«Ce n'est pas Jouyet qui fixe la politique économique de Hollande!»
Lundi 26 Septembre 2011 à 15:01 | Lu 6862 fois I 0 commentaire(s)
Philippe Cohen et Emmanuel Lévy - Marianne
Depuis une quinzaine de jours, Jean-Pierre Jouyet, pourtant patron de l'autorité des marchés financiers, multiplie les déclarations d'amour envers François Hollande pour sa compétence économique et sa détermination à mener une politique de rigueur. Et si ces éloges avaient fini par devenir encombrants pour François Hollande ?
Capture d'écran France Info
Gardez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m'en charge. Qui a remonté la pendule Jouyet pour qu'elle sonne, tous les jours ou presque, le tocsin d'éloges du candidat François Hollande ? Rappelons tout de même que les fonctions de ce bénéficiaire de l'ouverture à gauche, parti judicieusement de la sarkozye quand le vent tournait, devraient l'obliger à davantage de neutralité. Sa fonction actuelle, patron de l'Autorité des marchés financiers, devrait le conduire à davantage de prudence : l'institution qu'il préside n'est-elle pas, justement marquée du sceau du devoir de neutralité ?
Marianne2 avait, voici deux semaines, attiré l'attention sur les propos polémiques de Jean-Pierre Jouyet qui ciblaient Daniel Cohen l'un des économistes proches de Martine Aubry, laissant entendre que ce dernier frôlait le conflit d'intérêt en proposant des eurobonds pour sauver la Grèce. Depuis, comme l'a relevé notamment Mediapart, le même Jouyert a multiplié les déclarations d'amour envers le candidat de son coeur, François Hollande.
On serait fondé à lui retourner le même genre de politesse que celle qu'il a envoyée à Daniel Cohen : comment le patron d'une autorité de régulation peut-il se prononcer de façon aussi voyante pour un candidat et tâcler ses concurrents ? Comment- peut-il confier à un journaliste du Point (publié le 15 septembre) qu'il rêve de devenir son secrétaire général s'il était à l'Elysée ? Comment, en prônant pour la France l'importation pure et simple du « modèle allemand », dont la croissance s'effrite, ce qui en montre la vanité et la précarité, peut-il donner des signes aussi négatifs sur son pays aux marchés financiers alors que sa fonction devrait plutôt amener à les réguler ? On aimerait davantage entendre Jean-Pierre Jouyet sur la crise des banques, l'effondrement de leurs valeurs boursières, et la suspicion légitime de coups de bourse que fait surgir tous les coups d'accordéon de ces denrières semaines sur la Société Générale ou le Crédit Agricole.
En réalité, son ami Jean-Pierre Jouyet rend le pire des services à François Hollande à quelques jours de la primaire. Car si Jouyet incarne la politique économique que mènerait François Hollande, beaucoup d'électeurs socialistes risquent de se reporter sur ses concurrents. Guillaume Bachelay, le talentueux sniper d'Aubry, a parfaitement saisi le parti qu'il pouvait tirer de l'encombrant ami de Monsieur Hollande, qui fut aussi celui de Martine Aubry dans les clubs Témoins fondés pour soutenir son père. Faisant allusion à l'idée de Jouyet - faire comme Schroeder - il a rappelé la réalité sociale de l'Allemagne où « un emploi sur trois est désormais un temps partiel ou un CDD. 2,5 millions de personnes travaillent pour moins de 5 euros l'heure dans un pays qui n'a pas de Smic. Du coup, le nombre d'emplois contribuant au financement de la santé et des régimes de retraites est inférieur de deux millions à ce qu'il était il y a 20 ans. »
Michel Sapin, sans doute plus politique que Jouyet, a jugé utile de préciser que, si ce dernier était d'une « compétence absolue » et d'une « grande fidélité » à Hollande, « il n'était pas habilité à fixer la politique économique de François Hollande. »
Du moins, tant que François n'est pas aux manettes ?
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