Marianne2 2012

C'est le moment d'admettre ses phobies...

Lundi 12 Décembre 2011 à 05:01 | Lu 5016 fois I 9 commentaire(s)

David Desgouilles - Blogueur associé

Phobie, c'est le suffixe à la mode en ce moment. Germanophobie, christianophobie, islamophobie... Et bien notre blogueur associé David Desgouilles a décidé de faire son « coming-out » phobique lui aussi : il a peur des buses. Le rapace, précisons.


(buse - wikimedia - cc)
(buse - wikimedia - cc)
Il faut bien le reconnaître, j’ai beaucoup de mal à sacrifier aux rites de notre époque. Par exemple, à l’instar de Marc Cohen et d’Eric Zemmour, j’ai beaucoup de mal à m’habituer aux différentes repentances et à m’accuser, ainsi que les miens, de toutes les phobies possibles inimaginables.

D’autre part, déballer mon intimité à tous les passants, faire un coming-out comme le premier député UMP venu, ne font pas partie de l’éducation ô combien réactionnaire qui m’a été inculquée (1).

Mais afin de fêter Saint-Nicolas (2), j’ai décidé de faire d’une pierre deux coups. Je vais, devant vous, effectuer un coming-out phobique.

Chers amies, chers amis, chers lecteurs, je suis depuis ma pré-adolescence touché par une phobie pas aussi rare qu’elle en a l’air (3), surtout parmi ceux ont vécu ou vivent encore à la campagne. Je suis busophobe. J’ai décidé de le confesser en public grâce à ce billet d’humeur.

Vous me direz que ma notoriété demeure insuffisante pour que l’AFP fasse de ma busophobie une dépêche. Vous aurez raison. La phobie de ce rapace est néanmoins connue par une bonne partie des miens. A tel point que lorsque j’ai fêté récemment mes quarante ans, ma famille -au sens le plus large du terme- s’est débrouillée pour m’offrir une buse empaillée de toute beauté, non sans avoir vérifié auprès d’un cardiologue si je ne risquais pas d’y passer en ouvrant le paquet.

Croyez bien que je suis conscient de la honte qui me frappe. Une buse, après tout, n’a jamais bouffé autre chose que des animaux bien plus petits que moi. Mais c’est plus fort que moi. Puisqu’on est dans le coming-out phobique, allons y carrément : avouons la raison de cette montée d’adrénaline à la vue d’une buse sagement posée sur un piquet alors que j’effectue une promenade à vélo (4).

Laissez-moi vous expliquer l’origine de cette peur panique. Je devais avoir une dizaine d’années lorsque j’ai croisé le regard d’une buse qui venait de se faire truffer de plombs à grive. Elle était debout sur ses pattes, avait déployé ses ailes de toute son envergure, et m’a fixé avec ses petits yeux perçants.

Dernière chose : je tiens à présenter mes excuses aux amis qui trouveront que cette impudeur ne me ressemble guère. Ils doivent comprendre qu’aller à contre-courant de son époque devient parfois épuisant. Et, après tout, Alain Juppé ou Cécile Duflot viendront peut-être témoigner en ma faveur -ayant ainsi avoué ma faute- et alors échapperai-je à l’enfermement dans la fameuse cage aux phobes que Philippe Muray avait naguère décrit.

Ou pas.

(1) Je me souviens d’un oncle libertaire qui m’avait expliqué que je n’avais pas été éduqué mais dressé. Un peu comme un berger allemand… Tonton devait être libertaire et aussi légèrement germano-canino-phobe.

(2) Je parle évidemment du monsieur barbu qui apporte du chocolat. Ni du président que j’ai déjà assez éreinté la semaine dernière. Ni de mon candidat préféré, qui à d’autres chats à fouetter et de parrainages à récolter.

(3) L’an dernier, un collègue et néanmoins ami m’a avoué posséder la même tare.

(4) En voiture, j’ai moins peur. Je me sens protégé. Evidemment, avec une décapotable, le problème se poserait autrement…

C'est le moment d'admettre ses phobies...
Retrouvez David Desgouilles sur son blog.








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