Carla Del Ponte boycottée par ses anciens amisBénédicte Charles | Mercredi 16 Avril 2008 à 12:59 | Lu 12566 fois
L'ancien procureur du tribunal pénal international avait droit de cité dans toute la presse lorsqu'elle s'en prenait aux Serbes. Mais aujourd'hui qu'elle accuse les dirigeants de l'UCK de graves crimes de guerre, silence !
Ambassadrice de Suisse en Argentine depuis trois mois, ancien procureur du tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, Carla Del Ponte vient de publier un pavé de 400 pages intitulé «La Chasse. Moi et les criminels de guerre» (titre en italien : «La Caccia», la chasse) disponible, pour l’heure, uniquement en langue italienne et dans lequel elle raconte ses huit années passées à La Haye. Surtout, elle revient sur une enquête du TPI qui n’a jamais pu déboucher, faute de preuves recevables : celle qui portait sur la supposée existence de cliniques clandestines en Albanie, à la fin de la guerre du Kosovo. Des prisonniers de guerre serbes et non albanais y auraient été charcutés par des chirurgiens dans le but de leur prélever des organes. Une fois vidés de leur précieux reins et autres, ces prisonniers auraient été abattus. Mais pour Carla Del Ponte, le conditionnel est superflu : elle est persuadée que ces cliniques ont bel et bien existé. Les faits se seraient déroulés durant l’été 1999. «Des chirurgiens prélevaient leurs organes, affirme-t-elle dans son livre, écrit en collaboration avec le reporter du New York Times Chuck Sutedic. […] Ces organes étaient ensuite envoyés depuis l’aéroport de Tirana vers des cliniques à l’étranger pour être implantés sur des patients qui payaient […] Les victimes privées d’un rein étaient de nouveau enfermées dans une baraque jusqu’au moment où elles étaient tuées pour d’autres organes».
Les ex-dirigeants de l'UCK seraient impliqués dans un monstrueux trafic d'organes Des révélations qui ont de quoi étonner venant de Carla Del Ponte, qui s’est toujours montrée aussi féroce avec les Serbes qu’indulgente avec les Albanais. Mais il y a plus grave encore : selon l’ancien procureur, «les dirigeants d’un niveau intermédiaire et élevé de l’UCK (l’Armée de libération du Kosovo, Ndlr) étaient au courant et étaient impliqués de manière active dans la contrebande des organes». Or, les deux dirigeants de l’UCK à ce moment là étaient Agim Ceku, Premier ministre du Kosovo de mars 2006 à janvier 2008, et Hashim Thaçi, actuel Premier ministre. Bref, l’ouvrage de Carla Del Ponte, c’est de la bombe. De fait, soit elle délire, et dans ce cas il y a de quoi se poser des questions sur ses huit années de «chasse» au criminel serbe, soit elle dit vrai et le Kosovo est dirigé depuis deux ans par les complices actifs de graves crimes de guerre. Pourtant, curieusement, l’affaire ne trouve que peu d’écho dans les médias français. La plupart se sont contentés de mentionner le fait que la Suisse a renvoyé aussi sec son ambassadrice à Buenos Aires, en lui interdisant de faire la promotion de son livre, jugé incompatible avec ses nouvelles fonctions. Mais sur le fond, rien ou presque. Est-ce parce que nos confrères jugent la situation au Kosovo suffisamment explosive pour ne pas en rajouter en donnant du grain à moudre aux Serbes ? Ou bien sont-ils gênés par les révélations de Carla Del Ponte ? Car l’ex procureur ne fait, finalement, que corroborer ce que beaucoup savaient — l’UCK avait des pratiques barbares — mais ont choisi de passer sous silence parce que dans tout conflit, il faut un méchant et un gentil. Et que le gentil, en l’occurrence, devait être, ne pouvait être que le Kosovo…
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