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Chine: quand Chomsky s'éveillera

Mercredi 8 Septembre 2010 à 11:01 | Lu 11807 fois I 91 commentaire(s)

Régis Soubrouillard
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur

Après trois jours passés à Paris en mai dernier pour un cycle de conférences, où ses fans se bousculaient à l'entrée des amphithéatres, le linguiste Noam Chomsky était cet été à Pékin. Aveuglé par son anti-américanisme primaire, l'anarchiste américain a asséné nombre de contre-vérités aux étudiants conquis venus l'écouter.


Chine: quand Chomsky s'éveillera
Objet d’autant d’adulations délirantes –«le plus grand intellectuel vivant »- que de diabolisations exagérées, à 82 ans, Noam Chomsky a commencé il y a de  longs mois une tournée internationale. C’est en vedette que le linguiste engagé est venu dire ses quatre vérités politiques au monde.

A Paris en mai dernier pour un cycle de trois jours de conférence, Chomsky rencontre des lycéens à Clichy, on se bouscule pour  ses prises de parole au Collège de France et à la Mutualité. En revanche, la couverture du passage de Chomsky par les médias français est relativement mesurée.

Passé par Pékin au milieu du mois d’août, Chomsky arrivait en terrain conquis.
C’est qu’au-delà de la linguistique, Chomsky s’est surtout fait connaître pour sa dénonciation systématique de la duplicité de la politique étrangère américaine, pourfendeur infatigable d’un pouvoir acquis au grand capital. De là à se faire l’allié objectif de tous ceux qui s’opposeront à la politique de l’ogre impérialiste, l’entreprise parait risquée.   

Invité à s’exprimer à la prestigieuse université de Beida, Chomsky a exhorté la Chine à pousser ses pions face à des États-Unis dans une situation économique difficile, plus dépendants et endettés auprès de la Chine : « La Chine se développe, et rien n'indique que son développement interne constitue une menace pour l'Occident. Ce qui menace les Etats-Unis, ce n'est pas le développement de la Chine, mais son indépendance. C'est le vrai défi ».

Chine: des politiques sages et avisées

Un anti-américanisme primaire et systématique, autant d’oeillères de la pensée « Chomskienne » : « La Chine s'est développée rapidement en suivant des politiques sages et avisées » ose ainsi le linguiste, avant de poursuivre plus prudemment « mais, alors que des millions de personnes étaient tirées de la pauvreté, les coûts comme la dégradation environnementale sont élevés. Ils sont simplement transférés à la génération suivante. cela n'inquiète pas les économistes, mais ce sont des coûts qui devront bien être payés à un moment donné. Ce sera peut-être par vos enfants, ou vos petits-enfants. Cela n'a rien à voir avec la globalisation ou avec l'OMC ».

En parfait idéologue, Chomsky ignore les faits. Dans une interview au Point, il déclarait déjà : « Combien de bases militaires la Chine possède-t-elle dans le monde ? Aucune. Les Etats-Unis en ont environ 800. Combien de soldats chinois sont-ils déployés à l'étranger ? Presque aucun. Le gouvernement chinois est horrible sur le plan interne, mais il n'est pas agressif à l'extérieur ». Sans préciser si l’un excuserait l’autre.

Tout à sa dialectique, Chomsky déroule son argumentaire : les USA auraient le monopole mondial de la cruauté et du cynisme, au point de faire passer la Chine pour un état vertueux, tout juste empêché de changer le monde par un Oncle Sam sans vergogne : «  La Chine doit se demander quel rôle elle souhaite jouer dans le monde. Heureusement, la Chine ne se dirige pas vers une position d’agresseur, avec un gros budget militaire etc. Mais la Chine a un rôle à jouer ».

Dépourvue de forces de projections, la Chine n’est pas en position d’agresseur et loin de pouvoir rivaliser avec les américains. En revanche, côté budget, les dépenses militaires du pays sont passées de 25 milliards en 2004 à plus de 70 aujourd’hui, ce qui place tout de même la Chine à la quatrième place mondiale…

PCC: la fabrique du consentement ?

Le pays est également engagé dans le tissage d’un  ambitieux « collier de perles ». Au delà de sa charge poétique, l’expression désigne « des ports chinois jusqu’au détroit d’Ormuz et aux côtes orientales de l’Afrique, via les rives de l’Océan Indien, d’un réseau de bases navales et aériennes destinées à ponctuer et sécuriser les grandes lignes maritimes d’approvisionnement en hydrocarbures de la Chine » selon Olivier Zajec.

Chargé d’études à la Compagnie Européenne d’Intelligence Stratégique, dans un long texte de la revue Monde Chinois, l’auteur  relativisait le danger des ambitions chinoises, largement exagérées par Washington.  Un « collier » certes sans comparaison avec le maillage stratégique des bases militaires américaines mais qui n’en dessine pas moins, selon lui, une volonté d’emprise sur l’océan indien.

Dans sa conférence, Chomsky ne dira pas un mot sur le Tibet, pas plus sur le Xinjiang. Sans doute que les Tibétains et les Ouïghours auraient eu quelques anecdotes à lui raconter sur l’impérialisme chinois. Rien non plus sur le sort réservé aux journalistes « dissidents », les multiples instruments de propagande du régime, et l’assaut récemment lancé sur les médias d’information. Et surtout, rien sur la réalité de l'exploitation des ouvriers et des mingongs en Chine où le faible coût de la main d'oeuvre reste le ressort de l'expansion chinoise. Chomsky  est aussi discret sur ce terrain que les économistes pro-chinois si présents dans les médias. Etonnant pour un intellectuel qui a bâti toute sa carrière sur la propagande médiatique et sa renommée sur la façon dont les médias et le pouvoir « fabriquent le consentement ».








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