Cellules embryonnaires : les experts ne veulent pas choisir
Mardi 14 Décembre 2010 à 12:01 | Lu 3118 fois I 2 commentaire(s)
Pauline Baron - Marianne
Depuis plusieurs années, la question de la recherche sur les embryons humains et leurs cellules souches voit s’affronter nos plus éminents spécialistes. Mais mieux vaut ne pas s’en remettre au dernier rapport du CCNE pour clore ce débat.
« Avec ce rapport, nous avons voulu susciter la réflexion », revendiquent les membres du CCNE (Comité Consultatif National d’Éthique). Et on peut dire qu’ils ont réussi leur coup ! À quoi leur auront en effet servi ces deux années de cogitation, consacrées au sujet controversé de la recherche sur les embryons humains et leurs cellules souches –des embryons créés par fécondation in vitro et destinés à être détruit- ? Pour la première fois dans l’histoire de cette institution, l’un de ces groupes de travail « a choisi de ne pas choisir », ne plaidant ni pour une interdiction, ni pour une légalisation de cette pratique. Un refus de statuer pour le moins étonnant, alors même que le CCNE, d’après la loi du 6 août 2004, a pour « mission de donner des avis sur les problèmes éthiques (…) soulevés par les progrès de la connaissance » !
Informations historiques, questionnements éthiques soulevés par ces recherches ou encore états des lieux de la loi… Leur rapport, rendu public le 1er décembre dernier, ne constitue ainsi qu’une longue liste «d’éléments de réflexion», censée guider les politiques et la société. « L’idée est de faire avancer la réflexion et de laisser au législateur le soin de transformer en langage juridique l’objet de cette réflexion », indique Jean-Claude Ameisen, l’un des rapporteurs de cet avis. Une manière quelque peu détournée de protéger ses arrières, en refilant la patate chaude au gouvernement.
Informations historiques, questionnements éthiques soulevés par ces recherches ou encore états des lieux de la loi… Leur rapport, rendu public le 1er décembre dernier, ne constitue ainsi qu’une longue liste «d’éléments de réflexion», censée guider les politiques et la société. « L’idée est de faire avancer la réflexion et de laisser au législateur le soin de transformer en langage juridique l’objet de cette réflexion », indique Jean-Claude Ameisen, l’un des rapporteurs de cet avis. Une manière quelque peu détournée de protéger ses arrières, en refilant la patate chaude au gouvernement.
Mais à leurs dépens, la recherche sur les embryons humains ou sur les cellules souches d’origine embryonnaire s’apparente à un véritable serpent de mer, qui depuis plusieurs années n’a cessé de tarauder scientifiques, médecins et philosophes. Après de multiples avis et recommandations notamment du CCNE, ce débat éthique reste au cœur de nombreuses divergences de fond. Des oppositions qui n’auront pas épargné les 41 membres de ce groupe de réflexion. « Tant que les embryons dits surnuméraires (1) font partie d’un projet parental, nous sommes tous d’accord pour interdire la moindre expérience sur eux », revendique Alain Cordier, le second rapporteur de cet avis. Mais lorsque le couple décide de ne plus recourir à ses embryons, les débats sur l'avenir de ces « êtres » destinés à être détruits, redeviennent houleux : refus de les instrumentaliser ou volonté d'améliorer notamment les techniques de procréation assistée, le CCNE n'est pas parvenu à se mettre d'accord.
En fait, ce n’est pas la seule difficulté à avoir enrayé le travail de ce groupe, concède ce dernier : « il est impossible d’avoir une réflexion figée, alors même que nos connaissances scientifiques en la matière évoluent sans cesse. De plus, ces recherches restent soumises à des considérations de subsidiarité, empêchant de trancher définitivement les questions éthiques qui se posent ».
Mais en refusant de se prononcer, le CCNE ne laisse-t-il pas la porte ouverte à des dérives en tout genre, qui pourraient s’avérer dangereuses ? « Bien au contraire, conteste le président de cette instance, Alain Griemfeld, c’est en les autorisant sous certaines conditions qu’on prend le risque de voir apparaître des dérives, avec des scientifiques essayant coûte que coûte de faire passer leurs recherches comme des exceptions ». Et pourtant cette inquiétude, onze membres du groupe de réflexion la partagent également, au point d’avoir émis certaines réserves sur les conclusions de ce rapport. « Nous redoutions en effet qu’un mal entendu ne soit suscité par le manque d’interdit qui ressort de notre étude. Cela nous a donc incités à réaffirmer un certain nombre de principes, comme le refus de toute instrumentalisation de l’embryon humain », explique Xavier Lacroix, l’un de ces dissidents.
Interdiction avec exceptions ou au contraire autorisation très réglementée, ce sera donc au législateur de décider du fin mot de l’histoire. Mais en a-t-il les compétences médicales et éthiques ?
(1) Les embryons surnuméraires sont conçus lors d'une fécondation in vitro dans le cadre d'une procréation médicale assistée, sans être transférés dans l'utérus de la future mère. Ces embryons peuvent donc être congelés sur demande écrite des parents, afin d'être implantés plus tard dans l'utérus de la mère.
En fait, ce n’est pas la seule difficulté à avoir enrayé le travail de ce groupe, concède ce dernier : « il est impossible d’avoir une réflexion figée, alors même que nos connaissances scientifiques en la matière évoluent sans cesse. De plus, ces recherches restent soumises à des considérations de subsidiarité, empêchant de trancher définitivement les questions éthiques qui se posent ».
Mais en refusant de se prononcer, le CCNE ne laisse-t-il pas la porte ouverte à des dérives en tout genre, qui pourraient s’avérer dangereuses ? « Bien au contraire, conteste le président de cette instance, Alain Griemfeld, c’est en les autorisant sous certaines conditions qu’on prend le risque de voir apparaître des dérives, avec des scientifiques essayant coûte que coûte de faire passer leurs recherches comme des exceptions ». Et pourtant cette inquiétude, onze membres du groupe de réflexion la partagent également, au point d’avoir émis certaines réserves sur les conclusions de ce rapport. « Nous redoutions en effet qu’un mal entendu ne soit suscité par le manque d’interdit qui ressort de notre étude. Cela nous a donc incités à réaffirmer un certain nombre de principes, comme le refus de toute instrumentalisation de l’embryon humain », explique Xavier Lacroix, l’un de ces dissidents.
Interdiction avec exceptions ou au contraire autorisation très réglementée, ce sera donc au législateur de décider du fin mot de l’histoire. Mais en a-t-il les compétences médicales et éthiques ?
(1) Les embryons surnuméraires sont conçus lors d'une fécondation in vitro dans le cadre d'une procréation médicale assistée, sans être transférés dans l'utérus de la future mère. Ces embryons peuvent donc être congelés sur demande écrite des parents, afin d'être implantés plus tard dans l'utérus de la mère.
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