Caillera ou traders, ils se moquent bien de la France
Samedi 14 Novembre 2009 à 07:01 | Lu 13807 fois I 82 commentaire(s)
Christine Clerc - Journaliste
De quoi est faite l'identité nationale? De beaucoup de contradictions assumées, d'arrangements entre amis, et de quelques abus nous dit Christine Clerc. Peut-être les politiques qui lancent ce débat devraient-ils passer plus de temps à s'occuper de leur mode de vie et de celui d'une grande partie des élites?
Dans son discours sur l’identité nationale, Nicolas Sarkozy, comme avant lui son ministre Eric Besson, a stigmatisé la burqa , qui « n’a pas sa place en France ».
Cela ne m’a pas choquée : rien n’est plus opposé à nos traditions et nos principes que ce carcan qui emprisonne la femme, masque son identité et apparaît comme le symbole d’une idéologie conquérante, hostile à notre laïcité. Qu’il n’y ait que 500 femmes en France affublées de ce costume venu d’Afghanistan ne change rien à l’affaire. Nous n’avons pas fait la Révolution, nous n’avons pas voté et renforcé les lois de séparation de l’Eglise et de l’Etat pour accepter que des grands prêtres, barbus ou non, tentent de nous imposer des usages qu’ils voudraient supérieurs à la Constitution.
Mais restons sur la lettre B : B comme bonus, par exemple. Combien sont-ils - traders, banquiers et cadres spécialisés dans la finance - qui s’apprêtent à en toucher à nouveau, un an après le sauvetage de leurs établissements ? Quelques dizaines ? Quelques centaines ? Là encore, le chiffre est moins important que le principe.
Ces bonus de plusieurs centaines de millions d’euros ne sont-ils pas le fruit de spéculations qui repartent de plus belle ? Ne sont-ils pas versés, à une très petite catégorie d’employés, par des banques qui ne doivent qu’à l’aide considérable ( 340 milliards d’euros !) de l’Etat, c’est à dire des citoyens- contribuables, d’avoir échappé au sort du Titanic ?
Au nom de « l’unité profonde de notre culture » comme dit le Président, ces privilégiés sans mérite, eux non plus, n’ont pas leur place dans la communauté nationale. Pendant que les entreprises continuent à licencier et à écraser les salaires des employés en bas de l’échelle, le maintien, envers et contre tout, de leurs « avantages acquis » exorbitants apparait comme une manifestation antipatriotique. Leurs bénéficiaires ne peuvent pas incarner l’identité nationale.
F comme Foot. Que dire des joueurs censés « porter nos couleurs » et dont on découvre qu’ils ne jouent pas pour le drapeau, pas pour la gloire, pas même pour des salaires faramineux, mais qu’ils exigent en plus, pour tenter de rentrer des buts, des droits à l’image et autres primes ?
M comme Marseillaise. C’est antipatriotique, assurément, de la siffler. Mais où, ailleurs qu’en France peut-on huer un hymne national sans se retrouver en prison ? Certainement pas en Iran. Ni en Algérie. Cette liberté n’existe encore que dans quelques rares démocraties- dont le pays de Voltaire. Siffler la Marseillaise, au fond, n’est-ce pas très français ?
Difficile, décidément, de faire le tri parmi « ceux qui n’ont pas leur place… ». Peut-être faudrait-il commencer par dresser la liste de ceux qui ont « bien mérité de la patrie » ?
H comme légion d’Honneur. Les quelques dizaines de milliers de Français qui portent un ruban ou une rosette rouge sont, dit-on, parmi ceux-là. Les plus décorés occupent d’ailleurs le sommet de la hiérarchie économique et politique de notre pays. On trouve parmi eux très peu d’infirmières et d’institutrices, peu de chercheurs, peu de patrons de PME, mais bon nombre de Pdg du CAC 40. Certains, il est vrai, ont créé des emplois, exporté, fait rayonner l’image de notre pays et versé énormément d’impôts à l’Etat. Mais combien ont délocalisé leurs usines après avoir touché des subventions ? Combien ont créé des fonds spéculatifs et placé des comptes à l’abri dans des paradis fiscaux ? Comme on aimerait ne pas douter du sens civique des invités très décorés de la « nuit du Fouquet’s quand on voit par exemple Henri Proglio prendre la tête d’ EDF sans renoncer à son salaire de Veolia ?
Au fait : comment élèvent-ils leurs enfants, ces membres de l’élite sarkozyste auxquels Eric Besson ne songe pas à faire la leçon ? Les encouragent-ils à accrocher un drapeau tricolore à leur fenêtre les jours de fête nationale ? Leur enseignent-ils la Marseillaise ? Leur expliquent-ils que, si la valeur en Bourse grimpe quand l’entreprise licencie, il n’y a pas de quoi se vanter ? Leur arrive-t-il, au lieu de fustiger « l’égalitarisme à la française », de leur rappeler la devise «Liberté-Egalité-Fraternité » ?
L comme Langue française. Quand on interroge les Français, plus de 60% d’entre eux la désignent en tout premier comme critère de l’identité nationale. Le jour même où paraissait ce sondage, je recevais une lettre de mon banquier. Passons sur le franglais « impulser, impacter, profitabilité, éligible » Mais les fautes de syntaxe ! Et les fautes d’orthographe ! J’ai pensé aux collèges des « zones sensibles». Finalement, nos princes de la finance n’ont-ils pas les mêmes «valeurs» que ces « jeunes »qu’on montre du doigt ? Leur échelle est celle du fric. Leur signe de reconnaissance, les marques. Vous avez dit « Identité nationale, patrie, valeurs, drapeau ? » Bien. Mais tous ces vieux mots ne devraient pas être bons seulement pour les nostalgiques de la dictée, les classes moyennes et la « France d’en bas ». Nous croirons à ce discours quand la « France d’en haut » donnera l’exemple de la sobriété, de la solidarité, de la fraternité. Bref, du patriotisme.
Cela ne m’a pas choquée : rien n’est plus opposé à nos traditions et nos principes que ce carcan qui emprisonne la femme, masque son identité et apparaît comme le symbole d’une idéologie conquérante, hostile à notre laïcité. Qu’il n’y ait que 500 femmes en France affublées de ce costume venu d’Afghanistan ne change rien à l’affaire. Nous n’avons pas fait la Révolution, nous n’avons pas voté et renforcé les lois de séparation de l’Eglise et de l’Etat pour accepter que des grands prêtres, barbus ou non, tentent de nous imposer des usages qu’ils voudraient supérieurs à la Constitution.
Mais restons sur la lettre B : B comme bonus, par exemple. Combien sont-ils - traders, banquiers et cadres spécialisés dans la finance - qui s’apprêtent à en toucher à nouveau, un an après le sauvetage de leurs établissements ? Quelques dizaines ? Quelques centaines ? Là encore, le chiffre est moins important que le principe.
Ces bonus de plusieurs centaines de millions d’euros ne sont-ils pas le fruit de spéculations qui repartent de plus belle ? Ne sont-ils pas versés, à une très petite catégorie d’employés, par des banques qui ne doivent qu’à l’aide considérable ( 340 milliards d’euros !) de l’Etat, c’est à dire des citoyens- contribuables, d’avoir échappé au sort du Titanic ?
Au nom de « l’unité profonde de notre culture » comme dit le Président, ces privilégiés sans mérite, eux non plus, n’ont pas leur place dans la communauté nationale. Pendant que les entreprises continuent à licencier et à écraser les salaires des employés en bas de l’échelle, le maintien, envers et contre tout, de leurs « avantages acquis » exorbitants apparait comme une manifestation antipatriotique. Leurs bénéficiaires ne peuvent pas incarner l’identité nationale.
F comme Foot. Que dire des joueurs censés « porter nos couleurs » et dont on découvre qu’ils ne jouent pas pour le drapeau, pas pour la gloire, pas même pour des salaires faramineux, mais qu’ils exigent en plus, pour tenter de rentrer des buts, des droits à l’image et autres primes ?
M comme Marseillaise. C’est antipatriotique, assurément, de la siffler. Mais où, ailleurs qu’en France peut-on huer un hymne national sans se retrouver en prison ? Certainement pas en Iran. Ni en Algérie. Cette liberté n’existe encore que dans quelques rares démocraties- dont le pays de Voltaire. Siffler la Marseillaise, au fond, n’est-ce pas très français ?
Difficile, décidément, de faire le tri parmi « ceux qui n’ont pas leur place… ». Peut-être faudrait-il commencer par dresser la liste de ceux qui ont « bien mérité de la patrie » ?
H comme légion d’Honneur. Les quelques dizaines de milliers de Français qui portent un ruban ou une rosette rouge sont, dit-on, parmi ceux-là. Les plus décorés occupent d’ailleurs le sommet de la hiérarchie économique et politique de notre pays. On trouve parmi eux très peu d’infirmières et d’institutrices, peu de chercheurs, peu de patrons de PME, mais bon nombre de Pdg du CAC 40. Certains, il est vrai, ont créé des emplois, exporté, fait rayonner l’image de notre pays et versé énormément d’impôts à l’Etat. Mais combien ont délocalisé leurs usines après avoir touché des subventions ? Combien ont créé des fonds spéculatifs et placé des comptes à l’abri dans des paradis fiscaux ? Comme on aimerait ne pas douter du sens civique des invités très décorés de la « nuit du Fouquet’s quand on voit par exemple Henri Proglio prendre la tête d’ EDF sans renoncer à son salaire de Veolia ?
Au fait : comment élèvent-ils leurs enfants, ces membres de l’élite sarkozyste auxquels Eric Besson ne songe pas à faire la leçon ? Les encouragent-ils à accrocher un drapeau tricolore à leur fenêtre les jours de fête nationale ? Leur enseignent-ils la Marseillaise ? Leur expliquent-ils que, si la valeur en Bourse grimpe quand l’entreprise licencie, il n’y a pas de quoi se vanter ? Leur arrive-t-il, au lieu de fustiger « l’égalitarisme à la française », de leur rappeler la devise «Liberté-Egalité-Fraternité » ?
L comme Langue française. Quand on interroge les Français, plus de 60% d’entre eux la désignent en tout premier comme critère de l’identité nationale. Le jour même où paraissait ce sondage, je recevais une lettre de mon banquier. Passons sur le franglais « impulser, impacter, profitabilité, éligible » Mais les fautes de syntaxe ! Et les fautes d’orthographe ! J’ai pensé aux collèges des « zones sensibles». Finalement, nos princes de la finance n’ont-ils pas les mêmes «valeurs» que ces « jeunes »qu’on montre du doigt ? Leur échelle est celle du fric. Leur signe de reconnaissance, les marques. Vous avez dit « Identité nationale, patrie, valeurs, drapeau ? » Bien. Mais tous ces vieux mots ne devraient pas être bons seulement pour les nostalgiques de la dictée, les classes moyennes et la « France d’en bas ». Nous croirons à ce discours quand la « France d’en haut » donnera l’exemple de la sobriété, de la solidarité, de la fraternité. Bref, du patriotisme.
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