Marianne2 2012

Ce matin sur les radios, Israël a la langue de plomb

Mardi 1 Juin 2010 à 11:37 | Lu 10832 fois I 49 commentaire(s)

Gérald Andrieu
Journaliste politique à Marianne chargé du suivi des partis de gauche. En savoir plus sur cet auteur

Pour la diplomatie israélienne, «il n’y a pas de meilleures commissions d’enquête dans le monde que celles internes de la démocratie israélienne». S’il s'avère qu'il n’y a pas eu de fautes de l’armée israélienne, alors ce refus que soit menée une commission d’enquête internationale peut en constituer une.


«Israël ne craint pas l’autocritique ». Yigal Palmor, porte-parole du ministère israélien des affaires étrangères invité de France Inter en a de bonnes. Bien évidemment qu’« Israël ne craint pas l’autocritique ». Ce que le gouvernement en place semble craindre par dessus tout, ce sont les critiques que pourrait formuler une commission d’enquête internationale indépendante. Il s’agit pourtant peut-être de la seule voie possible pour apaiser les tensions.

« Indépendante ?, a poursuivi Yigal Palmor, Ça veut dire menée par qui ? Il n’y a pas de propositions concrètes. Au vu des pays qui soutiennent cette option, on a tout lieu de craindre pour son indépendance. Jusqu’à ce que ce soit une proposition, une demande concrète d’un organisme reconnu avec des critères bien établis nous ne pourrons pas réagir à ce genre d’idées. » Sauf que, justement, cette idée fait peu à peu son chemin. La France, notamment, par la voie de son secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, Pierre Lellouche, suggère que ce soit l’UE qui prenne « la responsabilité » de cette commission d’enquête.

Mais pour la diplomatie israélienne invitée à s’exprimer ce matin sur les radios françaises, à l’image de Daniel Shek, ambassadeur d’Israël en France, sur Europe 1« il n’y a pas de meilleures commissions d’enquête dans le monde que celles internes de la démocratie israélienne » ! Et de poursuivre : « C’est une armée transparente. Elle va faire ce qu’il faut pour vérifier s’il y a eu faute ». Même discours quasi copié-collé du côté d’Avi Pazner, porte-parole du gouvernement israélien sur RTL  : « Il est évident que nous devons faire une enquête sur ce qui s’est passé (…). Vous savez qu’en Israël nous sommes un pays démocratique : il y a séparation des pouvoirs, nous avons une justice qui est complètement indépendante et il y aura certainement une enquête. Je ne sais pas à quel niveau. Je ne sais pas qui la fera. Mais enquête sérieuse car nous ne voulons pas nous-même qu’une chose pareille se reproduise et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour comprendre ce qui s’est passé, à qui est la faute. »

Il y a donc peu de chances que les Israéliens accèdent à cette demande. Ils considèrent en effet que l'affaire relève de leur souveraineté nationale et peuvent rappeler que leurs institutions ont toujours manifesté une grande indépendance à l'égard du pouvoir politique. Ainsi, Sharon fut-il démissionné du gouvernement israélien après les massacres de Sabra et Chatila à la suite d'une enquête de la justice israélienne.

De l'autre côté, les Palestiniens et leurs soutiens exigent une commission d'enquête internationale en arguant du fait que l'affrontement s'est déroulé dans des eaux internationales. Enfin, l'ONU a demandé « une enquête rapide, impartiale, crédible et transparente, en conformité avec les règles internationales ». Un communiqué qui reste ambigü en regard de la demande d'une commission d'enquête internationale.

La langue de plomb israélienne sera-t-elle suffisante pour contrer l'exploitation massive et terrible qui sera fait de l'attaque de la flottille ? Ou bien un geste à la hauteur de l'événement ne s'impose-t-il pas désormais à Israël ?








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