Chine-Tunisie: si loin, si proche
Lundi 17 Janvier 2011 à 18:01 | Lu 10481 fois I 42 commentaire(s)
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur
Comme pétrifié d'assister à l'effondrement du pouvoir tunisien, la presse chinoise a feint l'aveuglement jusqu'au 15 janvier, contrainte de constater la chute de Ben Ali. Un déni de réalité qui en dit long sur les angoisses du régime de Pékin, qui se trouve renvoyé à sa propre fragilité, compte tenu des troubles sociaux qui l'accablent.
Manifestations à Feriana en Tunisie
« Service minimum », c’est le traitement accordé par la presse officielle chinoise aux « événements de Tunisie ». Dans le China Daily, « motus », pas un mot, jusqu’au 10 janvier, jour où le quotidien s’est contenté de rendre compte de la vérité « officielle » : « les manifestants dénoncent le manque d’emplois pour les jeunes, mais le gouvernement assure que ces colères ne sont le fait que d’une minorité de violents extrémistes ».
Le nom de Mohamed Bouazizi, le « Jan Palach » tunisien, qui s’est immolé par le feu sur un marché de Sidi Bouzid, considéré comme l’élément déclencheur du mouvement, apparaîtra pour la première fois le 15 janvier, le jour de la fuite de Ben Ali…
Des choix rédactionnels en conformité avec les dernières directives du Département de la propagande chinois qui interdisent aux journaux de parler des problèmes sociaux et économiques, sous prétexte qu'il faut rassurer le peuple.
C'est que la soudaine marée humaine qui a emporté la famille Ben-Ali a de quoi donner des sueurs froides à tous les Père Ubu de la planète, qui se croyaient solidement arrimer sur leurs trônes. « Ce peuple apparemment tranquille, est encore dangereux » disait Raymond Aron.
Si la comparaison a ses limites, certains n'hésitent pas approfondir le rapprochement. Maître de conférence à Sciences Po Paris et animateur du blog EGEA (Etudes Géopolitiques Européennes et Atlantiques), Olivier Kempf, signait le 5 janvier un texte intitulé « Tunisie, présage chinois ? » : « une population relativement éduquée s'aigrit, avant même toute considération politique, à cause des difficultés à trouver du travail et, surtout, à profiter de la croissance affichée depuis quelques années. Cela rappelle évidement la situation chinoise, la différence tenant au modèle tunisien, complètement tourné vers le marché européen, qui connaît la crise économique depuis deux ans : la rétroaction sur la « Chine du Maghreb » est sensible. On ne peut que penser à l'agitation sociale qui s'exprime en Chine, et qui est visiblement de plus en plus fréquente ».
Le nom de Mohamed Bouazizi, le « Jan Palach » tunisien, qui s’est immolé par le feu sur un marché de Sidi Bouzid, considéré comme l’élément déclencheur du mouvement, apparaîtra pour la première fois le 15 janvier, le jour de la fuite de Ben Ali…
Des choix rédactionnels en conformité avec les dernières directives du Département de la propagande chinois qui interdisent aux journaux de parler des problèmes sociaux et économiques, sous prétexte qu'il faut rassurer le peuple.
C'est que la soudaine marée humaine qui a emporté la famille Ben-Ali a de quoi donner des sueurs froides à tous les Père Ubu de la planète, qui se croyaient solidement arrimer sur leurs trônes. « Ce peuple apparemment tranquille, est encore dangereux » disait Raymond Aron.
Si la comparaison a ses limites, certains n'hésitent pas approfondir le rapprochement. Maître de conférence à Sciences Po Paris et animateur du blog EGEA (Etudes Géopolitiques Européennes et Atlantiques), Olivier Kempf, signait le 5 janvier un texte intitulé « Tunisie, présage chinois ? » : « une population relativement éduquée s'aigrit, avant même toute considération politique, à cause des difficultés à trouver du travail et, surtout, à profiter de la croissance affichée depuis quelques années. Cela rappelle évidement la situation chinoise, la différence tenant au modèle tunisien, complètement tourné vers le marché européen, qui connaît la crise économique depuis deux ans : la rétroaction sur la « Chine du Maghreb » est sensible. On ne peut que penser à l'agitation sociale qui s'exprime en Chine, et qui est visiblement de plus en plus fréquente ».
Le régime de Pékin pour le retour à la stabilité sociale
Contrairement à de nombreux du pays du Maghreb (6,1% en Jordanie, 3,5% en Tunisie, 5,7% en Algérie), le régime de Pékin, mène une lutte sans relâche contre l’inflation, conscient que la hausse des prix est un paramètre essentiel de la stabilité sociale et de son autorité. Si globalement, l'inflation n'est pas exponentielle (4,7% pour 2010), elle pose un énorme problème social car les denrées alimentaires sont durement touchées : les prix de certains produits ont plus que doublé sur un an, pénalisant principalement les couches sociales les plus vulnérables.
Constatant le chaos tunisien, la parole officielle chinoise, rapportée par l’agence Xinhua, n'étonnera guère : « La Chine souhaite que la stabilité soit rétablie le plus vite possible en Tunisie, a indiqué samedi Hong Lei, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. La Tunisie est l'amie de la Chine. Nous souhaitons que la stabilité soit rétablie le plus vite possible, a annoncé M.Hong, ajoutant qu'une société stable est dans l'intérêt fondamental de son peuple ».
Des termes sibyllins qui semblent résonner moins comme un commentaire diplomatique que comme une adresse à la population chinoise, et qui prouvent par l'exemple, que, selon la thèse du philosophe Claude Lefort, par l'absurdité de ses ambitions tout pouvoir autoritaire ne vaut que par la résistance passive ou active de ceux qui lui sont soumis.
Constatant le chaos tunisien, la parole officielle chinoise, rapportée par l’agence Xinhua, n'étonnera guère : « La Chine souhaite que la stabilité soit rétablie le plus vite possible en Tunisie, a indiqué samedi Hong Lei, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. La Tunisie est l'amie de la Chine. Nous souhaitons que la stabilité soit rétablie le plus vite possible, a annoncé M.Hong, ajoutant qu'une société stable est dans l'intérêt fondamental de son peuple ».
Des termes sibyllins qui semblent résonner moins comme un commentaire diplomatique que comme une adresse à la population chinoise, et qui prouvent par l'exemple, que, selon la thèse du philosophe Claude Lefort, par l'absurdité de ses ambitions tout pouvoir autoritaire ne vaut que par la résistance passive ou active de ceux qui lui sont soumis.
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