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C'est pour demain : mon patron a 16 ans

Vendredi 24 Septembre 2010 à 17:01 | Lu 10695 fois I 31 commentaire(s)

Pauline Baron - Marianne

Dès le 1er janvier prochain, les jeunes de 16 à 25 ans auront la possibilité de créer leur propre boîte, et donc de devenir chefs d'entreprise. Telle est l'idée lumineuse d'Hervé Novelli. Une mesure qui peut s'avérer dangereuse pour les jeunes et même pour le gouvernement.


(Dailymotion - maxboublil)
(Dailymotion - maxboublil)
Pas encore de poil au menton, et déjà patron ? Grâce à l'idée lumineuse d’Hervé Novelli, secrétaire d’État en charge de l’industrie, ce sera possible dès l'an prochain. A partir du 1er janvier, monter et gérer sa propre boîte à 16 ans ne sera plus qu’une simple formalité… Ou presque !

Car à cet âge, les babies-entrepreneurs cernent-ils vraiment ce qu’implique ce choix professionnel ? Noëlle Bellone, Déléguée générale de la Fédération des Entreprises et des Entrepreneurs de France, en doute :  « Seize ans, c’est un peu jeune. Créer sa société exige de l’expérience, du savoir-faire pour gérer le personnel, les ressources…, ce que l’on ne possède pas à cet âge-là ». Pas assez matures ces petits jeunes, même si on ne peut présager de rien. « Ça peut réussir, car on a souvent plus d’énergie quand on est jeune, concède cette dernière, mais je n’y crois pas car tout devient instable quand on se lance dans une telle aventure ».

Pas sûr, en outre, qu’ils aient à portée de main les atouts suffisants pour s’asseoir dans le fauteuil de chef d’entreprise. Ils ne disposent «ni d’un réseau, ni de modèles qui pourraient les inspirer et les guider» dans cette voie pour le moins risquée, selon Noëlle Bellone. Mais c’est surtout d’un point de vue financier que le bât blesse. À l’heure où obtenir un prêt relève d’un véritable parcours du combat pour des entrepreneurs aguerris, les banques ne prendront sûrement pas le risque de prêter de l’argent à ces jeunes pousses. Et pour une fois, elles auront sans aucun doute raison.

Autre critique à laquelle s'expose la réforme, elle ajoute au risque de la création d'entreprise celui de se retrouver à 20 ans sur le marché du travail sans diplôme. On risque ainsi de jouer avec l’avenir professionnel des plus jeunes. Si son projet ne fonctionne pas, le jeune débutera en effet sa vie active par un échec et se retrouvera sur le marché de l’emploi sans le moindre diplôme. 

Certes le secrétaire d’État a assorti cette mesure de conditions censées protéger ces babies-entrepreneurs. Jusqu’à l’âge de 18 ans, ces créateurs en couche-culotte devront obtenir l’aval de leurs parents concernant toutes les décisions relatives à leur entreprise.

Question structure, ces aventuriers de l’économie seront astreints à créer une entreprise individuelle ou une auto-entreprise à responsabilité limitée. Des statuts qui ne mettront pas péril « leur  patrimoine personnel », argue le ministère. Mais, sauf à s'appeler Arnault ou Pinault, à 16 ans, quel patrimoine possède-t-on à part peut-être… son scooter -comme Sarkozy - acheté par papa et maman ?

Alors que  le chômage officiel atteint 7% de la population active, cette mesure risque de bonifier encore plus les statistiques de faillites, déjà considérablement augmentées par la création du statut d'auto-entrepreneur. Bref, non seulement la trouvaille de Novelli risque de s'avérer dangereuse pour les jeunes concernés, mais elle prépare de surcroit pour le gouvernement des lendemains statistiques qui déchantent.








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