Ce que l’on s’apprête à vous raconter sur DSK
Du côté de Washington, le silence radio est toujours et encore de rigueur. Un silence qui, en France, permet toutes les rumeurs sur le cas DSK. Mais les plus proches de Dominique Strauss-Kahn construisent tout de même, depuis des mois maintenant, une histoire qu’ils servent aux médias et dont les Français vont manger matin, midi et soir s’il finit par se jeter dans la course à l’Elysée.
DSK, cette homme désintéressé prêt au sacrifice pour la France
Et justement, s’il fait le choix de revenir tâter de la politique hexagonale, il faudrait y voir « un sacrifice » de sa part, explique un proche. Car « le bonheur, confie-t-il, Dominique le connaît au poste qu’il occupe aujourd’hui. Il a tous les avantages du pouvoir sans les inconvénients. Il n’a de compte à rendre à personne, si ce n’est deux fois par an lors des AG du FMI. » C’est beau l’esprit de « sacrifice ». À DSK, la patrie reconnaissante ! Et puis savoir se sacrifier, ça vous construit l’image d’un homme totalement désintéressé.
Désintéressé, c’est justement ce que ses fidèles lieutenants voudraient que les Français retiennent de lui : « DSK n’est pas fasciné par l’argent », explique l’un d’entre eux. Et pour ce dernier de préciser sa pensée : « C’est un universitaire. Lui n’est pas avocat ! », faisant ainsi référence au curriculum vitae d’un certain Nicolas Sarkozy. Le même en rajoute une couche : « Les Français ne verront pas en Dominique le candidat des riches. La place est déjà occupée ! » Les Français auront peut-être aussi un peu de mémoire et se souviendront que DSK ne rechignent pas toujours à côtoyer les mieux lotis d’entre eux. Comme ce fut le cas, par exemple, au milieu des années 1990, quand il occupa les fonctions de vice-président du Cercle de l’industrie, un club regroupant ce qui se faisait de « mieux » alors en matière de PDG et qui avait pour but principal de préserver les intérêts de leurs entreprises auprès de Bruxelles…
Mais qu’importe, le storytelling est en marche. La piste d’atterrissage de l’avion DSK est peaufinée à l’excès. Et il en va de même pour tous les sujets. Strauss-Kahn a la réputation d’être un brin dilettante ? On nous vend, à la manière de Carla Bruni parlant de son chef d’Etat de mari, un homme à plusieurs cerveaux ! Un de ses soutiens se souvient par exemple l’avoir vu arpenter, il y a quelques années, les rues brestoises, conversant en allemand par téléphone avec Gerhard Schröder, serrant dans le même temps les mains des passants et jouant mentalement — en simultanée, s’il vous plaît — une partie d’échecs avec un ami ! On le dit incapable d’indignation pourtant nécessaire pour entrer en résonance avec les Français ? On nous décrit en retour un DSK plus « bricoleur » que colérique cherchant « toujours à s’arranger » pour trouver une solution à un problème. On le dit mondialiste dans l’âme, capable par exemple de déclarer depuis ses bureaux américains que « de là où [il est], la France, c’est loin et c’est petit » ? Un proche explique que « l’éloignement » a fait de lui un « patriote » !
D’ailleurs, un de ses serviteurs de l’ombre à « Solfé » a déjà trouvé une « histoire » à raconter aux Français : DSK, c’est « une ambition française dans une ambition internationale ». C’est beau comme du Séguéla millésime 1981. Mais en somme, on semble essayer de nous construire un anti-portrait de Nicolas Sarkozy. Car c’est peut-être là que le bât blesse dans la candidature de Strauss-Kahn : l’opinion voit au travers de ces deux personnages, les deux faces d’une seule et même pièce. Reste à savoir si le storytelling des strauss-kahniens saura inverser la tendance…
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