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Cannabis: la Californie tentée par la légalisation

Jordan Belgrave - Marianne | Mercredi 2 Décembre 2009 à 17:39 | Lu 5550 fois

Aux Etats-Unis, on trouve de plus en plus d'universités dispensant des cours pour cultivateurs de marijuana. La dépénalisation de l'usage médical du cannabis dans un certain nombre d'états a en effet donné naissance à un nouveau marché.



Depuis le début de l’année, à Detroit, dans le Michigan, vous pouvez vous inscrire aux cours du Med Grow Cannabis College, l’université de la culture médicale du cannabis. La formation de six semaines inclut une lecture obligatoire, des cours d’horticulture pour apprendre à maîtriser tout le cycle de croissance de la plante, ainsi que des cours de cuisine, pour apprendre à faire de succulents brownies au shit et la fameuse ganache chocolat-cannabis. Nick Tennant, le fondateur de l’université, tout juste âgé de 24 ans, conçoit son projet comme un business intégré avec vente de produits nécessaires à la culture, et mise en contact des cultivateurs avec des patients autorisés à consommer. Parce que tout le monde ne peut pas fumer, sauf ordonnance de médecin, mais un patient peut choisir n'importe qui pour être son «caregiver » et le fournir en cannabis.

Mais, si l’organisation semble rodée, et les étudiants au rendez-vous, la démarche ne va toujours pas de soi, comme le montre le souhait de professeurs et d’élèves de rester anonymes en présence du journaliste du New York Times venu réaliser un reportage sur ce cursus.

Car dans le Michigan, où l’usage médical du cannabis est autorisé par la loi depuis l’année dernière, comme dans les 13 autres états où il en est de même, l’insécurité juridique est toujours de mise. Le cannabis reste une drogue pour les autorités fédérales, et la Cour Suprême a rappelé récemment que l’état fédéral pouvait en imposer l’interdiction aux juridictions locales.

Cannabis: la Californie tentée par la légalisation
Bien sûr, les choses évoluent à Washington. L’American Medical Association, la plus grande association de médecins des Etats-Unis, a demandé au gouvernement de réexaminer la présence du cannabis sur la liste prioritaire des substances contrôlées, et ce afin de pouvoir expérimenter et peut-être mettre au point des médicaments à base de « chanvre indien ».
Le ministère de la Justice a également fait bouger les lignes en estimant, dans un rapport sur les priorités du nouveau gouvernement, que poursuivre les patients et les fournisseurs dans les états avec une législation pro-usage médical ne relevait pas « d’un usage rationnel et efficace des moyens limités des autorités judiciaires». Par contre, le département de la Justice a clairement mis l’accent sur la délinquance en « col blanc », nouvelle preuve s’il en fallait que Sarkozy n’est pas Obama.

La culture et l’usage du cannabis redeviennent toutefois des crimes fédéraux
aussitôt qu’ils s’accompagnent d’une possession illégale d’arme à feu, de suspicion de blanchiment d’argent ou de vente d’autres substances (ou de vente à des mineurs). Des mesures justifiées par les liens encore très forts entre la flilière du cannabis et les cartels mexicains, dont ce serait la première source de revenus.
La situation juridique des acteurs de ce nouveau marché est donc assez risquée, notamment pour les « dispensaires », ces lieux d’approvisionnement pour les patients, où les opérations répressives et les arrestations se sont multipliées sous les deux présidences Bush.

Depuis 1996, date de la première loi votée en Californie, le cannabis se banalise. Les initiatives populaires sont à l’origine de 9 des 13 décisions législatives autorisant l’usage médical du cannabis, et dans plusieurs états on assiste à une très forte croissance des dispensaires – entre 800 et 1000 pour la seule ville de Los Angeles - et des centres de formation. Leur présence s’inscrit dans le paysage urbain, et donne d'ailleurs l’occasion à certaines entreprises de faire leur pub sur l’appétit des fumeurs :

La difficulté actuelle des autorités locales est la régulation du secteur. Paradoxalement plus sereins lorsque l’état fédéral maintenait son approche répressive, les états et les mairies doivent désormais séparer eux-mêmes le bon grain de l’ivraie, et encadrer la croissance du secteur. La complexité est d’autant plus grande que les approches divergent entre villes. Si Oakland (Californie) taxe ses dispensaires, Los Angeles souhaite limiter l’activité aux associations à but non-lucratif. Certaines villes ont décidé de bannir les dispensaires au nom de leur compétence en planification urbaine, d’autres ont réduit a minima leur politique de répression du cannabis quelqu’en soit l’usage, et d’autres enfin envisageraient d’accueillir des plantations publiques, comme à Salem la capitale de l’Oregon

Prochaine étape, légalisation ?

Seule la Californie a véritablement lancé le débat sur la question de la légalisation, forte de son expérience et du lobby qui s’est constitué là-bas. Le Times estime en effet  à plus de 2000 le nombre de dispensaires, de coopératives, de cliniques et de services de livreurs liés au secteur dans tout l’état, à quoi il faut ajouter les habituelles entreprises de conseil en relations publiques et management. Cela représente, selon le Times, «plus que tous les Starbucks, McDonald’s and 7-Eleven (grande chaîne de supermarchés, ndlr) de l'état mis ensemble ».

Les partisans de la légalisation ont déjà levé un million de dollars de fonds pour obtenir les signatures nécessaires à l’organisation du vote. Il leur faut obtenir 400000 signatures, ce qui correspondent à 8% des voix recueillies par le gouverneur lors des dernières élections. Les pro-légalisation espèrent ensuite lever 20 millions pour mener campagne en cas d'organisation d'un vote.
Sans être acquise, la population semble plutôt favorable à une telle réforme. Libertariens (opposants à toute autorité publique) et amateurs de cannabis se réjouissent que l’autorité publique laisser fumer librement, mais le reste de la population est surtout sensible à des arguments politiques et financiers :
- La politique répressive coûte cher : la Californie a arrêté 75000 personnes l’année dernière pour des affaires liées à la drogue ;
- La taxation des ventes pourrait rapporter 1,4 milliards de dollars par an ;
- Les guerres entre gangs pour le contrôle du marché sont très violentes et font beaucoup de victimes;

Le gouverneur Schwarzenegger, confronté à des déficits énormes pour cause de rentrées fiscales insuffisantes, semble se réjouir que le débat soit lancé. Toutefois, les partisans de la légalisation sont conscients que la bataille sera rude puisque les opposants à cette initiative iront jusqu’à Washington pour imposer le respect des lois fédérales. Et ces lois ne sont pas près de changer.



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