C'est ma première reprise-partie! (2/2)
Dimanche 13 Septembre 2009 à 16:01 | Lu 3732 fois I 22 commentaire(s)
Jean-Paul Baquiast - Economiste
Jean-Paul Bacquiast, économiste et écrivain, est formel: ceux qui imaginent que les pouvoirs politiques ont repris la main pour éviter les dérives du capitalisme financier se trompent. S'il y a reprise, c'est celle de la spéculation. Mais les bases structurelles de la crise demeurent. Après ses signes conjoncturels, Jean-Paul Baquiast se penche sur les origines structurelles de la crise: l'actionnariat tout puissant, qui fait des politiques des pantins de la finance.
Contraintes macro-économiques
La toile de fond des prochaines décennies est évidemment l'épuisement des ressources naturelles mondiales sous la pression à la fois du changement climatique en cours et d'une démographie encore fortement en hausse. Nous vivons désormais dans un monde dont les ressources surexploitées diminueront tandis que la demande ne cessera d'augmenter. Il faudrait donc d'une part réduire globalement ou sélectivement (selon les cas) les prélèvements sur les ressources, ce qui supposerait une décroissance des consommations les plus destructrices compensée par une croissance des activités à faible impact sur l'environnement telles que les investissements dans la science et la culture. Il faudrait parallèlement investir dans des technologies nouvelles susceptibles de remplacer, là où elles demeurent indispensables, les sources naturelles en voie de disparition.
Le problème est que ces changements d'orientation demanderaient beaucoup de temps et d'argent. Comme de plus, ils ne peuvent être menés efficacement, compte tenu de la mondialisation, qu'à l'échelle de la planète toute entière, ils supposeraient des coordinations étroites entre politiques économiques et sociales, menées nécessairement par des puissances publiques à l'autorité et à la compétence raffermies.
Mais pour que de telles politiques soient conduites, en dépit de la poursuite inévitable des compétitions entre puissances, il faudrait que les instruments du pouvoir économique échappent à ceux qui les détiennent encore très largement, y compris en Europe. Il s'agit de ce que l'on désigne globalement par le terme d'actionnaires : entités anonymes n'étant intéressées que par la possibilité de maximiser des profits immédiats, quelles qu'en soient les conséquences pour les vrais créateurs de richesses, c'est-à-dire les travailleurs et les entreprises publiques ou privées capables d'investir sur le long terme en prenant en compte un minimum d'intérêt général.
Le retour des actionnaires qui s'est fait à partir de la réhabilitation des marchés financiers dans les années 1980 ne s'est pas traduit par la valorisation des petites épargnes, ce que les banques de dépôt savaient à peu près faire. Il s'est fait à partir de la montée en puissance des grands fonds d'épargne collective qui détiennent désormais la majorité des actions des entreprises cotées en bourse et qui se concurrencent pour drainer l'épargne des catégories aisées. Leurs choix de placement, leur entrée dans les conseils d'administrations des firmes, les pressions qu'ils exercent sur les parlements et les gouvernements en font une véritable gouvernance informelle invisible, portant non seulement sur les marchés d'action mais sur les économies toutes entières. Les « actionnaires » ainsi sur-représentés sont dorénavant capables de sanctionner (par une condamnation à mort) les entreprises qui ne font pas les 15 à 20% de bénéfices sur fonds propres désormais exigés.
Le problème est que ces changements d'orientation demanderaient beaucoup de temps et d'argent. Comme de plus, ils ne peuvent être menés efficacement, compte tenu de la mondialisation, qu'à l'échelle de la planète toute entière, ils supposeraient des coordinations étroites entre politiques économiques et sociales, menées nécessairement par des puissances publiques à l'autorité et à la compétence raffermies.
Mais pour que de telles politiques soient conduites, en dépit de la poursuite inévitable des compétitions entre puissances, il faudrait que les instruments du pouvoir économique échappent à ceux qui les détiennent encore très largement, y compris en Europe. Il s'agit de ce que l'on désigne globalement par le terme d'actionnaires : entités anonymes n'étant intéressées que par la possibilité de maximiser des profits immédiats, quelles qu'en soient les conséquences pour les vrais créateurs de richesses, c'est-à-dire les travailleurs et les entreprises publiques ou privées capables d'investir sur le long terme en prenant en compte un minimum d'intérêt général.
Le retour des actionnaires qui s'est fait à partir de la réhabilitation des marchés financiers dans les années 1980 ne s'est pas traduit par la valorisation des petites épargnes, ce que les banques de dépôt savaient à peu près faire. Il s'est fait à partir de la montée en puissance des grands fonds d'épargne collective qui détiennent désormais la majorité des actions des entreprises cotées en bourse et qui se concurrencent pour drainer l'épargne des catégories aisées. Leurs choix de placement, leur entrée dans les conseils d'administrations des firmes, les pressions qu'ils exercent sur les parlements et les gouvernements en font une véritable gouvernance informelle invisible, portant non seulement sur les marchés d'action mais sur les économies toutes entières. Les « actionnaires » ainsi sur-représentés sont dorénavant capables de sanctionner (par une condamnation à mort) les entreprises qui ne font pas les 15 à 20% de bénéfices sur fonds propres désormais exigés.
Les actionnaires, fauteurs de crise?
Il en résulte que leurs exigences rendent improbables par définition les investissements en capital réel tout autant que la juste rémunération des salariés et la relance d'une consommation raisonnée provenant des salariés, des petits épargnants et des consommateurs locaux, tous mécanismes qui traditionnellement faisaient la prospérité des territoires.
La libéralisation systématique des échanges internationaux de marchandises et de capitaux menée sous l'égide de l'OMC depuis 20 ans, relayée par les institutions européennes, renforce aujourd'hui la destruction des vieilles économies et sociétés traditionnelles, puisqu'elle impose désormais à celles-ci la compétition avec les grands réservoirs de main d'oeuvre asiatiques (les salariés à 2 dollars précédemment cités). Elle ne profite même pas aux sociétés asiatiques, puisque la demande intérieure, pouvant résulter d'une hausse des salaires locaux, n'y est pas encouragée. Les épargnes sont drainées vers les fonds de pension asiatiques qui, aux mains des financiers politiquement bien en cours, relayés par les gouvernements eux-mêmes, s'en servent comme des machines de guerre internationale pour poursuivre la destruction des industries des pays anciennement développés. De toutes façons, étant aux mains de spéculateurs et non de véritables industriels, ils ne seraient pas capables de profiter de ces épargnes considérables pour réellement investir là où, comme indiqué ci-dessus, la création de nouvelles valeurs pourrait se substituer à la disparition des ressources naturelles et à la lutte contre la pollution.
Or cet accaparement du monde par les intérêts financiers, qui a déjà provoqué, outre la grande crise actuelle, de nombreuses crises et désastres locaux, en Europe comme dans le reste du monde, n'a aucune raison de changer. Les mêmes sont toujours au pouvoir, à New York, à Londres, à Pékin et dans tous les hauts lieux de la finance et de la spéculation. Les banques et les assurances sont toujours soumises à leur bon vouloir au lieu de revendiquer un retour à leurs missions traditionnelles, dont elles s'étaient acquittées (il est vrai tant bien que mal) durant le dernier siècle. Aucune entreprise productive réellement innovante ne voit plus le jour, même pas dans le domaine des armements. La recherche fondamentale est partout asséchée.
Plus grave encore, les gouvernements confirment leur dépendance politique à l'égard de ces intérêts dont, corruption aidant, ils tiennent leurs pouvoirs. On suspecte à juste titre Barack Obama d'être le polichinelle de Wall Street, n'ayant agité de vastes projets de réforme, dont aucun ne verra le jour, que pour calmer les esprits. Il en est sans doute de même au niveau des gouvernements européens. S'ils voulaient vraiment démentir l'accusation d'être, eux aussi, des polichinelles de la finance, ils se mettraient d'accord sur les vastes programmes d'action concertés auxquels nous avons fait allusion dans la première partie de cet article.
Il faudrait pour cela qu'ils acceptent de construire :
1. un espace délimité par des frontières fixant des règles de réciprocité aux échanges extérieurs ainsi qu'une politique commune de change
2. une économie harmonisée autour de fiscalités, de salaires planchers et de protections sociales minima
3. La réalisation d'un territoire commun organisant les inévitables transferts qui s'imposeront entre régions riches et régions pauvres.
Rappelons à cet égard qu'il sera de plus en plus insupportable d'accepter le maintien des disparités existantes entre l'Allemagne et, par exemple, la Lettonie, pourtant très proches.
Or on peut voir qu'il n'en est toujours rien. Ce ne sera pas la préparation en commun de futurs G20 qui pourra faire espérer les grands changements nécessaires.
Les politiques organisent une grande reprise-partie! (1/2)
Article de Jean-Paul Baquiast sur la pseudo-science économique
La libéralisation systématique des échanges internationaux de marchandises et de capitaux menée sous l'égide de l'OMC depuis 20 ans, relayée par les institutions européennes, renforce aujourd'hui la destruction des vieilles économies et sociétés traditionnelles, puisqu'elle impose désormais à celles-ci la compétition avec les grands réservoirs de main d'oeuvre asiatiques (les salariés à 2 dollars précédemment cités). Elle ne profite même pas aux sociétés asiatiques, puisque la demande intérieure, pouvant résulter d'une hausse des salaires locaux, n'y est pas encouragée. Les épargnes sont drainées vers les fonds de pension asiatiques qui, aux mains des financiers politiquement bien en cours, relayés par les gouvernements eux-mêmes, s'en servent comme des machines de guerre internationale pour poursuivre la destruction des industries des pays anciennement développés. De toutes façons, étant aux mains de spéculateurs et non de véritables industriels, ils ne seraient pas capables de profiter de ces épargnes considérables pour réellement investir là où, comme indiqué ci-dessus, la création de nouvelles valeurs pourrait se substituer à la disparition des ressources naturelles et à la lutte contre la pollution.
Or cet accaparement du monde par les intérêts financiers, qui a déjà provoqué, outre la grande crise actuelle, de nombreuses crises et désastres locaux, en Europe comme dans le reste du monde, n'a aucune raison de changer. Les mêmes sont toujours au pouvoir, à New York, à Londres, à Pékin et dans tous les hauts lieux de la finance et de la spéculation. Les banques et les assurances sont toujours soumises à leur bon vouloir au lieu de revendiquer un retour à leurs missions traditionnelles, dont elles s'étaient acquittées (il est vrai tant bien que mal) durant le dernier siècle. Aucune entreprise productive réellement innovante ne voit plus le jour, même pas dans le domaine des armements. La recherche fondamentale est partout asséchée.
Plus grave encore, les gouvernements confirment leur dépendance politique à l'égard de ces intérêts dont, corruption aidant, ils tiennent leurs pouvoirs. On suspecte à juste titre Barack Obama d'être le polichinelle de Wall Street, n'ayant agité de vastes projets de réforme, dont aucun ne verra le jour, que pour calmer les esprits. Il en est sans doute de même au niveau des gouvernements européens. S'ils voulaient vraiment démentir l'accusation d'être, eux aussi, des polichinelles de la finance, ils se mettraient d'accord sur les vastes programmes d'action concertés auxquels nous avons fait allusion dans la première partie de cet article.
Il faudrait pour cela qu'ils acceptent de construire :
1. un espace délimité par des frontières fixant des règles de réciprocité aux échanges extérieurs ainsi qu'une politique commune de change
2. une économie harmonisée autour de fiscalités, de salaires planchers et de protections sociales minima
3. La réalisation d'un territoire commun organisant les inévitables transferts qui s'imposeront entre régions riches et régions pauvres.
Rappelons à cet égard qu'il sera de plus en plus insupportable d'accepter le maintien des disparités existantes entre l'Allemagne et, par exemple, la Lettonie, pourtant très proches.
Or on peut voir qu'il n'en est toujours rien. Ce ne sera pas la préparation en commun de futurs G20 qui pourra faire espérer les grands changements nécessaires.
Les politiques organisent une grande reprise-partie! (1/2)
Article de Jean-Paul Baquiast sur la pseudo-science économique
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