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Canal invite Hollande et c’est Rocard la vedette

Mardi 30 Août 2011 à 08:20 | Lu 19903 fois I 0 commentaire(s)

Hervé Nathan - Marianne

Pour la rentrée et la nouvelle formule du grand Journal, Michel Denisot avait invité le candidat à la primaire socialiste. Mais c’est une courte interview de Rocard qui a mis le feu…


Pendant trois jours à La Rochelle, les journalistes ont guetté les petites phrases assassines entre candidats  à la primaire socialiste. Leur ténacité a été bien mal récompensée. A part l’impolitesse de François Hollande, en retard à l’inauguration, la répétition de la vacherie de Martine Aubry « à mon arrivée à Solferino, le PS faisait pitié », déjà vieille de plusieurs années, et le « que la meilleure gagne » de Ségolène Royal, rien de vraiment cru à se mettre sous la dent.

Les socialistes étaient-ils soudainement tous lobotomisés ? Tous ? Non ! Non, un irréductible homme de (deuxième) gauche a décidé de résister jusqu’au bout à l’irénisation du Parti de Lionel Jospin et de Laurent Fabius, les hommes qui se détestaient le plus au monde (lors du congrès de Rennes…). Cet homme, ce gardien de la tradition, c’est Michel Rocard. Absent  de l’Université d’été du PS ce week-end, l’ancien premier ministre s’est lâché sur Canal +, au micro du saltimbanque Mouloud Achour. DSK ? « Cet homme a visiblement une maladie mentale, celle d’éprouver des difficultés à maîtriser ses pulsions. C'est dommage, il avait un vrai talent, c'est vrai », dit-il.  Ségolène Royal se prétend-elle  en position de gagner la primaire ? « Nous sommes dans une société de libre expression, le droit de dire n'importe quoi est un droit fondamental de la personne humaine. » 
  

En deux mots plutôt que deux phrases, Rocard estime donc que DSK a besoin d’un psychiatre, et que Ségolène déraille. Rocard vient de ruiner tous les efforts des socialistes pour faire oublier « l’affaire de qui vous savez ». Immédiatement, les Smartphones  des amis de Strauss-Kahn clignottent. Il se trouve que la plupart sont aussi des admirateurs de Rocard. C’est Corneille qu’on assassine. « Qu’est qu’il lui prend ? » questionne effaré un proche. « Mais pourtant DSK avait appelé Michel au téléphone », se désole un autre… 
 

Saluons la performance de Mouloud Achour, car tout quidam qui veut interviewer Michel Rocard sait ce qui l’attend : l’animal n’aime pas les journalistes et le fait savoir à qui le sollicite. Il peste contre le métier, le format, le temps qui passe trop vite, les questions superficielles, etc. Quand il ne refuse pas carrément de répondre, il pose des conditions délicates à satisfaire dans les formats actuels des médias, audio, audiovisuels ou écrits. 
 

Mouloud Achour a sauvé la rentrée du Grand Journal. Car pour le reste, la bande à Denisot a peiné à faire de la rencontre avec François Hollande, pourtant bon client médiatique, un moment de politique originale. Michel Denisot entame le match avec l’entrain de ceux qui reviennent de vacances. Il évoque « la téléréalité » de l’Université d’été de La Rochelle. On voit venir l’allusion : vous êtes dans le Loft, avec Loana… pardon Ségolène… pardon, Martine... Pourquoi pas la célèbre piscine, pendant qu’on y est ! Hollande de marbre : « La seule chose qui compte c’est qui gouvernera le pays ». Une formule qu’il répète désormais en boucle pendant toute sa vie éveillée. 
 

Denisot annonce ensuite une question critique sur les sondages trop favorables à Hollande. Bonne idée de critiquer les confrères. Mais pour avoir la réponse, il a fallu se taper l’écran pub et en attendant le dîner, trois minutes, c’est long. Ceux qui voulaient entendre un socialiste parler de son projet ont dû regarder les spots de : Dior Homme, les cahiers Oxford (sujet d’actualité, c’est la rentrée), un gel coiffant plus dur que le béton (pas adapté à Hollande), Darty, la Somatoline (qui fait maigrir en dormant, mais on ne sait si Hollande l’utilise), Bouygues Télécom et sa Bbox, les rasoirs Mach3 (indispensables), les voiture coréennes KIA, et enfin Shalimar de Guerlain. Ouf ! Au sortir de ce tunnel interminable, Hollande impérial, jure: « Je ne confonds pas les sondages et les élections ». Mais ceux qui étaient parti aux toilettes avaient perdu le fil. 
 

Tous les efforts déployés pour faire jeune, décalé, non conventionnel, sont tombés à côté de la plaque. Olivier Pourriol, dans le rôle de l’intello, a du mal à faire oublier son prédécesseur Ali Badou. Ce dernier était certes volontiers pédant, mais se donnait la peine d’une critique circonstanciée. Pour Pourriol, il semble que le travail s’arrête lorsqu’il  balance à Hollande : « Votre livre a été écrit de centre gauche à droite. » Il pense ensuite le piéger le candidat avec une question tordue qu’on ne poserait pas à l’oral de Sciences Po : « Comment faire aimer l’Etat aux jeunes… ? » ça mon vieux, c’est de la question ou je ne m’y connais pas. Mais ce n’est pas à celui qui a été premier secrétaire du PS pendant dix ans, qu’on apprend la langue de bois : « La priorité aux jeunes (…) s’adresse à toutes les générations. C’est rassembleur. » L’intello encore un peu vert est rentré à la niche. 

Puis passe le court entretien avec Michel Rocard. Celui-ci a beau être aussi élogieux vis-à-vis d’Hollande et d’Aubry, Hollande fait la gueule. Sa bouche dit : « La liberté d’expression  est un droit imprescriptible de l’homme. » Son regard implore : « Vite, vite, passons à autre chose… »

Justement  Denisot fait la transition : « Et maintenant le judo, j’accueille Teddy Rinner, le champion du monde. » Plaisante avec le géant : « On vous appelle Teddy Winner. Vous êtes à côté de François Winner. »  Sourires. Ouf. Hollande : « J’aime le judo, c’est un sport où les souples l’emportent sur les rigides, et où les gros ne gagnent pas toujours. Je suis souple et je ne suis plus gros… » Ce sera presque le bon mot de la fin. La nouvelle miss météo, Solweig, qui semble avoir oublié de manger sa soupe dès l’école maternelle dont elle sort à peine, tente de draguer l’invité : « Je suis à la fois belge et russe, j’aime la bière et l’argent. » Elle prend un râteau. Il est temps de passer aux Guignols. Conclusion : chez Canal, avec d’autres méthodes, on aura fait comme sur toutes les chaînes : favoriser le superficiel. Finalement, la vedette de la soirée c’était Rocard. 







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