C'est nouveau: l'Europe lance la chasse aux riches
Samedi 17 Mai 2008 à 07:37 | Lu 8182 fois I 30 commentaire(s)
Jean-Michel Quatrepoint
Avec La Lettre A, la chronique de Jean-Michel Quatrepoint. De nombreux responsables politiques européens se déclarent tout à coup très critiques vis-à-vis du capitalisme et des rémunérations patronales. Alors qu'il y a quelques années encore...
«Les dérapages excessifs de rémunération des dirigeants d’entreprise que nous constatons sont proprement scandaleux». Doit-on ces propos à Olivier Besancenot ? A un altermondialiste forcené ? Que nenni ! C’est le très honorable Jean-Claude Juncker, président de l’Eurogroupe, que l’on dit bien placé pour devenir le premier président de l’Union européenne, qui les a tenus, cette semaine à Bruxelles. Les quinze pays membres de la zone euro ont été invités à mettre en place des dispositifs fiscaux pour limiter les parachutes dorés et mieux encadrer les rémunérations excessives, bonus et autres stock-options.
Comme en écho, le président de la république allemande, Horst Köhler, a décrit les marchés financiers comme un «monstre». Aux Pays-Bas, le ministre des finances met la dernière main à un texte de loi pour limiter les indemnités de départ des dirigeants, estimant que «la cohésion d’une société n’était pas assurée par des inégalités inexplicables». Il est vrai que l’opinion publique néerlandaise a été quelque peu traumatisée par les dizaines de millions d’euros empochés par plusieurs dirigeants d’entreprise éjectés à l’occasion de fusions.
Un très récent retournement de veste
Comme quoi, la «chasse aux riches» n’est pas l’apanage des Français ! Il est vrai que plus les temps se font durs pour les classes moyennes occidentales et plus l’étalage de la fortune des hyper-riches dérange. Pourtant, on est en droit de se demander si ces estimables dirigeants européens - on pourrait y inclure Nicolas Sarkozy - sont des naïfs ou des démagogues. Les bonus, les stock-options, la progression exponentielle des rémunérations des managers, les fabuleux profits des traders, banquiers d’affaires et autres intermédiaires, ne datent pas d’aujourd’hui. C’est un phénomène qui s’est mis en place dans les années 80 et s’est généralisé dans les années 90. Chaque année, on publie des palmarès des rémunérations des grands patrons. Il existe même des études qui recensent l’accroissement annuel du parc de millionnaires et, maintenant, de milliardaires en dollars.
Les Néerlandais ont la mémoire courte. Au sein de l’Union européenne, ils ont été les plus ardents défenseurs d’un libéralisme à l’anglo-saxonne. Ils ont même été les champions du dumping fiscal, multipliant les législations favorables pour attirer les sièges sociaux, en leur faisant miroiter une fiscalité voisine de zéro. Il y a peu de temps, ils ont débauché le groupe de rock U2, en lui proposant de payer encore moins d’impôts qu’en Irlande, pourtant un modèle en matière de paradis fiscal.
En Grande-Bretagne, un néo-libéralisme assumé
Alors que l’Eurogroupe envisage de taxer les superprofits, on remarquera qu'Outre-Manche, les timides velléités de remettre en cause les avantages fiscaux offerts aux riches étrangers ont été vite balayés. Depuis près de vingt ans, les Européens se voilent la face. Il y a bien deux modèles économiques en compétition : le modèle social européen et le modèle anglo-saxon, qui a trouvé une seconde jeunesse avec la globalisation et l’alliance avec la Chine. L’un et l’autre ne sont pas compatibles.
Oui, le modèle anglo-saxon, qu’on le baptise de néolibéral ou d’hyper-capitaliste, accroît les inégalités, et entend réduire le rôle des Etats ainsi que de la politique. C’est même sa raison d’être. Chaque individu doit garder un espoir chevillé au corps : pouvoir, lui aussi, accéder un jour à la fortune. Qu’il devienne sportif ou artiste de renom, mannequin vedette, trader inspiré, avocat astucieux ou joueur de poker talentueux. Et s’il n’a aucun de ces dons, il reste… le Loto !
Comme en écho, le président de la république allemande, Horst Köhler, a décrit les marchés financiers comme un «monstre». Aux Pays-Bas, le ministre des finances met la dernière main à un texte de loi pour limiter les indemnités de départ des dirigeants, estimant que «la cohésion d’une société n’était pas assurée par des inégalités inexplicables». Il est vrai que l’opinion publique néerlandaise a été quelque peu traumatisée par les dizaines de millions d’euros empochés par plusieurs dirigeants d’entreprise éjectés à l’occasion de fusions.
Un très récent retournement de veste
Comme quoi, la «chasse aux riches» n’est pas l’apanage des Français ! Il est vrai que plus les temps se font durs pour les classes moyennes occidentales et plus l’étalage de la fortune des hyper-riches dérange. Pourtant, on est en droit de se demander si ces estimables dirigeants européens - on pourrait y inclure Nicolas Sarkozy - sont des naïfs ou des démagogues. Les bonus, les stock-options, la progression exponentielle des rémunérations des managers, les fabuleux profits des traders, banquiers d’affaires et autres intermédiaires, ne datent pas d’aujourd’hui. C’est un phénomène qui s’est mis en place dans les années 80 et s’est généralisé dans les années 90. Chaque année, on publie des palmarès des rémunérations des grands patrons. Il existe même des études qui recensent l’accroissement annuel du parc de millionnaires et, maintenant, de milliardaires en dollars.
Les Néerlandais ont la mémoire courte. Au sein de l’Union européenne, ils ont été les plus ardents défenseurs d’un libéralisme à l’anglo-saxonne. Ils ont même été les champions du dumping fiscal, multipliant les législations favorables pour attirer les sièges sociaux, en leur faisant miroiter une fiscalité voisine de zéro. Il y a peu de temps, ils ont débauché le groupe de rock U2, en lui proposant de payer encore moins d’impôts qu’en Irlande, pourtant un modèle en matière de paradis fiscal.
En Grande-Bretagne, un néo-libéralisme assumé
Alors que l’Eurogroupe envisage de taxer les superprofits, on remarquera qu'Outre-Manche, les timides velléités de remettre en cause les avantages fiscaux offerts aux riches étrangers ont été vite balayés. Depuis près de vingt ans, les Européens se voilent la face. Il y a bien deux modèles économiques en compétition : le modèle social européen et le modèle anglo-saxon, qui a trouvé une seconde jeunesse avec la globalisation et l’alliance avec la Chine. L’un et l’autre ne sont pas compatibles.
Oui, le modèle anglo-saxon, qu’on le baptise de néolibéral ou d’hyper-capitaliste, accroît les inégalités, et entend réduire le rôle des Etats ainsi que de la politique. C’est même sa raison d’être. Chaque individu doit garder un espoir chevillé au corps : pouvoir, lui aussi, accéder un jour à la fortune. Qu’il devienne sportif ou artiste de renom, mannequin vedette, trader inspiré, avocat astucieux ou joueur de poker talentueux. Et s’il n’a aucun de ces dons, il reste… le Loto !
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