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Burqa: la République laïque confirmée par le Conseil constitutionnel

Dimanche 10 Octobre 2010 à 18:01 | Lu 16166 fois I 409 commentaire(s)

Jean-Louis Denier - Tribune

Sujet hautement sensible il y a encore quelques mois, l'interdiction du port de la burqa par le Conseil Constitutionnel est passée sous silence.


A l’inverse de la position du Conseil d'Etat, le Conseil Constitutionnel, en validant l’interdiction du port du voile intégral dans l’espace public, réaffirme solennellement le caractère laïc et indivisible de la République Française.
 
 
Toutes et tous, celles et ceux qui, tout à la fois, Français(es), patriotes, ami(e)s de la République Française laïque, une et indivisible pour laquelle tant de nos aïeux ont donné leur vie et versé leur sang, se réjouiront de ce qu’à la date du 7 octobre 2010 le Conseil Constitutionnel ait, sans faillir ni hésiter, emprunté le bon chemin, celui du Droit et de la cohérence.
 
Deux chemins s’offraient à la juridiction suprême quant à la façon d’appréhender, juridiquement, le problème du port de la burqa dans l’espace public : prendre la direction de Munich et capituler devant le « fascislamisme », prendre la direction de Londres et faire le choix de la Résistance.
 
Jean-Louis, en digne fils de Michel Debré, celui-là même qui apposa les Sceaux sur la constitution de la Vème République, n’a pas hésité, prenant et incitant ses pairs à faire le choix d’une certaine idée de la France ... une République laïque où l’Etat, dans son action et dans ses choix, est neutre sur le plan confessionnel, une République des Lumières où la Loi est civile et dictée par l’esprit humain et non point religieuse et dictée par une « essence » supra-humaine, non avérée dans son existence.
 
Et pourtant ... ce choix n’était pas évident.

LES BIZARRERIES DU CONSEIL D’ETAT… ET DE QUELQUES AUTRES

L’environnement intellectuel – les « Carcasonneries » et autre « Eolaseries » notamment – ainsi que la position prise par le Conseil d’Etat n’incitaient guère à la volonté de défendre fermement le caractère laïque de notre République.
 
Fidèle à une logique particulière mélangeant culpabilisation liée au passé colonial de la France, idéalisation d’un Tiers-mondisme d’hier décliné en sympathie actuelle pour le monde musulman perçu comme – systématiquement - victime de tout et surtout de l’Occident matérialiste et impérialiste, avec, en arrière plan la question palestinienne, une certaine coterie, trouvant de solides relais dans les médias, avait fait passer l’idée que le port de la burqa ne pouvait être proscrit en aucun cas, faisant quasiment émerger un nouveau droit pour la femme de confession musulmane : le droit (personnel et identitaire) à la burqa.
 
Comme de bien entendu avec de tels profils et orientations, soutenir l’idée inverse revenait à ne rien comprendre à tel ou tel texte du droit, à être d’extrême-droite, islamophobe et raciste.
 
Sauf que ... .
 
Sauf que c’était oublier un peu vite qu’en laissant instituer un droit à la burqa dans les rues, c’était reconnaitre et valider une conception de la République et de la France de nature : communautariste, inégalitaire entre les sexes et, surtout, reniant le principe de séparation de la Mosquée et de l’Etat.

LE PORT DE LA BURQA EST UN ACTE POLITIQUE ET NON LA MANIFESTATION D’UNE LIBERTE RELIGIEUSE

Sur ce dernier point, il convient de rappeler ce qu’est le port de la burqa.
 
Le port de ce type de vêtement n’est pas un signe de foi, c’est un acte politique d’adhésion à une déviation politique et politisée de l’Islam.
 
Cette déviation - de nature sectaire pour certains anthropologues et chercheurs (voir l'article du Monde et de Libération ) -  refuse le modèle d’organisation politique, juridique et sociale qui est le notre ... celui d’une société où la sphère publique, la Loi, la civilisation et la culture ne sont, ni prisonnières, ni mêmes tributaires d’une révélation de nature métaphysique.
 
Le problème de ce refus tient à sa matérialisation : il ne se contente pas d’investir la sphère du débat et de la parole ou d’user du droit de manifester dans les rues, il choisit aussi, et surtout, la voie de la subversion, annonciatrice et antichambre du recours à la violence et au terrorisme.
 
Le port de la burqa est donc un acte militant et idéologique de refus radical de notre modèle de société laïque où, contrairement à la société islamique, il n’y a ni confusion ni globalisation entre religion et société.
 
La République française n’est pas, et n’a pas vocation à être, Dîn wa dounya – mélange de religion et société  - selon le modèle de la cité musulmane, voilà ce que traduit la validation de la loi interdisant le port de la burqa dans l’espace public.

FAVORISER L’EMERGENCE D’UN « ISLAM FRANÇAIS ET SECULARISE »

Au-delà de l’interdiction d’un symbole politique de radicalité antirépublicaine, il faut considérer l’option retenue par le Conseil Constitutionnel comme un message.
 
En l’occurrence ... la France n’a pas à s’adapter à l’Islam, il revient à l’Islam à s’adapter à la France, à ses lois, culture et coutumes.
 
L’Islam en France - comme avant lui le Catholicisme en tant qu’ancienne religion d’un Etat monarchique (passé) - doit donc trouver la voie de la sérénité, de la sécularisation et de la modernité à l’instar d’un Muhammad Iqbâl, philosophe et poète d’origine pakistanaise, qui dans un de ses ouvrages « Reconstruire la pensée religieuse de l’Islam » considérait que « La prétention de la génération actuelle des libéraux musulmans à réinterpréter les principes juridiques fondamentaux [de l’Islam] à la lumière de leur propre expérience et des conditions de la vie moderne est parfaitement justifiée. ».
 
Cette marche de l’Islam en France vers la modernité et la francisation, la République doit l’accompagner. Ceci ne peut se faire qu’en luttant contre les cercles intégristes (le plus souvent étrangers) issus de la Salafiya et du Wahhabisme afin de faire émerger un clergé musulman de France et intégrant dans ses vision et prêches un modèle d’Islam européanisé et non politique.

REFUSER TOUTE INGERENCE JURIDIQUE ETRANGERE ET COMMUNAUTARISTE

Ce refus de toute ingérence étrangère doit se manifester également dans la défense de notre modèle juridique de République laïque.
 
La loi interdisant le port de la burqa dans l’espace public doit échapper à toute contradiction résultant du recours à une juridiction non française jugeant de la situation avec un corpus juridique et une conception, et du droit, et de la liberté vestimentaire « communautarisante » sans égard pour nos principes de laïcité et d’indivisibilité.
 
Si cela advenait, il appartiendrait à l’un ou l’autre gouvernement de refuser ce résultat, fut-ce par voie de dénonciation de tel ou tel traité international liant la France.

FAIRE APPLIQUER LA LOI SANS FAIBLESSE

Le droit étant dit, il revient maintenant au gouvernement actuel de faire appliquer la loi sans faiblesse ni recul.
 
Car le texte sans volonté ne suffit pas.
 
Les intégristes islamistes ont un projet pour la France : en faire une terre d’Islam soumise exclusivement à la loi coranique, laquelle, ne l’oublions pas, prévoit que les non-musulmans sont combattus et soumis à impôt pour avoir le droit de vivre.
 
Il convient de contrecarrer ce projet - qui passe notamment par l’instrumentalisation du port de la burqa dans l’espace public - par une vigilance de tous les instants.
 
 








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