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Campagne : la parano des parrainages

Samedi 1 Octobre 2011 à 12:01 | Lu 6919 fois I 0 commentaire(s)

Chloé Demoulin - Marianne

Tôt ou tard, les candidats « anti-système » devront courtiser des élus de l’UMP et du PS pour espérer obtenir les 500 parrainages nécessaires pour 2012. En attendant, la chasse à ces fameuses promesses – très volatiles - nourrit toutes les spéculations…


Campagne : la parano des parrainages
Nathalie Arthaud (LO), Philippe Poutou (NPA), Nicolas Dupont-Aignan (DLR), Carl Lang (PDF) : tous sont de petits candidats. Peu médiatisés. Peu crédités dans les sondages. Tous devront rivaliser dans la quête laborieuse qui les attend jusqu’en mars, date à laquelle les promesses de soutien des maires devront se transformer en parrainages officiels. Il leur en faut 500. Un chiffre titanesque pour ces candidats dont les partis ont peu de moyens et une mauvaise visibilité.

« En 2002, deux tiers des promesses faites au FN se sont évaporées » explique Carl Lang, ancien frontiste - proche de Bruno Gollnisch - qui veut concurrencer une Marine Le Pen dont il regrette l’ascension. Même constat à l’autre bout de l’échiquier politique : « Pour être certain d’être présent, au moins 1 000 pré-parrainages sont nécessaires au NPA, à obtenir avant février » pouvait-on lire cette été dans l’hebdo militant du parti-anticapitaliste. Une course contre la montre qui patine dans ce parti au bord de la scission où la désignation de l’inconnu Philippe Poutou en lieu et place du médiatique Olivier Besancenot est loin d’avoir arrangé les choses.

La cible est la même pour tous : les maires de petites communes, peu politisés - parfois étiquetés « divers droite » ou « divers gauche » - et prêts, au nom de la démocratie mais surtout du ras-le-bol des deux grands partis, à soutenir un outsider. « Il faudra repasser deux, trois, dix fois parfois pour décrocher la fameuse promesse !» prévient Thibault Blodin, en charge des parrainages au NPA.Un travail de longue haleine.

Le nerf de la guerre : la confiance

En 2007, faute d’avoir atteint les 500, Dupont-Aignan n’avait pas pu se présenter. Cette fois, il s’y est pris à l’avance. 354 promesses : c’est le butin que le leader de Debout la République qui se targue d’être bien implanté en province annonçait avoir engrangé le 11 septembre à son université d'été. « Je viens d’en recevoir douze de plus par courrier » confiait-il plus récemment. Fruit d’un démarchage par téléphone et d’une bonne dose de pédagogie pour convaincre les maires.

Carl Lang, lui, s’est déclaré plus tardivement mais aguerri à l’exercice par six chasses aux parrainages aux côtés de Jean-Marie Le Pen, il compte bien rattraper son retard. Alliant modernité et efficacité, il a décidé d’envoyer immédiatement des e-mails aux maires de toutes les communes de moins de 100.000 habitants, ce qui représente environ la moitié des 36000 communes et quelques que compte la France.

Comme lui, les petits nouveaux Nathalie Arthaud et Philippe Poutou sont peu connus. Un handicap de plus pour se vendre auprès des maires. Mais contrairement au nouveau candidat du NPA dont les troupes sont divisées, la digne remplaçante d’Arlette Laguiller peu compter sur les « noyaux locaux » de Lutte Ouvrière pour faire des miracles. C’est souvent ceux qui en parlent le moins qui en font le plus. Alors que le NPA affirme mollement avoir «100 promesses » depuis cet été, Arthaud refuse catégoriquement de communiquer sur le sujet. «Ca se déroule normalement, on a un bon accueil. Ca n’a pas trop de sens de le dire maintenant mais on est plutôt optimistes », confie l’attachée de presse du « parti ouvrier ». La confiance est le nerf de la guerre. Pourtant le rôle que jouent traditionnellement le PS et l’UMP dans cette course aux parrainages nourrit quelques inquiétudes et donne lieu à toutes les spéculations.

L’UMP « stérilise les promesses » (Dupont-Aignan)

Tôt ou tard, pour arriver à leur fin, ces petits candidats devront courtiser des élus de l’UMP et du PS. A Lutte Ouvrière, la question est taboue. On préfère parler de « petits maires sans étiquettes qui ont le cœur à gauche » avant d’ajouter qu’ils peuvent être « eux-mêmes confrontés à la crise » ou qu’ils peuvent penser « que c’est juste qu’on soit présent.» Comprendre : il faudra bien en convaincre qui ne sont pas tout à fait de gauche.

Dupont-Aignan, lui, avoue avoir «10 à 20%» de promesses de la part de maires « divers gauche » et « divers droite » confondus. Mais il soupçonne l’UMP de serrer la visse pour dissuader les brebis égarées : « En Seine et Marne, il y a une reprise en main pour stériliser les parrainages ». Un comble quand on sait que Poutou (NPA) - qui les a sollicités ouvertement - recevrait un bon accueil auprès des maires de la majorité, toujours prêts à diviser la gauche. « Comment voulez-vous que des candidats comme Boutin ou Chevènement obtiennent leurs parrainages sans que la droite ne le leur donne ? » s’emporte le maire de Yerres, qui suggère qu’à ce petit jeu l’UMP est incollable.

(Nicolas Dupont-Aignan)
(Nicolas Dupont-Aignan)
Un avis partagé par le FN qui, lui, accuse carrément l’Elysée d’avoir promis « 250 parrainages » à Carl Lang pour torpiller Marine Le Pen. « Du pipeau », selon Alain Marleix – chargé des élections à l’UMP – qui s’agace : « Il n’y a pas de doctrine (…) Les maires ne nous le disent pas. C’est le cadet de notre souci !» Pour lui, la publication des parrainages au journal officiel tient lieu de garde-fou. En effet, quel maire UMP irait s’infliger la double-peine : se mettre en porte-à-faux devant son conseil municipal – le soutien à l’extrême droite peu encore être mal vu - ou vis-à-vis même du FN ? Et de répondre à Dupont-Aignan : «Chaque fois, il fait le même cinéma, il se pose toujours en victime. Il a jamais rien pu prouver.»

Quid de l’opposition ? « C’est pas un scoop, assure Myriam Martin, porte-parole du NPA, par le passé, on a su qu’il y avait eu des consignes politiques ». En 2007, par peur d’un 21 avril bis, François Hollande avait interdit aux maires PS de faire en sorte qu’Olivier Besancenot – alors candidat de la LCR – puisse être présent au premier tour. Mais cette fois, l’imposant Jean-Luc Mélenchon – qui mène campagne pour le Front de gauche - pourrait bien leur faire changer de stratégie. C’est en tout cas une théorie fort répandue au Parti de gauche où l’on voit d’un mauvais œil que le NPA qui a toujours refusé leur main tendue au nom de sa « soi-disant pureté» puisse bénéficier « en coulisse » du soutien du PS. Une stratégie qui permettrait à ce dernier d’émietter la gauche pour rester la seule force incontournable.

Depuis que la chasse est ouverte, la paranoïa va bon train. Mais les candidats « anti-système » – dont la compilation des intentions de vote tient dans un mouchoir de poche – inquiètent-ils vraiment les deux poids lourds ? Du côté du PS qui se sent pousser des ailes avec le basculement du Sénat, on peut en douter. A moins qu’eux aussi ne cèdent à la parano et cherchent à se blinder de toute part. Pour l’UMP, en revanche - qui s’est réveillée avec la gueule de bois - l’humeur pourrait bien être marchande…







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