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Caméra cachée en Corée du Nord: même l'armée crie famine...

Mercredi 29 Juin 2011 à 15:01 | Lu 10186 fois I 0 commentaire(s)

Régis Soubrouillard
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur

Selon des vidéos tournées en caméra cachée en Corée du Nord, le pays vivrait l'une des pires famines de son histoire depuis les années 90. Des journalistes nord-coréens réfugiés formés par un éditeur japonais montrent des enfants abandonnés et, fait inédit, une pénurie alimentaire qui touche également l'armée. Une vision qui tranche avec les fabuleux défilés chorégraphiés par Pyongyang et témoigne surtout des graves problèmes financiers du régime.


De la Corée du Nord, on ne retenait souvent que ses interminables défilés militaires, des soldats en rang d'oignons et des gros missiles partout. Des parades chorégraphiées destinées à faire admirer la puissance du régime. Alerté  par les événements survenus en Afrique du Nord et au Proche-Orient, la Corée du Nord a encore récemment renforcé son arsenal répressif, pour parer à toute révolte populaire : casques, boucliers, gaz lacrymogènes. Au cours de ces derniers mois, le régime de Pyongyang a fait des réserves. Le site Daily NK basé à Séoul et spécialisé sur la Corée du Nord évoquait même la création d’une force policière spéciale.

Si les troupes sont équipés, selon des révélations du site australien ABC News, la Corée du Nord ne parviendrait plus à nourrir ses soldats. En effet, de nouvelles vidéos tournées en caméra cachée  témoignent de la gravité de la famine que connaît actuellement le pays.
Réalisé par des journalistes nord-coréens envoyés clandestinement en reportage dans leur pays, ces « réfugiés-reporters » sont formés par le journaliste japonais Ishimaru jiro, éditeur de la revue AsiaPress diffusée au japon. Les journalistes diffusent ainsi régulièrement des reportages en caméra cachée en Corée du Nord qui donnent un aperçu du quotidien d’une des sociétés les plus fermées au monde.

Des enfants errants et des soldats affamés

Selon les derniers témoignages recueillis, la Corée du Nord est entrée dans sa saison « Bori Koge », une expression ancienne qui désigne les pénuries alimentaires : « j'ai observé constamment  les conditions alimentaires et économiques en Corée du Nord depuis plus de 15 ans » témoigne Ishimaru Jiro sur le blog de la revue, « selon mes entretiens directs avec les différents habitants de Corée du Nord, leurs propres rapports et informations provenant de différentes sources, il semble que cette année, les pénuries sont particulièrement graves. Les pires depuis la fin des années 90, une époque qui s'est terminée en une famine de masse et de confusion sociale ».

Sur des vidéos réalisés par des « infiltrés », on voit beaucoup d’enfants errants, abandonnés.
Une autre séquence montre la détérioration de l'approvisionnement alimentaire et le rationnement de l'armée. Fierté et bouclier du régime que l’on croyait préservée.
«J'ai honte de dire ce que nous mangeons dans l'armée. Dans ma troupe de 100 soldats, la moitié sont mal nourris » se plaint un jeune soldat d’une vingtaine d’années qui avoue ne pas manger plus de 100 grammes de riz par repas.

Une famine financière...

Caméra cachée en Corée du Nord: même l'armée crie famine...
Certains rapportent des scènes de bagarres entre officiers de l’armée et marchands de riz sur les marchés.
Une situation qui en dit long sur les contradictions du régime de Pyongyang selon Ishimaru Jiro : « une partie des dirigeants nord-coréens grogne au sujet de la politique militaire  qui privilégie l'armée par-dessus tout alors que les soldats souffrent de la faim et que les citoyens de Pyongyang ne reçoivent pas leurs rations alimentaires.  Sans compter que de grandes quantités de nourriture sont toujours vendues sur les marchés ».
Cette pénurie de denrées alimentaires appartenant à l'Etat révèle que la question alimentaire
nord-coréenne relève moins d’une pénurie absolue des denrées mais d’une question de moyens et de distribution qui relèvent de la responsabilité de l'Etat.
Preuve que le régime nord-coréen est confronté à de graves problèmes financiers.

Une « disette » qui n’a pas dissuadé le dictateur Kim Jong-il, comme on le voit dans ce reportage, à offrir une voie ferrée privée à son fils Kim Jong-un. Une ligne de chemin de fer tel un passage de témoin qui n’annonce rien de bon, pour un héritier désigné plus tellement en âge de jouer au p’tit train.







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