Burqa: le PS veut bien une loi, mais ne sait toujours pas laquelle
Finalement, le Parti socialiste veut bien une loi sur la burqa. C’est «clair». Une loi instituant son interdiction totale? Là, ça l’est beaucoup moins…
En serait-ce fini des atermoiements du PS sur la burqa ? Aurait-il enfin un point de vue sur le sujet ? Sur la burqa en tant que telle, apparemment oui. Sur son interdiction totale, c'est moins sûr. Mais les socialistes possèdent désormais au moins une méthode à opposer à Nicolas Sarkozy et à son gouvernement sur le sujet. Jean-Marc Ayrault et Julien Dray se sont relayés sur les radios ce matin pour expliquer le modus operandi qu’ils souhaiteraient voir retenu alors que l'observatoire de l'opinion LH2 pour le Nouvelobs.com révélait hier que la population était, elle, majoritairement « favorable à l’interdiction du port du voile intégral dans tout l’espace public » (70% des personnes interrogées, 61% des sympathisants socialistes sondés) (1).
Le patron des députés socialistes était le premier à s’exprimer sur le sujet sur RTL : « Je suis de ceux qui ne veulent pas transiger un seul instant avec les principes et les valeurs de la République. Quand ils sont mis en cause par des formes d’intégrisme qui existent — la burqa en fait partie — il faut qu’on s’unisse, les Républicains, pour trouver des solutions ».
Voilà qui est limpide. Mais quand il s’agit de savoir s’il est favorable ou non à une interdiction totale, la réponse qu’Ayrault sert à Jean-Michel Aphatie se fait moins tranchée, plus diluée : « Ce que je vais vous dire très franchement, ici, ce matin, je le dis au nom de mes collègues députés socialistes : nous sommes sur cette question dans un esprit de dialogue. (…) C’est-à-dire, pas de procédure d’urgence au Parlement. Deuxième chose que nous demandons, c’est de tenir compte des avis juridiques du Conseil d’Etat. Troisièmement, ce que nous demandons, c’est que cette loi — si elle est votée — soit efficace, qu’elle soit applicable. Parce qu’il n’y a rien de pire qu’une loi d’effet d’annonce qui ne débouche sur rien, qui ne règle rien et qui donnera un argument supplémentaire aux fondamentalistes. (…) Sur la base de ces préalables que nous mettons, qui sont des préalables de dialogue républicain, nous entamerons le dialogue avec le gouvernement sur le projet. Mais s’il n’y a pas de volonté de dialogue, si c’est à prendre ou à laisser, si c’est, pour reprendre l’expression de Jean-François Copé, revenir aux fondamentaux de la droite ou de l’extrême droite, alors on déposera nous-même notre propre texte. (…) Il n’y aura pas d’esquives de notre part. On sera clair ».
Pour l’instant, si la volonté est effectivement « claire » (voir naître une loi), la position finale du PS sur la nature de cette loi (interdiction totale ou non de la burqa) ne l’est toujours pas. Et comme pour illustrer la multiplicité des points de vue qui cohabitent au sein du Parti socialiste, Julien Dray, quelques minutes plus tard au micro d’Europe 1, se montrait moins vaporeux que Jean-Marc Ayrault : « Je ferais plutôt partie des 70% [favorables à l’interdiction totale du voile intégral], lâche le député de l’Essonne, Je considère que le voile intégral est contraire à l’esprit de la République. »
En revanche, il faut bien le reconnaître, sur la méthode les deux hommes et le PS dans son ensemble sont « raccord » : « Le porte-parole du Parti socialiste s’est exprimé hier. C’est Benoît Hamon. Il a dit que nous étions favorables à une loi et je pense qu’il faut une loi. (…) C’est normal que sur un problème aussi sensible que celui-là, que progressivement, on prenne en considération les situations. On ne peut pas laisser les choses en l’état. On ne va pas recommencer la même erreur que l’on a faite avec le port du voile islamique où l’on a mis un certain temps à comprendre qu’il fallait une loi d’interdiction. Donc, il faut une loi. Mais il faut aussi que cette loi soit consensuelle. C’est-à-dire qu’elle soit écrite par les parlementaires dans un état d’esprit de consensus. (…) S’il y a un véritable travail parlementaire, ça voudra dire que ce ne sera pas un travail partisan. Ce ne sera pas la volonté d’imposer un rapport de force politique d’une majorité par rapport à une opposition ou de faire un coup politique. » Est-ce que c'est « clair » maintenant ?
(1) D'après un sondage TNS-Sofres - Logica - Europe 1 plus ancien, 33% des personnes interrogées disaient souhaiter une interdiction totale. L'interdiction qu'elle soit totale ou partielle recueillait au final l'approbation de 64% des sondés.
Réactualisé à 15h10
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