Chatel et Larcher : débattre tant qu'on veut, changer jamais!
Mercredi 6 Octobre 2010 à 11:45 | Lu 7510 fois I 23 commentaire(s)
Journaliste politique à Marianne, chargée du suivi de la droite et du centre En savoir plus sur cet auteur
Le projet de loi sur les retraites est maintenant entre les mains des sénateurs. Pendant que Gérard Larcher, président du Sénat, simulait le débat sur RTL, Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, relativisait sur RMC l'importance de la deuxième chambre dans l'évolution de la loi.
(Luc Chatel, Gérard Larcher - capture d'écran - Dailymotion)
Alors que l'examen du projet de loi sur la réforme des retraites, a débuté hier, mardi 5 octobre, au Sénat, Gérard Larcher a profité de sa présence sur RTL pour jurer que le débat aurait bel et bien lieu. Comme pour s'auto-persuader de la souveraineté de la deuxième chambre, le président du Sénat a tenu à rappeler l'indépendance mais surtout la capacité d'action des parlementaires. «La voix aujourd'hui c'est la démocratie représentative c'est donc au parlement, notamment dans la 2e chambre de débattre de la réforme des retraites».
Quelques instants plus tard sur RMC, Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, a chanté les louanges de «la démocratie parlementaire» et feint de croire en un débat autonome et efficace, rappelant que «le gouvernement est à l'écoute».
A entendre les deux responsables politiques donc, le projet de loi sur la réforme des retraites peut encore être débattu, rebattu, grâce à cette merveilleuse invention qu'est le bicamérisme. «On est dans une démocratie où il y a une séparation entre le législatif et l'exécutif, naturellement nous dialoguons avec le gouvernement mais c'est aux sénateurs de décider les amendements qui seront proposés», a soutenu Gérard Larcher.
Sauf que la réalité est toute autre. Les quelque 1200 amendements déposés par les uns et les autres, du Parti de gauche à l'UMP, promettent effectivement de longues heures de discussions et même si Larcher jure que le Sénat ira «au bout du débat», que Chatel promet que « le gouvernement est à l'écoute», il semble difficile de parlementer sur plus de 1000 amendements.
Pour faire croire à l'existence d'un vrai débat, Larcher a donc opté pour la méthode Coué : répéter le mot «débat» jusqu'à se persuader qu'il aurait bien lieu: «C'est un débat qui s'est engagé hier, un débat qui est un débat ouvert». Et c'est vrai peut-on débattre de l'existence d'un débat lorsqu'on vous proposer de débattre toutes les 30 secondes ? Soucieux de renvoyer l'image d'un président du Sénat énergique et volontaire, Larcher s'est positionné en sujet actif et autonome : «Nous devons faire un certain nombre de progrès, il faut avoir la réforme la plus équitable voilà pourquoi je me suis penché sur ce que j'appelle les transitions, les femmes, les chômeurs de très longue durée.» Une audace aussitôt tempéré par Luc Chatel :« On est prêt à des avancées à condition que ça ne déséquilibre pas la réforme ».
Le Sénat peut donc « débattre », proposer, mais tant que ce qui se passe dans l'hémicycle reste dans l'hémicycle. Au gouvernement de décider ensuite et de s'approprier les éventuelles avancées du texte.
Tandis que Larcher emploie le «je» comme pour signifier son influence, Chatel opte pour le «nous» et garantit ainsi au gouvernement l'appropriation de toutes les évolutions du projet de loi. «Nous allons améliorer le texte sur les travailleurs handicapés, sur les victimes de l'amiante, il y a une disposition qui permettra de favoriser ceux qui ont été victimes de l'amiante, il y a également un amendement qui est en cours sur les chômeurs âgés, on va favoriser le départ en retraite plus tôt». Bref, le porte parole du gouvernement déroule la fin d'un scénario déjà écrit depuis trois mois puisque, dès le départ, chacun savait les points sur lesquels le gouvernement allait reculer. Mais le tango n'est pas une danse qui s'improvise...
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