Chine-USA : G2 ou aimable discorde ?
Mercredi 29 Juillet 2009 à 07:01 | Lu 6153 fois I 15 commentaire(s)
Journaliste à Marianne, rédacteur en chef de Marianne2.fr et co-responsable du service politique... En savoir plus sur cet auteur
Le Sommet USA-Chine s'achève sans vraiment qu'il en ressorte autre chose que de vaines exhortations et des voeux pieux. Le G2 ChinAmérique est un beau projet. Mais les deux puissances aux atoûts si complémentaires ne parviennent guère à trouver un autre langage commun que celui du rapport de forces.
Nicolas Sarkozy avait réussi à convaincre le Président brésilien Lula de militer en faveur d’un G14, alternative au G8 de l’ancien temps et au G20 trop lourd à manier. De son côté, Barack Obama avait fait savoir qu’il trouvait ce « G-agenda » un peu trop chronophage. On comprend mieux pourquoi en voyant comment l’administration américaine a mis les petits plats dans les grands pour recevoir une délégation chinoise imposante de 150 membres et inaugurer ainsi ce que la presse internationale a immédiatement décrypté comme un G2 susceptible de remettre le monde sur les rails. Ah, que ce sigle sonne délicatement aux oreilles de nos économistes ! Imaginez un instant une fusion Chine-USA : l’ensemble serait parfaitement équilibré entre le déficit américain et l’excédent commercial chinois, et assez complémentaire, les nouvelles technologies, la chimie, l’industrie militaire et l’agro-alimentaire américains s’articulant bien aux atoûts industriels chinois. L’économiste Patrick Artus ne cesse de célébrer les vertus de cette alliance.
La Chine bande ses muscles
Oui mais la géolitique est plus proche de l’algèbre que de l’arithmétique. Autrement dit, on est peut-être en train de célébrer un G2 au moment où Etats-Unis et Chine voient se multiplier les sujets de discorde. La Chine et les Etats-Unis apparaissent comme les deux géants du monde. Mais ces géants ont de nombreuses faiblesses. Le déclin de l'empire américain n'est plus une lubie pour personne. Chacun sait que le leadership du dollar est compté et que l'industrie américaine aura toutes les peines du monde à se redresser. Quant à l'émergence chinoise, elle suscite de plus en plus d'inquiétude. Dans combien de temps la bulle immobilière du pays éclatera-t-elle ? Quand découvrirons-nous les actifs pourris de ses banques ?
Chine et USA doivent aussi compter avec leurs nombreux différents. Pékin a besoin que les consommateurs américains continuent à acheter du made in China, alors qu’Obama espère de ses concitoyens qu’ils vont moins consommer et davantage épargner. Washington exigeait du gouvernement chinois qu’il réévalue la monnaie chinoise pour faire baisser le déficit commercial américain. Ce n’est plus de saison. En cédant une partie de leurs bons du Trésor et en évoquant l’hypothèse d’un nouveau système monétaire qui se passerait du dollar, la Chine a montré que les cartes économiques et monétaires étaient désormais dans sa main.
La Chine souhaite aussi que les capitaux de son plan de relance servent d’abord les intérêts des grands groupes chinois, d’où l’apparition d’un protectionnisme discret dans les appels d’offres de grands travaux. De son côté, le gouvernement américain est parfois obligé de lâcher du lest devant les lobbies industriels américain qui exigent des mesures protectionnistes. Bref, si un nouvel équilibre se fait jour, il traduit le rapport de forces d’un moment et non les contours d’un nouveau monde. En fait, il faut lire à l’envers, à la manière d’Orwell le discours de Barack Obama : si le numéro un américain tend la main à la Chine aujourd’hui, c’est peut-être parce que celle-ci n’a pas vraiment besoin de la saisir. Ce G2 à moitié réussi pourrait finalement n’avoir qu’une seule vertu : montrer aux Européens, aux Russes et aux Japonais qu’ils auraient tout intérêt, eux aussi, à se concerter. Pour jeter les bases d’un capitalisme libéré de son virus spéculatif. On peut toujours rêver.
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