Marianne2 2012

Chabot sur le grill à France-Télévisions

Vendredi 12 Juin 2009 à 07:01 | Lu 6363 fois I 31 commentaire(s)

Régis Soubrouillard
Régis Soubrouillard
Régis Soubrouillard
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur

En évoquant l'hypothèse d'une fusion des rédactions de France 2 et France 3, Arlette Chabot a déclenché un vent de révolte à France 3 au moment où la société des journalistes de la chaîne publie un Livre blanc qui dénonce la ligne éditoriale conformiste et la perte d'identité de la chaîne.


Chabot sur le grill à France-Télévisions
L’information du service public au bord de l’explosion ? Il est trop tôt pour le dire, mais certains salariés s’avouent suffisamment inquiets pour tirer la sonnette d’alarme. Sur l’écran, rien ne transpire. Mais en coulisses, les esprits s'échauffent. Si la rédaction de France 2 est plutôt épargnée, l’audience du 20 heures de la chaîne talonne celle de TF1 et la chaîne travaille au renforcement de son access prime-time pour l’an prochain, cette sérénité n’est pas de mise dans tous les services du groupe. Ainsi l’affaire des ménages de Nelson Monfort mais également d’autres « vedettes » du service des sports a jeté le trouble au sein du service et c’est comme une rupture qui semble se faire jour entre les stars du service et les sans grades.

Mais c’est à France 3 que la tempête gronde. Constatant les « menaces claires de déconstruction de la rédaction nationale », la société des journalistes a lancé depuis plusieurs mois une consultation auprès des salariés, journalistes et techniciens de la chaîne. Présenté comme un état des lieux, en creux, c’est un profond désaveu de la direction de l’information qui se dessine. Dénonçant le manque de moyens par rapport à TF1 et France 2, la SDJ  fait un constat amer : « Notre rédaction est en train de perdre ce qui a toujours fait sa force : son identité, faite de proximité et d'esprit frondeur sur le fond de l'actualité » écrit une journaliste.

La SDJ dénonce des journaux classiques et conformistes. Ainsi, le Livre Blanc propose une « rénovation éditoriale en profondeur » mais, à terme,  c’est surtout l’éventuelle fusion des rédactions de France 2 et France 3 et les projets d’Arlette Chabot qui posent question. Selon Libération, «on prête à Arlette Chabot le désir de saucissonner en trois la rédaction : un tiers irait grossir les rangs du web, un tiers pourrait être concerné par le plan de départs à la retraite déclenché la semaine dernière, et le dernier tiers resterait en place ».

Une hypothèse vraisemblable quand on voit à quel point la rédaction de France 3 joue parfois le rôle de simple supplétif à France 2 : certains journalistes de France 3 se voient refuser l’entrée à de conférences de presse dont France 2 a négocié l’exclusivité. Sans parler de la soirée électorale de dimanche qui a commencé à 23h15 sur la Trois quand France 2 était en frontal avec TF1. Difficile à avaler pour la seule chaîne qui dispose d’une rédaction européenne.

France 3 dans le flou


Sujet encore plus sensible : la fusion. Selon deux membres de la SDJ, la directrice de l'information de France 2 Arlette Chabot, qui est chargée de réfléchir à une coordination des journaux au sein du groupe, a « prononcé clairement le mot de fusion » mardi lors de la remise d’une bourse à une étudiante en journalisme. Selon certains, Patrick de Carolis aurait très peu apprécié cette imprudence et Arlette aurait essuyé une verte colère de son patron, qui nie tout projet de fusion.

Face à l’ampleur des critiques exprimées dans le Livre Blanc, aujourd’hui, Arlette Chabot et Paul Nahon sont venus s’exprimer devant la rédaction. Du jamais vu, selon les observateurs.
Arlette Chabot n’a pas apporté de réponses précises, jouant de l’ambiguïté de son statut, directrice de  la rédaction de France 2, mais pas encore officiellement grande patronne de l’info de France 2 et France 3.

« Nous sommes dans un flou total » commente Bertrand Boyer, président de la SDJ de France 3, « la direction a complètement minimisé l’ampleur des difficultés techniques de la transition, il y a une véritable incertitude politique qui vient ajouter une certaine tension et la dimension stratégique : l’impression que personne ne sait vraiment quoi faire ».

La société des journalistes attend un autre rendez-vous avec Arlette Chabot et la direction de France Télévisions dans les jours qui viennent. C’est seulement  à l’issue de ces entrevues qu’elle posera la question d’une motion de défiance, dont le principe semble largement défendu par les journalistes de la chaîne. 

livre_blanc_redaction_nationale.pdf Livre blanc Rédaction nationale.pdf  (92.4 Ko)









LES PLUS de Marianne
  • Revue Web personnalisée
  • Les Unes de Marianne2
  • Le MAG en PDF 24h avant !

Abonnez-vous à la Newsletter de Marianne
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr


Dans cette rubriqueSur Marianne vous aimez