dans l’électronique on estime que la productivité chinoise équivaut à 60% de la productivité européenne, tandis que les salaires, eux ne sont pas à 60% des salaires européens, mais à 5%, 20 fois plus faibles !)
La Chine doit encore monter en gamme avant de se tourner vers son marché intérieur
Peut-être les autorités chinoises veulent-elles aussi signifier qu’elles entendent se retourner vers le marché intérieur, car elles ont compris que les pays du Nord étaient en difficulté, trop endettés, et en faible croissance. Des économistes le pensent. Rien n’est moins sûr, les Chinois ont encore énormément besoin du commerce international et des investissements étrangers chez eux, ne serait ce que pour copier, plagier techniquement. Les mésaventures d’ Alstom, qui s’est vu voler, il n’y a pas d’autres termes, ses procédés de fabrication par une entreprise chinoise, Insigma, avec laquelle Alstom avait passé un accord de licence en 2004, sont exemplaires. Insigma s’est tout simplement associé à une entreprise italienne munie de la licence Alstom pour candidater sur des marchés publics européens subventionnés par l’Europe. Certes Alstom se défend. Mais on peut imaginer que son accès aux marchés publics chinois sera compromise… Tant que la Chine n’aura pas assimilé les technologies les plus avancées, elle n’aura aucun intérêt à se couper du marché international.
Le protectionnisme seul remède tant que les salaires chinois sont faibles
Les Américains et les Européens auraient tout intérêt à bâtir une économie protectionniste. Et ce tant que les salaires chinois seront dramatiquement faibles et que les normes sociales et environnementales ne seront pas respectées. En même temps, les américains ont besoin que les chinois achètent leur dette. La Chine recommence à acheter des bons du Trésor américain, après une interruption de quatre mois. Sous entendu, les américains, continuez à vous endetter pour consommer notre production, on est là. Moyennant quoi, la Chine cannibalise nos industries, tout en nous étouffant par une pression continue sur le prix des matières premières. Construire une économie différente de l’économie chinoise, telle devrait être l’urgence d’une politique européenne fondée sur un protectionnisme intelligent. Hélas, l’intérêt à court terme des industriels et des capitalistes, n’a rien à voir avec l’intérêt à long terme des continents.
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