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Campus UMP : la campagne Sarkozy 2012 reste en chantier

Lundi 5 Septembre 2011 à 07:02 | Lu 6028 fois I 0 commentaire(s)

Laureline Dupont
Journaliste politique à Marianne, chargée du suivi de la droite et du centre En savoir plus sur cet auteur

Le campus UMP a permis de colmater quelques brèches, et notamment celle ouverte par la sortie de Jean-Pierre Raffarin. Mais entre les grognards de la Droite populaire et les démocrates propres sur eux façon Wauquiez, la paix reste précaire.


(dessin : Louison)
(dessin : Louison)
Jean-François Copé déchante : malgré ses déclarations rose bonbon, le « petit miracle » de l'UMP a du plomb dans l'aile. Les démocrato-centristes de droite ont migré chez Borloo, plus fréquentable, plus social… mais moins présidentiable. De leur côté -de l'autre côté - certains « affreux dojo » de la Droite populaire, priés de la mettre en sourdine, s'interrogent sur leur liberté d'expression au sein d'un mouvement qui rassemble large, trop large, et les contraint à policer un discours que certains, parmi eux, voudraient au contraire plus véhément.

Campus UMP : la campagne Sarkozy 2012 reste en chantier
Symbole de ces dissensions, la table gouvernementale dressée samedi soir dans la grande cantine du campus marseillais. Le dîner aurait pu être l'occasion pour les membres de la majorité de savourer ensemble le plat de l'unité. Fillon, Pécresse, Bachelot, Baroin, Chatel, Jacob et les autres ont assuré le show en dégustant côte à côte leur poulet-purée sous l'oeil attendri des militants. 

Campus UMP : la campagne Sarkozy 2012 reste en chantier
Une Cène presque parfaite si l'apôtre de la Droite sociale, Laurent Wauquiez, n'avait pas boudé ostensiblement le repas, préférant parader dans les rangs sous les ovations des membres de son club. « On peut faire une photo avec vous monsieur Wauquiez ? » En véritable rockstar politique, le ministre de l'Enseignement supérieur déambule de table en table sous les cris et les applaudissements de ses fans. Il pose tout sourire au bras des militants, enjoint les Jeunes pop' qui scandent son nom de scander plus fort. A la table ministérielle, on contemple son plat en feignant de ne rien remarquer. 

Campus UMP : la campagne Sarkozy 2012 reste en chantier
Mais, tiens, un autre ministre manque à l'appel ! Où est donc passé Thierry Mariani ? « Il n'y a aucun problème, je dînais au fond de la salle avec les Français de l'étranger », jure le ministre. Certes, mais son absence écorne le tableau quasi-mystique des fidèles sarkozystes partageant le pain et le vin. Jean-François Copé a beau s'être échiné à brandir l'unité du parti en étendard, malgré les coups de semonce de Jean-Pierre Raffarin et de Patrick Devedjian, les observateurs restent à l'affût du moindre signe, de la plus petite preuve de division. Les dîneurs solitaires l'ont sans doute oublié…

Mais pas de panique, les choses ne devraient pas tarder à rentrer dans l'ordre. Depuis plusieurs semaines, les conseillers du président cogitent pour élaborer un concept rassembleur, capable de compléter sur son flanc gauche la majorité. Et de rendre au passage à l'UMP ses lettres de noblesse. « Parmi les sympathisants de droite, un tiers se reconnaît dans la Droite populaire, un tiers dans une droite plus sociale, et le dernier tiers navigue un peu entre les deux », observe Guillaume Peltier. Un constat qui a permis à l'équipe présidentielle de forger une nouvelle pensée, qui tient en un mot : « Justice ». Attention, pas question d'apposer à ce terme celui de « social », « c'est un adjectif qui agace une grande partie des Français de droite comme de gauche », analyse-t-on l'Elysée. 

La Droite juste ne devrait donc pas tarder à remplacer la Droite sociale de Laurent Wauquiez,« avec l'accord de ce dernier », promet un proche du président. « Elle permet de combler tous les déficits de la droite et se décline en justice régalienne, justice sociale, justice financière. De plus, derrière cette idée de justice surgit celle des droits et des devoirs qui sont les mêmes pour tous », explique l'un de ses inventeurs. Cette droite magique va-t-elle aussi combler le déficit de rassemblement à l'UMP ? « Elle doit permettre de coordonner toutes les sensibilités mais il ne s'agit pas d'une fusion, souligne-t-on au parti majoritaire. L'objectif est de créer un équilibre, au coeur des droites. »

Reste à savoir si la mayonnaise prendra. Pour l'heure, dans l'entourage du chef de l'Etat on assure que le fondateur de la Droite populaire, Thierry Mariani, « trouve cela indispensable », tandis que Laurent Wauquiez serait tout à fait prêt à porter haut les couleurs de la Droite juste, peut-être même à l'annoncer officiellement d'ici ce jeudi 8 septembre. 

Tout devrait donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais les remuants membres du collectif de la Droite populaire se satisferont-ils de cette injection de valeurs ségolénistes et jolyistes dans l'UMP, destinées, entre autres, à ce qu'on les entendent moins ? Déjà vendredi Lionnel Luca jugeait « insuffisantes » les valeurs de responsabilité et de solidarité défendues par Pierre Méhaignerie, leur préférant « l'attachement à la nation ». Comment réagira-t-il quand le chef de l'Etat lui demandera de baisser le son sur l'immigration au profit de la Droite juste ? 
« Ce qui m'intéresse c'est que Nicolas Sarkozy gagne », affirme, quant à lui, Mariani avant de préciser  : « La justice c'est quelque chose qu'on défend déjà à la Droite populaire, cela fait partie de notre charte. » Sa façon à lui de dire qu'il peine à trouver un intérêt à cette droite émergente qui penche un peu trop vers la gauche ?

Quant aux membres de la bientôt ex-Droite sociale, comment leur fait avaler la pilule d'une Droite juste alors que le chômage continue de grimpe r en flèche ? Pour faire de l'UMP un grand parti complet et « transpartisan », selon le terme employé par les proches du président, il va falloir convaincre vite l'aile démocrate de la majorité de la capacité de cette Droite juste d'incarner et de réaliser des changements, indispensables à la reconstruction de crédibilité de Sarkozy.

Au-delà des équilibres internes à l'UMP dont ils ne sont que le reflet déformé, la question essentielle reste celle des électeurs. L'enjeu du concept ce cette pré-campagne 2012 est de déterminer la stratégie présidentielle : sera-t-elle identique ou proche de celle de 2007, qui, suite aux réflexions d'un Patrick Buisson, visaient le centre de la droite et non le centre de la vie politique ? Quelle sera la priorité de l'automne : reconquérir les électeurs de 2007 passés chez Marine Le Pen ou tirer le tapis sous les pieds de Jean-Louis Borloo pour l'empêcher de se présenter ? L'idée d'une Droite juste semble éloigner le Président de l'influence « buissonière », et le limogeage d'un Maxime Tandonnet, jugé très raide sur l'immigration, semble aller dans le même sens. Mais Nicolas Sarkozy nous a habitués à des chemins plus sinueux encore... 







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