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Burgaud, CSM, justice légale et justice réelle

Lundi 4 Mai 2009 à 16:20 | Lu 4813 fois I 23 commentaire(s)

Philippe Bilger
Philippe Bilger a été juge d’Instruction et avocat général. Il est actuellement magistrat... En savoir plus sur cet auteur

Par Philippe Bilger. Qui s'avoue plus que désorienté par le contraste entre une justice d'en haut, qui semble piétiner un certain nombre de principes pendant que les professionnels s'efforcent de faire survivre la justice ordinaire.


Burgaud, CSM, justice légale et justice réelle

Etrange impression au cours de ces derniers jours.
Un Conseil supérieur de la magistrature (CSM) qui a « réprimandé » Fabrice Burgaud. Un recours formé par celui-ci devant le Conseil d'Etat. Le plus haut magistrat de France, Vincent Lamanda, voit son autorité contestée par Xavier Chavigné, membre du CSM, qui continue à siéger dans l'instance disciplinaire en dépit de l'opposition du premier (Le Figaro). Deux juges d'instruction de la section financière de Paris, Xavière Siméoni et René Grouman, ont signifié à Patrick Hefner, patron de la sous-direction des affaires économiques et financières de la préfecture de police, que la brigade financière qu'il supervise était dessaisie de l'enquête liée au groupe Casino. Parce qu'il avait été invité à dîner par Philippe Courroye à son domicile, en compagnie de Jean-Charles Naouri et de Me Paul Lombard qui pourtant plaide pour la transparence de la justice. Pour des fonctionnaires de police protégés par l'anonymat, il s'agirait de « pratiques courantes » et jamais « médiatisées  » (Le Monde).

Je suis sans doute naïf mais je ne crois pas que les procédures, même les plus sensibles, soient traitées habituellement de cette manière. Le procureur Courroye se voit remettre à l'Elysée par le président de la République la distinction d'Officier dans l'Ordre du Mérite en présence notamment d'Alain Minc et de Me Paul Lombard (Le Canard enchaîné). Je ne suis pas sûr que nous ayons encore un garde des Sceaux. Il y a des éminences grises, il y a des favoris, une vie secrète, souterraine, officieuse se déroule, sous l'égide de l'Etat, dans les coulisses.

Pourquoi éprouve-t-on comme une mélancolie devant ces tractations, ces péripéties, ces honneurs, ces dissensions ? Sans doute parce qu'ils font penser, par contraste, aux difficultés de la justice au quotidien, aux drames pénitentiaires, au désarroi des citoyens devant un service public qui est loin de répondre à leurs attentes. Le gouffre semble s'amplifier entre la justice réelle - celle qui, dans les travaux et les jours, fait le plus et le mieux possible pour assumer sa mission - et la justice légale qui ne semble pas partager les préoccupations du magistrat de base.

Je perçois plus qu'un hiatus entre le Pouvoir, ses jeux et ses préférences d'un côté et la masse judiciaire qui râle, s'agite, rêve de respect et « tient la boutique » de l'autre.

Retrouvez les articles de Philippe Bilger sur le blog Justice au singulier








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