Cécilia Sarkozy attaque, le journalisme s'affaisse
Jeudi 10 Janvier 2008 à 07:20 | Lu 32331 fois I 0 commentaire(s)
Philippe Cohen
Jeudi 10 janvier, la journaliste Anna Bitton comparaît devant la XVIIe Chambre du tribunal de Paris. Son récit consacré à l'ex-épouse du Président fait l'objet d'une plainte aussi consternante que l'ouvrage.
Le sarkozysme et aussi, il faut bien le reconnaître, quelque chose de pourri dans cette époque, ont cette propriété de nous enfoncer toujours un peu plus profondément dans des sentiments de fatigue et de dégoût. Deux jours après l’incroyable sarkoshow, par lequel, deux heures durant, le président de la République, ivre de son pouvoir de chaire, s’est moqué de 600 journalistes, lesquels se sont contentés de rire avec lui des uns des autres, ignorant délibérément – mais les journalistes sont fort peu curieux sur tous ces points – ce que l'actualité du monde comporte d’interrogations graves – la menace de récession, la pénurie de pétrole, l’enlisement des conflits locaux, les déséquilibres économiques, et on en passe –, l’actualité du régime se focalise sur la sortie de trois livres consacrés à Cécilia Sarkozy. Trois livres le même jour dont un – Cécilia d’Anna Bitton – fait l’objet d’une plainte en référé de l’ex-épouse du Président qui sera plaidée ce matin devant la XVIIe chambre correctionnelle du tribunal de Paris.
Vous saurez tout tout tout sur Sarkozy
Ainsi, nous voici piégés, sommés par la liberté d’expression, cette cause fondatrice de ce qu’est notre pays, de nous solidariser avec une confrère en bute à une épouse starifiée qui, lorsque le reflet de son miroir médiatique lui déplaît, baisse le pouce et appelle les gardes. Voici deux ans et demi, Cécilia avait poussé son ex-mari à la faute : celui-ci avait, moyennant une discussion musclée avec un éditeur d’ailleurs très « compréhensif », empêché la parution d’une biographie de sa femme – totalement inoffensive d’ailleurs – écrite par la journaliste de Gala Valérie Domain. Cette fois-ci, Cécilia n’a plus d’escorte officielle, alors elle fait appel à une grande avocate pour « se défendre ».
Se défendre ou défendre son ex-mari pour ne pas être accusée d'avoir sombré dans des confidences assassines ? C’est l’une des questions que l’on se pose après avoir lu ce livre, ce que, ne reculant devant aucun sacrifice, nous avons fait hier soir. Une lecture dont on ne sort pas intact tant elle propulse le métier de journaliste à des niveaux himalayesques de bêtise. Bienvenu au royaume du journalisme Harlequin !
Vous saurez tout, tout, tout sur Sarkozy et surtout sur les sentiments de celle qui fut sa compagne dix-huit ans durant. Qu’ils ne dînaient jamais ensemble tellement l’homme est un bosseur. Que cet homme à Ray-Ban et gourmette n’a de passion que pour lui, l’homme à Ray-Ban et gourmette, et qu’il n’est de Président que lui, l’homme à Ray-Ban et gourmette. Que donc, tellement imbu de lui-même, il ignore superbement les siens, y compris ses enfants. Qu’il est désespérément pingre. Et que, malgré toutes ces qualités cruellement répertoriées, Cécilia l’a aimé très fort, furieusement, « fusionnellement », compulsivement.
Le journalisme politique est passé de Freud à Nous Deux
Quelle romance mes amis ! Dans cet incroyable opus, Anna Bitton s’est achetée une plume capable de « shakespeariser » une grippe intestinale. Un feuilleton en regard duquel Dallas est une grande œuvre pour intellectuels de gauche. Car ce récit halluciné, couché sans distance sur le papier, qui rappelle ce que furent les rédactions de troisième de notre enfance, est d’une incroyable vacuité, mais l’auteur n’y est peut-être pour rien. Sa lecture provoque en tout cas un grand remords de glisser son regard chez les puissants par le trou de la serrure – c’était donc ça ! – et un énervement contre la « Galaïsation » de la politique.
Après avoir fui les idéologies, le journalisme politique s’est, depuis les années 1980, passionné pour la psychologie des hommes. Désenchantés par la crise du christianisme et du marxisme, les journalistes sont devenus les chroniqueurs des « chevaliers » du pouvoir et de leurs conflits intérieurs. Mais de Freud à Nous Deux, le chemin n'est pas si long ; « Est-elle revenue par jalousie ou par amour ? », questionne ainsi l’aimable Anna Bitton. C’est vrai, depuis le départ de Cécilia de l’Elysée, on se posait cette question chaque matin…
Nous voici donc sommés de nous prononcer pour trancher entre deux trahisons : Cécilia va accuser Anna Bitton d’avoir trompé une amitié naissante (à la Facebook peut-être), travesti ses confidences et pris du off pour du on. Quant à Anna Bitton, elle pourra se draper confortablement dans la dignité – mais les soldes démarrent – d’une liberté d’expression bafouée.
Ce nouveau feuilleton judiciaire nauséeux nous éloigne de ce métier que l’on appelle le journalisme. Il affaiblit une opposition à Sarkozy qui l’attaque en coin en demeurant silencieuse ou impuissante sur la bataille d’idées. Il est la mauvaise nouvelle de ce début d’année.
Vous saurez tout tout tout sur Sarkozy
Ainsi, nous voici piégés, sommés par la liberté d’expression, cette cause fondatrice de ce qu’est notre pays, de nous solidariser avec une confrère en bute à une épouse starifiée qui, lorsque le reflet de son miroir médiatique lui déplaît, baisse le pouce et appelle les gardes. Voici deux ans et demi, Cécilia avait poussé son ex-mari à la faute : celui-ci avait, moyennant une discussion musclée avec un éditeur d’ailleurs très « compréhensif », empêché la parution d’une biographie de sa femme – totalement inoffensive d’ailleurs – écrite par la journaliste de Gala Valérie Domain. Cette fois-ci, Cécilia n’a plus d’escorte officielle, alors elle fait appel à une grande avocate pour « se défendre ».
Se défendre ou défendre son ex-mari pour ne pas être accusée d'avoir sombré dans des confidences assassines ? C’est l’une des questions que l’on se pose après avoir lu ce livre, ce que, ne reculant devant aucun sacrifice, nous avons fait hier soir. Une lecture dont on ne sort pas intact tant elle propulse le métier de journaliste à des niveaux himalayesques de bêtise. Bienvenu au royaume du journalisme Harlequin !
Vous saurez tout, tout, tout sur Sarkozy et surtout sur les sentiments de celle qui fut sa compagne dix-huit ans durant. Qu’ils ne dînaient jamais ensemble tellement l’homme est un bosseur. Que cet homme à Ray-Ban et gourmette n’a de passion que pour lui, l’homme à Ray-Ban et gourmette, et qu’il n’est de Président que lui, l’homme à Ray-Ban et gourmette. Que donc, tellement imbu de lui-même, il ignore superbement les siens, y compris ses enfants. Qu’il est désespérément pingre. Et que, malgré toutes ces qualités cruellement répertoriées, Cécilia l’a aimé très fort, furieusement, « fusionnellement », compulsivement.
Le journalisme politique est passé de Freud à Nous Deux
Quelle romance mes amis ! Dans cet incroyable opus, Anna Bitton s’est achetée une plume capable de « shakespeariser » une grippe intestinale. Un feuilleton en regard duquel Dallas est une grande œuvre pour intellectuels de gauche. Car ce récit halluciné, couché sans distance sur le papier, qui rappelle ce que furent les rédactions de troisième de notre enfance, est d’une incroyable vacuité, mais l’auteur n’y est peut-être pour rien. Sa lecture provoque en tout cas un grand remords de glisser son regard chez les puissants par le trou de la serrure – c’était donc ça ! – et un énervement contre la « Galaïsation » de la politique.
Après avoir fui les idéologies, le journalisme politique s’est, depuis les années 1980, passionné pour la psychologie des hommes. Désenchantés par la crise du christianisme et du marxisme, les journalistes sont devenus les chroniqueurs des « chevaliers » du pouvoir et de leurs conflits intérieurs. Mais de Freud à Nous Deux, le chemin n'est pas si long ; « Est-elle revenue par jalousie ou par amour ? », questionne ainsi l’aimable Anna Bitton. C’est vrai, depuis le départ de Cécilia de l’Elysée, on se posait cette question chaque matin…
Nous voici donc sommés de nous prononcer pour trancher entre deux trahisons : Cécilia va accuser Anna Bitton d’avoir trompé une amitié naissante (à la Facebook peut-être), travesti ses confidences et pris du off pour du on. Quant à Anna Bitton, elle pourra se draper confortablement dans la dignité – mais les soldes démarrent – d’une liberté d’expression bafouée.
Ce nouveau feuilleton judiciaire nauséeux nous éloigne de ce métier que l’on appelle le journalisme. Il affaiblit une opposition à Sarkozy qui l’attaque en coin en demeurant silencieuse ou impuissante sur la bataille d’idées. Il est la mauvaise nouvelle de ce début d’année.
La Une du moment
LES PLUS de Marianne
- Revue Web personnalisée
- Les Unes de Marianne2
- Le MAG en PDF 24h avant !
ou Se connecter
Abonnez-vous à la Newsletter de Marianne
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr
Dans cette rubriqueSur Marianne vous aimez
Dans la même rubrique
|
“Le goût de la vérité n’empêche pas de prendre parti” A.Camus
|
|
© Marianne2, droits de reproduction réservés - Marianne - 32, rue René Boulanger - 75484 Paris cedex 10 - Tel : +33 (0)1 53 72 29 00 - Fax : +33 (0)1 53 72 29 72

Imprimer
Augmenter le texte
Diminuer le texte
Accueil
Envoyer
Partager

Facebook
Twitter
RSS
Newsletter