Campagne 2012 : Bayrou relève le niveau
Dimanche 21 Août 2011 à 16:01 | Lu 13975 fois I 0 commentaire(s)
Chloé Demoulin - Marianne
« Produire et instruire » : c’est le nouveau slogan de François Bayrou. Un slogan concret qui, pour une fois, ne semble pas sortir tout droit d’un brainstorming de communicants payés pour vendre du rêve…
En 2007, c’était l’homme de la troisième voie, celui qui avait su ravir 18,7% des suffrages au premier tour de l’élection présidentielle. Mais son slogan - « La France de toutes nos forces » - n’avait rien à envier à ceux de ses concurrents ou, d’ailleurs, à ceux toujours très abstraits de ces prédécesseurs. Cette fois, pour la sortie de son livre « 2012 état d’urgence », François Bayrou s’impose avec une formule choc : «Produire et instruire ».
Voilà comment, en deux mots, celui qui tarde encore à se déclarer officiellement compte mener campagne pour 2012. « Deux verbes », « deux priorités » qui « résument, selon lui, les problèmes qui se posent aux Français. » Deux mots d’ordre qui, s’il n’a fait qu’en esquisser les contours au micro de France Inter vendredi 19 août, ont l’avantage de décrire un projet de gouvernement bien plus concret qu’aucun des slogans que ces futurs adversaires ont élaborés ne pourront jamais le faire. Car, c’est bien connu, les slogans des prétendants à l’Elysée sont souvent composés de formules creuses et de références incontournables qui, certes, vendent du rêve mais qui dans le fond ne disent pas grand chose aux Français. Petit florilège…
Mise à part l’extrême gauche qui capitalise inconditionnellement sur une valeur précise, celle du travail. Comme LO, « Toujours dans le camps des travailleurs » et le NPA avec « Nos vies valent plus que leurs profits ». Et sans compter Mélenchon - « Place au peuple » - ou Marine Le Pen - « La voix du peuple, l’esprit de la France » qui ont des cibles identifiées et surfent chacun à leur manière sur la démagogie. La plupart des autres challengers sont loin de donner dans le concret. Et embrassent plutôt des valeurs refuges...
Qu’on se le dise, François Hollande est le candidat de la normalité, un présidentiable qui roule en scooter, histoire de se différencier de l’hôte bling-bling de l’Elysée coupé de la réalité de monsieur-et-madame-tout-le-monde. Mais au-delà de ce recadrage sur sa personne, son slogan : « La France en avant », n’incarne aucune idée précise si ce n’est celle d’un mouvement. Vers où ? Il faudra repasser. Même Arnaud Montebourg n'a pas trouvé de slogan de contenu. « Bâtir la nouvelle France ». D’accord, mais laquelle ? Une France « démondialisée » sans doute…
De son côté Martine Aubry, la candidate du « bien être » qui « prend soin de chacun et prépare l’avenir » fait débat parce qu’elle semble davantage vouloir jouer à l'infirmière que de s’occuper de la source de l’hémorragie. Quant au slogan de la maire de Lille - « Le changement a un nom : Martine Aubry » - il réussit l’exploit de cumuler un concept fourre-tout qui ne mange pas de pain et un cadrage personnel histoire de rappeler qui est le chef. Le changement, toujours le changement... Y compris pour Manuel Valls avec son « énergie du changement ». Un crédo, pas vraiment novateur, puisque ce fameux changement, Lionel Jospin l’annonçait déjà en 1995 : « Le président du vrai changement » et …. Giscard d'Estaing, en 1974 : «Le changement sans le risque ».
Ah ! Le changement ! C’est aussi le dada d’Eva Joly, la championne d’Europe-Ecologie-les-Verts. A ceci près que, ex-magistrate oblige – imaginez l’inventivité des pros de la communication qui se sont cassés la tête là-dessus pendant des heures - son « changement » à elle, il sera « juste ». Admettons. Mais, pour mémoire, c'était déjà Lionel Jospin qui avait voulu « présider autrement une France plus juste » en 2002. Et, surtout - c’est pas beau de copier – il y a quatre ans, Ségolène Royal était déjà la reine de « l’ordre juste » car « Plus juste, la France sera plus forte ». Au passage, c’est aussi sur ce terrain-là que Dominique de Villepin a misé avec République Solidaire : « Pour une France citoyenne, juste et indépendante ». N’en jetons plus !
Voilà comment, en deux mots, celui qui tarde encore à se déclarer officiellement compte mener campagne pour 2012. « Deux verbes », « deux priorités » qui « résument, selon lui, les problèmes qui se posent aux Français. » Deux mots d’ordre qui, s’il n’a fait qu’en esquisser les contours au micro de France Inter vendredi 19 août, ont l’avantage de décrire un projet de gouvernement bien plus concret qu’aucun des slogans que ces futurs adversaires ont élaborés ne pourront jamais le faire. Car, c’est bien connu, les slogans des prétendants à l’Elysée sont souvent composés de formules creuses et de références incontournables qui, certes, vendent du rêve mais qui dans le fond ne disent pas grand chose aux Français. Petit florilège…
Mise à part l’extrême gauche qui capitalise inconditionnellement sur une valeur précise, celle du travail. Comme LO, « Toujours dans le camps des travailleurs » et le NPA avec « Nos vies valent plus que leurs profits ». Et sans compter Mélenchon - « Place au peuple » - ou Marine Le Pen - « La voix du peuple, l’esprit de la France » qui ont des cibles identifiées et surfent chacun à leur manière sur la démagogie. La plupart des autres challengers sont loin de donner dans le concret. Et embrassent plutôt des valeurs refuges...
Qu’on se le dise, François Hollande est le candidat de la normalité, un présidentiable qui roule en scooter, histoire de se différencier de l’hôte bling-bling de l’Elysée coupé de la réalité de monsieur-et-madame-tout-le-monde. Mais au-delà de ce recadrage sur sa personne, son slogan : « La France en avant », n’incarne aucune idée précise si ce n’est celle d’un mouvement. Vers où ? Il faudra repasser. Même Arnaud Montebourg n'a pas trouvé de slogan de contenu. « Bâtir la nouvelle France ». D’accord, mais laquelle ? Une France « démondialisée » sans doute…
De son côté Martine Aubry, la candidate du « bien être » qui « prend soin de chacun et prépare l’avenir » fait débat parce qu’elle semble davantage vouloir jouer à l'infirmière que de s’occuper de la source de l’hémorragie. Quant au slogan de la maire de Lille - « Le changement a un nom : Martine Aubry » - il réussit l’exploit de cumuler un concept fourre-tout qui ne mange pas de pain et un cadrage personnel histoire de rappeler qui est le chef. Le changement, toujours le changement... Y compris pour Manuel Valls avec son « énergie du changement ». Un crédo, pas vraiment novateur, puisque ce fameux changement, Lionel Jospin l’annonçait déjà en 1995 : « Le président du vrai changement » et …. Giscard d'Estaing, en 1974 : «Le changement sans le risque ».
Ah ! Le changement ! C’est aussi le dada d’Eva Joly, la championne d’Europe-Ecologie-les-Verts. A ceci près que, ex-magistrate oblige – imaginez l’inventivité des pros de la communication qui se sont cassés la tête là-dessus pendant des heures - son « changement » à elle, il sera « juste ». Admettons. Mais, pour mémoire, c'était déjà Lionel Jospin qui avait voulu « présider autrement une France plus juste » en 2002. Et, surtout - c’est pas beau de copier – il y a quatre ans, Ségolène Royal était déjà la reine de « l’ordre juste » car « Plus juste, la France sera plus forte ». Au passage, c’est aussi sur ce terrain-là que Dominique de Villepin a misé avec République Solidaire : « Pour une France citoyenne, juste et indépendante ». N’en jetons plus !
Justement, et Ségolène Royal dans tous ça ? Connue pour son « brave » sens de la formule, elle fait bande à part au beau milieu de la primaire socialiste en se présentant comme la « présidente des solutions » et en se déclarant pour « La force citoyenne ». Pour l’héritage, un clin d’œil évident à l’efficace « force tranquille » de François Mitterrand, slogan attribué à Jacques Séguéla, pape de la communication estampillé Euro-RSCG. Et pour capitaliser sur son expérience de la présidentielle, une référence à son slogan de 2007 : « La France présidente ». En somme, rien de bien révolutionnaire.
« La république qui protège », voilà ce qui devrait être le slogan du président sortant pour 2012. De quoi faire pâlir une Martine Aubry qui s’est fait envoyer sur les roses avec son histoire de « care ». Certes, celui pour qui ensemble-tout-devenait-possible en 2007 ne pouvait plus capitaliser sur la « République irréprochable ». Alors, la crise aidant – un contexte jugé habituellement favorable aux chefs d’Etat – le candidat non encore déclaré à sa propre réélection pourrait bien jouer la carte du défenseur de la veuve et de l’orphelin. De quoi couper l’herbe sous le pied aux autres candidats, surtout à gauche.
« La république qui protège », voilà ce qui devrait être le slogan du président sortant pour 2012. De quoi faire pâlir une Martine Aubry qui s’est fait envoyer sur les roses avec son histoire de « care ». Certes, celui pour qui ensemble-tout-devenait-possible en 2007 ne pouvait plus capitaliser sur la « République irréprochable ». Alors, la crise aidant – un contexte jugé habituellement favorable aux chefs d’Etat – le candidat non encore déclaré à sa propre réélection pourrait bien jouer la carte du défenseur de la veuve et de l’orphelin. De quoi couper l’herbe sous le pied aux autres candidats, surtout à gauche.
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