Ce soir c'est Sarkozy sur tous les JT !
Mercredi 23 Septembre 2009 à 17:01 | Lu 10449 fois I 73 commentaire(s)
Thomas Legrand - Slate
Nicolas Sarkozy a donné ce soir, à ses deux journalistes préférés, une interview enregistrée de New-York. En même qu'il temps prononcera son discours à l'ONU, retransmis sur les chaines d'infos. Une communication verrouillée et poussiéreuse qui vire au simulacre au point d'exaspérer Thomas Legrand, journaliste politique à France Inter et chroniqueur à slate.fr.
Nicolas Sarkozy s'exprimera mercredi 23 septembre à la télévision sur TF1 et France 2, dans les JT de 20 heures, dans un cadre «négocié» avec les chaînes. Ce sera confortable et sécurisé. Il y aura bien une conférence de presse de Nicolas Sarkozy vendredi 25 septembre à New York, à l'issue de l'Assemblée Générale des Nations Unies mais uniquement, bien sûr, sur les questions de politique étrangère. Il n'a pas le choix, c'est un fait presque institutionnalisé.
Le Président de la République ne tient pas de conférence de presse en France. C'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi qui suis journaliste, ça veut dire beaucoup... C'est révélateur de l'absolu conformisme de Nicolas Sarkozy. La conférence de presse est un exercice auquel se prêtent régulièrement tous les chefs des exécutifs des grands pays démocratiques...
Tous sauf les Français. Depuis le Général de Gaulle et ses fameuses «conférences de presse » théâtrales, largement préparées et aussi spontanées qu'une représentation de Racine au Théâtre Français, aucun Président de la Ve République n'a accepté de communiquer via la plus transparente et naturelle des voies dans une société ou règne la liberté de la presse: la conférence de presse régulière.
François Mitterrand y sacrifiait un peu lors de la guerre de «libération du Koweït» en 1990, mais il n'était pas question d'interroger le chef de l'État sur des sujets de politique intérieure. Aucun journaliste politique, en-dehors des émissions de télé très cadrées, généralement en direct de l'Élysée, ou des trop rares émissions de radio, aucun journaliste ayant pour métier de «couvrir» la politique française, ne peut jamais poser de questions au principal, sinon au seul, inspirateur de la politique nationale!
Le Président de la République ne tient pas de conférence de presse en France. C'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi qui suis journaliste, ça veut dire beaucoup... C'est révélateur de l'absolu conformisme de Nicolas Sarkozy. La conférence de presse est un exercice auquel se prêtent régulièrement tous les chefs des exécutifs des grands pays démocratiques...
Tous sauf les Français. Depuis le Général de Gaulle et ses fameuses «conférences de presse » théâtrales, largement préparées et aussi spontanées qu'une représentation de Racine au Théâtre Français, aucun Président de la Ve République n'a accepté de communiquer via la plus transparente et naturelle des voies dans une société ou règne la liberté de la presse: la conférence de presse régulière.
François Mitterrand y sacrifiait un peu lors de la guerre de «libération du Koweït» en 1990, mais il n'était pas question d'interroger le chef de l'État sur des sujets de politique intérieure. Aucun journaliste politique, en-dehors des émissions de télé très cadrées, généralement en direct de l'Élysée, ou des trop rares émissions de radio, aucun journaliste ayant pour métier de «couvrir» la politique française, ne peut jamais poser de questions au principal, sinon au seul, inspirateur de la politique nationale!
Des conférences de presse en forme de bal costumé...
Dans tous les autres pays démocratiques, quand une difficulté survient, quand une polémique prend trop d'ampleur, qu'un conflit s'enlise ou, tout simplement quand le Président, ou le chef de l'exécutif, a une annonce particulièrement importante à faire, il organise une conférence de presse avec la presse accréditée chargée de suivre les activités du chef de l'État ou du gouvernement. Parfois, c'est la presse spécialisée dans un certain domaine qui est conviée pour poser des questions plus précises sur une réforme envisagée par le pouvoir. Ce sont des exercices réguliers et naturels.
Il n'est d'ailleurs pas rare de voir le Premier ministre anglais ou le Chancelier allemand répondre «je ne sais pas, je vais voir ce dossier de plus près et mes services vous répondront prochainement». Réponse simple et directe, témoin d'un dialogue constant entre le pouvoir et la presse. Inimaginable en France. Nicolas Sarkozy, comme ses prédécesseurs, entend contrôler de A à Z tout le processus d'une annonce. Dans n'importe quel autre pays démocratique il n'aurait pas été possible par exemple que le Président annonce, tout de go et sans possibilité de questions, la future suppression du juge d'instruction.
En évitant la conférence de presse, le Président évite aussi les questions pointues de journalistes spécialisés. Les rares émissions télévisées (produites sur mesure pour le chef de l'État) doivent balayer toute l'actualité politique, étrangère, et économique du moment. Aucune question, et surtout aucune relance, assez précise ne peut être soumise au Président. Le candidat Sarkozy et son entourage avaient pourtant promis que le Président Sarkozy tiendrait des conférences de presse régulièrement. Il y a bien sûr la grande Conférence de presse du 8 janvier 2008 ! Une caricature de conférence gaullienne sans les formules à l'emporte-pièce du Général.
Notre profession qui n'est pas habituée à la transparence et à l'exercice régulier d'une communication fluide de la part des plus hautes autorités de l'Etat s'était déplacée en masse. Quatre cents journalistes, tous les patrons de presse, tous les chefs de service, comme s'il s'agissait d'un raout mondain. D'ailleurs il s'agissait d'un raout mondain. Il fallait y être, non pas pour poser des questions mais parce que c'était exceptionnel. Une conférence de presse du président de la République française, c'est exceptionnel!
Lire la suite sur le site slate.fr
Il n'est d'ailleurs pas rare de voir le Premier ministre anglais ou le Chancelier allemand répondre «je ne sais pas, je vais voir ce dossier de plus près et mes services vous répondront prochainement». Réponse simple et directe, témoin d'un dialogue constant entre le pouvoir et la presse. Inimaginable en France. Nicolas Sarkozy, comme ses prédécesseurs, entend contrôler de A à Z tout le processus d'une annonce. Dans n'importe quel autre pays démocratique il n'aurait pas été possible par exemple que le Président annonce, tout de go et sans possibilité de questions, la future suppression du juge d'instruction.
En évitant la conférence de presse, le Président évite aussi les questions pointues de journalistes spécialisés. Les rares émissions télévisées (produites sur mesure pour le chef de l'État) doivent balayer toute l'actualité politique, étrangère, et économique du moment. Aucune question, et surtout aucune relance, assez précise ne peut être soumise au Président. Le candidat Sarkozy et son entourage avaient pourtant promis que le Président Sarkozy tiendrait des conférences de presse régulièrement. Il y a bien sûr la grande Conférence de presse du 8 janvier 2008 ! Une caricature de conférence gaullienne sans les formules à l'emporte-pièce du Général.
Notre profession qui n'est pas habituée à la transparence et à l'exercice régulier d'une communication fluide de la part des plus hautes autorités de l'Etat s'était déplacée en masse. Quatre cents journalistes, tous les patrons de presse, tous les chefs de service, comme s'il s'agissait d'un raout mondain. D'ailleurs il s'agissait d'un raout mondain. Il fallait y être, non pas pour poser des questions mais parce que c'était exceptionnel. Une conférence de presse du président de la République française, c'est exceptionnel!
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