Marianne2 2012

Cécile Duflot joue la candide jusque dans son discours

Lundi 13 Décembre 2010 à 15:01 | Lu 7329 fois I 23 commentaire(s)

David Desgouilles - Blogueur Associé

D'une grande candeur lorsqu'elle s'étonne que ses tweets soient repris par des journalistes ou lorsqu'elle feint (?) la modestie en découvrant le palmarès de Foreign Policy la classant 32e des penseurs de ce monde, David Desgouilles trouve Cécile Duflot exaspérante…mais attachante.


Cécile Duflot est une fille de ma génération. Et, contrairement à Yves Cochet, elle ne considère pas que faire des enfants constitue un acte anti-écologique irresponsable. Voilà au moins deux raisons de faire preuve d’une certaine empathie envers elle. Pour le reste, j’ai bien peur que nous ne soyons d’accord sur pas grand chose. Mon gaullisme orthodoxe - c’est à dire authentique - doit lui paraître aussi ringard que son écologisme bisounours(1) m’exaspère.

Mais Cécile Duflot est une personnalité politique de premier plan puisqu’elle dirige une organisation politique qui a réalisé un score à deux chiffres lors des dernières élections européennes(2). Et elle constitue donc un sujet politique à part entière qu’il convient d’étudier. Sa présence de plus en plus importante dans les médias, dopée par le récent congrès de Europe-Ecologie-Les-Verts ainsi que la publication d’un étrange classement international la concernant ont coïncidé avec une expérience bizarre de ma part : je me suis abonné à son compte « twitter ».

Pour ceux qui ne connaissent pas encore, Twitter est un réseau informatique qui permet de communiquer en 140 signes maximum avec tous ceux qui souhaitent vous suivre en s’abonnant à votre compte. Il va de soi que vous pouvez aussi vous abonner aux comptes d’autres personnes sans que la réciproque soit obligatoire(3). Très fréquenté par les journalistes et les personnalités politiques, ce bistrot géant permet au blogueur provincial que je suis d’approcher le microcosme parisien. Sans bouger de chez moi. Mon bilan carbone et surtout mon porte-monnaie ne s’en portent pas plus mal.

Donc, je fais partie des 7340 abonnés de Cécile Duflot. Parmi eux, les bataillons d’écolos présents sur le réseau et, bien entendu, tous les journalistes abonnés à Twitter. Hier soir, la secrétaire générale d’EELV a posté le message suivant (en deux fois puisque supérieur aux 140 signes) : « Et voilà.. Mes twitts anecdotiques ou 2nd degré (bon test pour détecter les pisse froid) se retrouvent comme commentaires ds la presse… et donc je vais devoir arrêter twittmachin… Ou alors juste du genre : Demain RTL 7h50 Et bonne nuit qd même… ». Pôoovre Cécile ! D’ignobles journalistes reprennent ses messages dans leurs articles voire se moquent d’elle ! On a peine à croire que cette militante rompue à la fameuse démocratie interne des écologistes, à côté de laquelle le PS apparaît monolithique, conserve une telle candeur. Croire qu’aucun n’aura la tentation de reprendre des messages comme :« Ouaiiiis y’a pas d’ecole !!!! Ouaiiiis on rentre a la maison !!! Ouaiiiiis on va jouer à la neige !!!!! », c’est faire preuve d’une naïveté qu’on trouve souvent chez les collégiennes toujours fort étonnées que certaines photos olé-olé prises par leurs petits amis peuvent se retrouver aussi facilement sur le mur « facebook » de tous les potes du bahut.

Cécile Duflot joue la candide jusque dans son discours
Et puis il y a ce fameux classement publié par le journal Foreign Policy sur les penseurs qui influencent le monde. DSK y figure à la troisième place mais la surprise française se situe à la trente-deuxième où l’on trouve Cécile Duflot. Elle-même ne s’en formalise pas puisque, modestement, elle se dit « interloquée à titre personnel » mais « contente à titre collectif », puisque « cela confirme l’ancrage de l’écologie politique au niveau de la planète ». S’agit-il de fausse modestie ? Peut-être suis-je encore davantage naïf que je la soupçonnais elle-même plus haut ? Fait-elle dans le marketing politique en préemptant l’image de la mère de famille sympa et écolo quiseprendpaslatête ou est-elle réellement cette trentenaire qu’on imagine regarder Goldorak avec nostalgie, vingt-cinq ans après, la larme à l’oeil, en réécoutant Actarus jurant de sauver les petits oiseaux de cette Planète bleue ?

Quitte à prendre le risque de tomber dans la candeur à mon tour et de susciter la moquerie de mes camarades, j’ai tendance à pencher pour la seconde solution. Cette tendance à raconter sa vie - jusqu’aux réactions enjouées de sa progéniture - de manière assez impudique à un nombre de personnes pouvant remplir une salle de spectacle comme le Zénith, nous révèle que Cécile Duflot est bien une trentenaire française en 2010. Furieusement de son époque. Malheureusement. Ce que la génération Sarkozy-Royal a initié, celle d’après vit dedans, en est totalement imprégnée. Le partage de l’émotion, la prééminence du cerveau gauche, chère à Séguéla, la génération de Cécile Duflot(4) les fait siennes sans le savoir, comme Monsieur Jourdain. De même, la manière dont elle avoue à demi-mots sa peur du principe de Peter lorsqu’un journaliste évoque devant elle la perspective d’une candidature présidentielle, au point même de pousser Eva Joly, qui pourtant semble encore moins faite pour le job, plaide pour la sincérité de sa démarche(5).

Tout cela fait de Cécile Duflot un personnage exaspérant et attachant à la fois. On la croirait prof de SVT sortie d’un roman de Jérôme Leroy avec sa voix criarde et son langage d’ado. Lorsque Copé utilise l’expression « c’est juste pas possible » dans un débat, on sait que c’est du fabriqué, pour faire djeuns. Quand c’est Cécile Duflot et que Yann Barthes la montre - et la moque - utiliser dix expressions du même genre dans la même émission, on est certain qu’il s’agit bien de son langage de tous les jours. Quand je pense que je reprends ma fille lorsqu’elle utilise des « trop » intempestifs, je me demande si je ne pèche pas par sévérité. Comment lui en vouloir alors que même la trente-deuxième penseuse mondiale n’est pas avare en adverbes mal placés ? Mais cette envie de lui donner des claques, ou tout simplement de zapper est immédiatement contrebalancée par quelque chose d’autre qui nous en rapproche. Il semble bien - mais je répète que je peux me tromper - que Cécile Duflot, au contraire de la plupart de ceux qui fréquentent le marigot politique, soit obnubilée par autre chose que son nombril. Qu’il me soit donc permis, après ce compliment, qui j’en suis sûr lui ira droit au cœur, de lui donner un conseil. Ce n’est pas parce qu’on est humble, et qu’on est réellement une militante fille du peuple, que l’on ne doit pas surveiller sa syntaxe. Et puis, effectivement, Madame Duflot, puisque je sais que vous me lirez, ne racontez pas votre vie quotidienne sur twitter. Dites nous plutôt ce que vous pensez. Puisque votre pensée est si bien classée.

   1. « On ne dit pas crétin à Jean-Vincent, Danny ! C’est juste pas gentil ». ↩
   2. Même si un bon résultat aux élections européennes ne garantit pas le succès aux échéances nationales suivantes. Je ne suis pas forcément le moins bien placé pour en témoigner. ↩
   3. Contrairement à Facebook où la réciprocité est imposée. ↩
   4. Et donc la mienne, par la même occasion, mais je me soigne. ↩
   5. A moins qu’elle ne reflète la trouille, comme dirait Jean-Claude Dusse à Popeye. ↩


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