Chine: le PC veut-il s'offrir le FC Liverpool ?
Lundi 9 Août 2010 à 05:01 | Lu 7103 fois I 9 commentaire(s)
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur
Le Parti Communiste Chinois va-t-il s'offrir le club de Liverpool ? Le représentant du plus important fonds souverain chinois serait sur le point de trouver un accord avec la banque britannique mandatée pour négocier la vente du club mythique. Mais de nombreuses inconnues demeurent.
Croulant sous les dettes, le mythique club anglais de Liverpool est à vendre depuis avril dernier. Comme bon nombre de prestigieux clubs anglais, le Liverpool FC vit à crédit. Circonstance aggravante, il est la propriété de deux hommes d’affaires américains, adeptes de la technique du « leverage », un recours à l’endettement plutôt qu’à l’augmentation de capital qui n’a pas résisté à la crise et l’effondrement des banques d’investissements américaines. Bref, les Reds sont dans le rouge.
Ironie de l’histoire, le grand sauveur du club pourrait bien arborer, lui aussi, le drapeau rouge. Celui du Parti Communiste Chinois.
Le russe Roman Abramovitch à Chelsea, l’américain Malcolm Glazer à Manchester United, Manchester City à l’Abu Dhabi City Group: il y a bien longtemps que les leaders de la Premier League se sont « vendus » aux puissances étrangères.
De là à répondre aux avances de l’Empire du Milieu, même devenu l’un des brillants élèves de l’école libérale…
Ironie de l’histoire, le grand sauveur du club pourrait bien arborer, lui aussi, le drapeau rouge. Celui du Parti Communiste Chinois.
Le russe Roman Abramovitch à Chelsea, l’américain Malcolm Glazer à Manchester United, Manchester City à l’Abu Dhabi City Group: il y a bien longtemps que les leaders de la Premier League se sont « vendus » aux puissances étrangères.
De là à répondre aux avances de l’Empire du Milieu, même devenu l’un des brillants élèves de l’école libérale…
Le Parti déroule le tapis rouge au FC Liverpool
Sa tête de pont se nomme Kenny Huang, le représentant du fonds d’investissement CIC (China Investment corporation), un fonds souverain créé par Pékin en 2007 chargé de gérer les réserves de devises étrangères de la République Populaire de Chine. Evaluée à 1695 milliards de dollars, cette réserve de change est la plus importante au monde. Le fonds souverain de la Chine y possède environ 250 milliards d’euros de liquidités à investir dans « les marchés financiers traditionnels et dans des actifs alternatifs et d'en tirer des bénéfices pour l'Etat chinois ».
Alternatifs certes, mais investir dans un club de foot, pour un fonds souverain reste, pour le moins, une « curiosité ». Contrairement aux idées reçues, les rendements dans le foot, sont à peu près inexistants…Rien à voir, par exemple, avec les franchises NBA (National Basket Association).
Qui sait si le président Hu Jintao est un fan de Fernando Torres et veut son club de foot ? Confronté à de nombreux mouvements sociaux, le Parti a-t-il succombé à l'adage qui veut que le foot est le « nouvel opium du peuple » ? Ce serait prendre les dirigeants du pays pour de grands naïfs.
Estimée à 360 millions d’euros, la dette du club, n’est en rien un obstacle pour le CIC, et comme le signalait le Times, « cette acquisition ne représente qu'une toute petite partie du vaste plan mondial d'investissement de la Chine ». Une goutte d’eau dans un océan de liquidités…
Face à la curiosité suscitée par la possible reprise en main des Reds par les chinois, le négociateur du club a prévenu qu’il restait, dans ce dossier, beaucoup d'inconnues. Des interrogations qui portent autant sur la nature des soutiens financiers, que sur les motivations du CIC ou encore sur la personnalité floue du prétendu « sauveur » du club.
Alternatifs certes, mais investir dans un club de foot, pour un fonds souverain reste, pour le moins, une « curiosité ». Contrairement aux idées reçues, les rendements dans le foot, sont à peu près inexistants…Rien à voir, par exemple, avec les franchises NBA (National Basket Association).
Qui sait si le président Hu Jintao est un fan de Fernando Torres et veut son club de foot ? Confronté à de nombreux mouvements sociaux, le Parti a-t-il succombé à l'adage qui veut que le foot est le « nouvel opium du peuple » ? Ce serait prendre les dirigeants du pays pour de grands naïfs.
Estimée à 360 millions d’euros, la dette du club, n’est en rien un obstacle pour le CIC, et comme le signalait le Times, « cette acquisition ne représente qu'une toute petite partie du vaste plan mondial d'investissement de la Chine ». Une goutte d’eau dans un océan de liquidités…
Face à la curiosité suscitée par la possible reprise en main des Reds par les chinois, le négociateur du club a prévenu qu’il restait, dans ce dossier, beaucoup d'inconnues. Des interrogations qui portent autant sur la nature des soutiens financiers, que sur les motivations du CIC ou encore sur la personnalité floue du prétendu « sauveur » du club.
Un dossier flou, complexe et semé d'embûches
On en sait, en effet, assez peu sur Kenny Huang. La plupart des journaux anglais ont écrit ces derniers jours qu’il possédait 15% des Cleveland Cavaliers, un prestigieux club de la NBA. La NBA a fait savoir que l’intéressé ne possédait, en rien, 15% des parts des Clevelands Cavaliers, mais qu’il avait joué un rôle d’agent pour le transfert de certains joueurs et participé aux négociations de partenariat du club avec la célèbre marque de bière Tsingtao. Pas grand chose à voir…La presse britannique n'a pas fait circuler ce rectificatif.
Le magnat possèderait diverses fondations, investit dans l’industrie ferroviaire, l’automobile. A titre personnel, Huang copréside la Ligue nationale de basket-ball et la Ligue de baseball chinoise. Il dirige le fonds d'investissement QSL Sports Ltd, basé à Hong Kong, dont le site internet est en maintenance depuis des mois…
Difficile d’en savoir plus. Sinon que si l'affaire se conclut, Kenny Huang ne sera que le « faux nez » du gouvernement communiste chinois qui sera le véritable propriétaire du club. Et la Premier League a déjà affirmé qu'elle ne s'opposerait pas à ce que la Chine, régulièrement montrée du doigt pour le manque de respect des droits de l'homme, prenne le contrôle du club.
Pendant que la Royal Bank of Scotland disait n’avoir entamé aucune négociation avec Kenny Huang pour la reprise du club, ce dernier disait « regarder » le dossier mais sans avoir fait de propositions concrètes. L'Agence Chine Nouvelle, organe officiel, évoquait vendredi un accord imminent pour la reprise du Liverpool FC, club qualifié « d'Australien ». Simple erreur de traduction, confusion géographique ou preuve d'un enfumage total ? On s'y perd.
Côté motivations du CIC, les experts financiers anglais affichent un certain scepticisme sur la pertinence de tels investissements pour ce fonds, connu pour sa prudence. Déjà, sur des forums de supporters, on trouve des discussions sur le thème :« Jamais la Chine ne s'emparera de mon club ». Pas franchement chaleureux. Certaines organisations de défense des droits de l’homme ont fait entendre leur voix sur l’éventualité de la prise en main d’un club emblématique par un état jugé « totalitaire ». L’association Tibettruth estime ainsi que « la Premier League ne peut pas, en conscience, ignorer les atrocités commises par le régime chinois et autoriser la prise de contrôle du club par le Parti Communiste Chinois». En revanche, une opération de ce type s’inscrirait parfaitement dans la politique de soft power engagée depuis plusieurs années par le gouvernement chinois.
Le magnat possèderait diverses fondations, investit dans l’industrie ferroviaire, l’automobile. A titre personnel, Huang copréside la Ligue nationale de basket-ball et la Ligue de baseball chinoise. Il dirige le fonds d'investissement QSL Sports Ltd, basé à Hong Kong, dont le site internet est en maintenance depuis des mois…
Difficile d’en savoir plus. Sinon que si l'affaire se conclut, Kenny Huang ne sera que le « faux nez » du gouvernement communiste chinois qui sera le véritable propriétaire du club. Et la Premier League a déjà affirmé qu'elle ne s'opposerait pas à ce que la Chine, régulièrement montrée du doigt pour le manque de respect des droits de l'homme, prenne le contrôle du club.
Pendant que la Royal Bank of Scotland disait n’avoir entamé aucune négociation avec Kenny Huang pour la reprise du club, ce dernier disait « regarder » le dossier mais sans avoir fait de propositions concrètes. L'Agence Chine Nouvelle, organe officiel, évoquait vendredi un accord imminent pour la reprise du Liverpool FC, club qualifié « d'Australien ». Simple erreur de traduction, confusion géographique ou preuve d'un enfumage total ? On s'y perd.
Côté motivations du CIC, les experts financiers anglais affichent un certain scepticisme sur la pertinence de tels investissements pour ce fonds, connu pour sa prudence. Déjà, sur des forums de supporters, on trouve des discussions sur le thème :« Jamais la Chine ne s'emparera de mon club ». Pas franchement chaleureux. Certaines organisations de défense des droits de l’homme ont fait entendre leur voix sur l’éventualité de la prise en main d’un club emblématique par un état jugé « totalitaire ». L’association Tibettruth estime ainsi que « la Premier League ne peut pas, en conscience, ignorer les atrocités commises par le régime chinois et autoriser la prise de contrôle du club par le Parti Communiste Chinois». En revanche, une opération de ce type s’inscrirait parfaitement dans la politique de soft power engagée depuis plusieurs années par le gouvernement chinois.
Le foot, opium du peuple et instrument de puissance
Montrer ses muscles et séduire, c’est le leitmotiv de Pékin. Des chaînes de télé sous contrôle, des instituts Confucius qui poussent comme des champignons, sans compter les jumelages, les aides au développement et une diaspora influente. Alors pourquoi pas un club de foot. Les Reds, nouvelle armée rouge chinoise ? Liverpool est une « marque » de réputation internationale, une équipe composée de vedettes largement capables de remplir des stades dans ce lointain et riche orient lors des tournées estivales, autant de sponsors potentiels, contrats commerciaux, produits dérivés, droits télé, un club associé à l’histoire ouvrière de la ville, incarné par son maillot rouge, dont la ville –cerise sur le gâteau- est jumelée avec Shanghaï. Bref, l’ambassadeur idéal d’une Chine qui gagne.
Lors d’une conférence sur le soft power chinois, Liu Haixing, chargé d’affaires à l’ambassade de Chine en France, estimait que l’investissement dans le sport ou l’organisation de compétitions était loin d’être anecdotique.
Une chose est sûre, le FC Liverpool restera Red. Pas sûr pour autant qu’il arbore le rouge de Chine, ni les couleurs du communisme. D’autres candidats –indiens, koweitiens, syriens- à la reprise se sont fait connaître. Par ailleurs, Sportingintelligence, un site d’informations indépendant sur le sport-business estime que c’est d’abord l’intrigue qui l’emporte dans ce dossier. Kenny Huang pourrait bien négocier pour d’autres fonds souverains, officialiser son partenariat avec le CIC au dernier moment pour éviter de compromettre un projet devenu sensible, ou simplement faire là sa propre publicité. Une de ses spécialités…
Lors d’une conférence sur le soft power chinois, Liu Haixing, chargé d’affaires à l’ambassade de Chine en France, estimait que l’investissement dans le sport ou l’organisation de compétitions était loin d’être anecdotique.
Une chose est sûre, le FC Liverpool restera Red. Pas sûr pour autant qu’il arbore le rouge de Chine, ni les couleurs du communisme. D’autres candidats –indiens, koweitiens, syriens- à la reprise se sont fait connaître. Par ailleurs, Sportingintelligence, un site d’informations indépendant sur le sport-business estime que c’est d’abord l’intrigue qui l’emporte dans ce dossier. Kenny Huang pourrait bien négocier pour d’autres fonds souverains, officialiser son partenariat avec le CIC au dernier moment pour éviter de compromettre un projet devenu sensible, ou simplement faire là sa propre publicité. Une de ses spécialités…
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