C'est un scoop: la crise fait lire les patrons. Oui mais quoi?
Vendredi 3 Juillet 2009 à 15:22 | Lu 4964 fois I 20 commentaire(s)
Journaliste à Marianne, rédacteur en chef de Marianne2.fr et co-responsable du service politique... En savoir plus sur cet auteur
Le quotidien économique Les Echos a questionnés 120 dirigeants sur leurs lectures. Très bonne initiative. Mais l'interprétation proposée est bien prudente. Explication.
La caverne aux livres par Gadl (www.flickr.com/photos/gad) - Flickr - cc -
Que lisent ceux qui nous dirigent ? Le quotidien Les Echos a eu la bonne idée d’interroger un certain nombre de dirigeants d’entreprises et politiques sur leurs lectures, et, plus précisément les livres qui « nourrissent durablement leur réflexion ».
Que traduisent les réponses ? Les Echos jugent qu‘il n’y a pas assez de bouquins en anglais. Le sociologue interrogé, Juilien Damlon en profite pour brocarder le « provincialisme français ». Denis Kessler, l'idéologue neolibéral (et patron de la Scor) a tout compris de la norme la plus valorisée, lui qui cite quatre ouvrage en anglais sur cinq.Il s’inquiète aussi de la trop forte inclinaison des élites françaises pour les auteurs de romans.
D’autres élément ont, semble-t-il échappé à nos confrères. D’abord la dimension « com » des réponses. Ainsi, qui pourrait jurer que la somme de Keynes Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt, de la monnaie, le plus cité des ouvrages a été vraiment lu par les personnalités interrogées ? Ca rappelle un peu les années 1970, lorsque tous les gens de gauche prétendaient avoir le Capital comme livre de chevet, alors que la plupart se régalaient avec San Antonio.
Ce qui est intéressant en tout cas est de noter l’apparition d’un conformisme plutôt rassurant : « Nous sommes tous keynésiens », confirme d’ailleurs Stieglitz. L’économiste Gilles Duranton, qui mentionne, lui, Hayek et Friedmann, vend d’ailleurs la mèche : « le balancier va revenir très vite et ces ouvrages seront à nouveau à la mode. » Nous voici rassurés.
Pour le reste, les lectures de nos élites traduisent le même genre de préoccupations que beaucoup de Français : comprendre le plus facilement ce qui se passe en y passant le moins de temps possible. L'idéal dans cette optique reste encore le petit opus de Jacques Attali ( La crise et après, Fayard) classé 6°, qui fait un tabac depuis plusieurs mois, ou bien le Mathieu Pigasse (le Monde d'après, avec Gilles Finchelstein), bon élève de Lazard, un tantinet à gauche (il vient de se payer les Inrocks). Les plus paresseux se contentent du dernier Jean-Marc Sylvestre (coécrit avec Olivier Pastré), classé 10°, qui surclasse Shumpeter, Polanyi et Krugman ! En revanche, Marseille, Minc et Baverez, intellectuels médiatiques, manquent cruellement à l'appel.
On aurait pu espérer, enfin, que la crise pousserait nos amis dirigeants à sortir de leurs sentiers battus et à rechercher des auteurs vraiment anti-conformistes. Hélas. Parmi les 500 livres cités on ne trouve que deux Todd, un François Lenglet (l'un des meilleurs livres sur la crise de 29), deux Orléan, un Naomie Klein et un Orwell. On n'est pas sorti de l'auberge...
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