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Chevènement, le retour du vieux lion?

David Desgouilles - Blogueur associé | Mercredi 30 Juin 2010 à 16:01 | Lu 9750 fois

Esprit de Vincennes, es-tu là ? questionne le blogueur David Desgouilles en faisant référence au fameux premier discours de campagne présidentielle du Président du MRC en septembre 2001. Ce qui ne nous rajeunit pas, et lui non plus...




En suivant sur twitter le discours de Jean-Pierre Chevènement au congrès du MRC, puis en écoutant sa prestation dans l’émission Talk Orange/Le Figaro.fr, j’ai cru que Michael J.Fox m’avait enlevé et, grâce à sa DeLorean à voyager dans le temps, ramené à l’automne 2001. Cette année-là, le Pôle républicain était né et transforma pendant quelques semaines le maire de Belfort en troisième homme, flirtant avec les 15% d’intentions de vote dans les sondages en janvier 2002, soit à trois points seulement du ticket pour le second tour.
Il serait trop long d’expliquer ici les raisons du «Pschitt » qui s’ensuivit. Résumons le en quelques mots : le Che n’était pas allé jusqu’au bout de sa logique. Peur d’être soutenu par Villiers et d’être lâché par des maîtres-chanteurs obsédés par les questions sociétales, retour au discours technique Bac+18 de crainte d’être accusé de populisme. Au lieu d’épouser la dimension plébéienne et d’assumer la fonction tribunitienne, Jean-Pierre Chevènement a laissé place à un plus fort en gueule, celui qui en était le spécialiste mais qui n’avait aucune chance de remporter la finale, Jean-Marie Le Pen. En toute logique, il entamait un demi-tour gauche entre les deux tours de l’élection présidentielle, participant à la quinzaine anti-fasciste1, tout cela pour sauver le siège de Georges Sarre et le sien, lesquels ne furent d’ailleurs pas sauvés2.

L’esprit de Vincennes était donc mort. Vincennes, c’était le congrès où Chevènement osa mettre le clivage gauche-droite au second plan, inviter les républicains des deux rives à soutenir l’Homme de la Nation qu’il comptait incarner. Ce retour à gauche, malgré l’intermède victorieux du référendum de 20053, le conduisit à soutenir Ségolène Royal en 2007, dans l’espoir d’influencer son discours. On y reconnut quelques bribes : les drapeaux tricolores aux fenêtres, l’encadrement militaire des sauvageons, le soutien à la souveraineté québécoise. Mais dans l’entourage de Ségo, il n’y avait pas que Chevènement, il y avait aussi BHL. Et il y avait aussi cette ambiance participative sauce gauche américaine dont je doute que les républicains tendance hussards noirs ne puissent un jour se délecter. Il ne fallait pas rêver. Royal avait senti comme Sarkozy que l’identité nationale constituerait un thème-clef de cette présidentielle. Chevènement était une caution. Il y a cru, pourtant. Il était même enthousiaste ! Je me souviens que, quêtant des parrainages dans ma bonne région franc-comtoise pour Nicolas Dupont-Aignan, les maires proches du MRC avaient déjà tous accordés leur signature à la candidate socialiste4.

Et puis vint la crise. Puis vint la création du Front de Gauche dont le MRC s’est exclu parce que le soupçonnant de ne pas mettre l’intérêt national au cœur. Puis vint la pantalonnade des primaires et la trahison de Ségolène passant un pacte avec Aubry et DSK. Et Chevènement est revenu sur terre. Il s’est retrouvé bien seul et dans une situation paradoxale. Jamais il n’a été plus isolé alors que jamais ses idées n’ont autant été aussi à la mode. Dans les discours, bien entendu, pas dans les actes. Mais il faut reconnaître qu’il y a du progrès puisque ce discours était encore diabolisé il y a si peu. Le vieux lion, 71 ans cette année et donc 73 en 2012, s’interroge sur la perspective d’y retourner, à la présidentielle, et ne parle plus de gauche. Comme en 2001. L’esprit de Vincennes n’était pas mort. Tel Hibernatus, Chevènement vient de le ressortir du congélo.

Je me moque. Je me moque. J’ai raison et j’ai tort à la fois. Raison parce que la manière dont mes amis, fin avril 2002, furent considérés, du jour au lendemain, comme gênants au mieux, de trop au pire, laisse encore un goût amer dans la bouche. Et que, comme JPC, je connais aussi la fameuse sentence de Marx sur l’histoire qui se répète deux fois, la première en tragédie, la seconde en farce. Tort, parce que, depuis, il y a eu la crise. Que celle-ci est loin d’être terminée. Chevènement a raison de dire que ce sont les évènements, dramatiques, qui emporteront nos élites coupables. Et qu’il faudra alors se tenir prêts.
Alors parlons-en, de stratégie, puisque se tenir prêts, c’est d’abord en préparer une. Vous (5) avez dit l’estime que vous portiez à Dupont-Aignan « qui fait ce qu’il peut là où il est Â». Nous ne pouvons prendre cela que comme un compliment, étant donné que c’est exactement la situation dans laquelle se trouve le MRC.

Il serait effectivement dommageable que Chevènement et le Président de Debout la République soient tous les deux candidats à la présidentielle. Nous nous marcherions sur les pieds, et cela dès la quête des parrainages. Il faut donc que l’un s’efface au profit de l’autre. Cela tombe bien, Nicolas Dupont-Aignan ne fait pas de sa candidature un préalable. Il va rédiger un livre-projet dans les prochains mois et il s’adressera alors à ceux qui veulent bien le porter. Je doute que Dominique de Villepin sera celui-là. Trop européiste. Et surtout trop plénelien. Et si c’était Jean-Pierre Chevènement qui le prenait à son compte, ce projet ? Sans préjuger de son contenu, on peut en discerner déjà les grandes lignes : nous fréquentons les mêmes économistes : Gréau, Sapir. Nous avons la même conception des institutions, de la force de frappe, du rapport avec les Etats-Unis. Il y a juste une petite différence : nous appelons déjà, pour notre part, à la sortie de l’euro. Nous allons au bout de la logique alors que Chevènement observe avec satisfaction que Sarkozy lui donne raison sur les statuts de la BCE et le gouvernement économique. Mais Sarkozy se heurte au refus de Merkel. Nous pensons qu’il ne faut pas attendre sempiternellement que l’Allemagne soit dirigée par Die Linke et accepte nos propositions. Chevènement pense que les prochaines étapes de la crise pousseront les Allemands à évoluer.

C’est de cela qu’il faut discuter et débattre. Causer politique. Vraie politique. Et donc, pour cela, se rencontrer. Le faire officiellement, en public, ne serait-ce que pour donner ce signe que les lignes doivent bouger. Alors, si nous nous mettions d’accord sur ce projet républicain, je serais quant à moi prêt à admettre que vous avez plus de chances que NDA d’une part de réunir les 500 parrainages mais aussi de faire un meilleur score, votre notoriété supérieure aidant. Mais cette fois-ci, ne renouvelons pas les mêmes erreurs : oublions d’être petits bras et faisons des vrais accords politiques, en toute transparence. A ce moment là, je n’oublierai pas, qu’on me croie sur parole, de plaider vigoureusement pour le soutien de DLR à votre candidature.

    1.    Droits réservés : EL ↑
    2.    On connaît la phrase de Churchill, un autre vieux lion. ↑
    3.    Et qui lui donnait donc tort d’avoir abandonné Vincennes. ↑
    4.    Encore une faute stratégique de la part de Royal et de Chevènement. Si Dupont-Aignan avait été candidat, il n’aurait pas laissé le discours gaullo-national à Sarkozy, et réduit les chances de ce dernier. De fait, la présence de Chevènement auprès de la candidate PS aurait été renforcée de façon concomitante. ↑
    5.    Puisque finalement, c’est bien à Chevènement que je m’adresse ici. ↑


MOT-CLÉS : chevènement, dlr, dupont-aignan, mrc


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