Bruxelles fait fuir les journalistes. Pourquoi ?
Jeudi 1 Avril 2010 à 05:01 | Lu 7033 fois I 18 commentaire(s)
Lucie Soullier - Marianne
Le nombre de journalistes accrédités auprès de la Commission européenne est en baisse continue depuis quinze ans. La faute à qui ? La crise de la presse ? Une Europe opaque ? Une administration belge trop rigide ?
Les journalistes fuient Bruxelles. De 1300 journalistes recensés en 2005, le nombre est tombé à 752...ou 935 selon le chiffre rectifié aujourd'hui par le service du porte parole de la Commission. Il semble compliqué pour ce dernier d'avoir un chiffre précis du nombre de journalistes accrédités cette année, tous les journalistes n'ayant pas forcément besoin d'une carte professionnelle pour travailler. Mais une chose est sûre : en cinq ans, 28 à 42% d'entre eux sont partis. Donc « même si la situation semble moins catastrophique avec l'annonce du deuxième chiffre aujourd'hui [le 31 mars, ndlr], la tendance est clairement à la baisse » selon Lorenzo Consoli, Président de l'Association de la Presse Internationale.
Le premier chiffre de 752 avait provoqué un tolé dans la capitale belge. « Saignée », « hémorragie »... Les termes utilisés dans la presse européenne témoignent du malaise. L'API a donc tiré la sonnette d'alarme et convoqué une assemblée générale extraordinaire le 18 mars dernier. Les deux résolutions adoptées à l'unanimité à cette occasion pointent les supposées causes majeures de la chute du nombre de correspondants de presse accrédités à Bruxelles.
En tous cas, beaucoup refusent de justifier la fuite des journalistes de Bruxelles par la pauvreté de l'actualité européenne. Certes, Barroso, pour se faire réélire, a fait en sorte de ne pas heurter les Etats membres en faisant « moins de choses et plus lentement ». Mais avec la Présidence française de l'Union, les rebondissements du référendum sur le traité de Lisbonne, la crise du lait ou encore les élections européennes, « c'était un vrai festival d'actu » s'amuse Hughes Beaudoin.
Le premier chiffre de 752 avait provoqué un tolé dans la capitale belge. « Saignée », « hémorragie »... Les termes utilisés dans la presse européenne témoignent du malaise. L'API a donc tiré la sonnette d'alarme et convoqué une assemblée générale extraordinaire le 18 mars dernier. Les deux résolutions adoptées à l'unanimité à cette occasion pointent les supposées causes majeures de la chute du nombre de correspondants de presse accrédités à Bruxelles.
En tous cas, beaucoup refusent de justifier la fuite des journalistes de Bruxelles par la pauvreté de l'actualité européenne. Certes, Barroso, pour se faire réélire, a fait en sorte de ne pas heurter les Etats membres en faisant « moins de choses et plus lentement ». Mais avec la Présidence française de l'Union, les rebondissements du référendum sur le traité de Lisbonne, la crise du lait ou encore les élections européennes, « c'était un vrai festival d'actu » s'amuse Hughes Beaudoin.
Vers un statut de journaliste européen
La première explication invoquée pour le retrait des correspondants est simple : le coût. Télécoms, loyer, salaire...Un correspondant à Bruxelles représente des frais non négligeables. D'autant plus que la crise générale de la presse et la crise économique n'ont pas arrangé les choses.
En effet, comme le souligne Quentin Dickinson, directeur du bureau de Radio France à Bruxelles, « si tu pars trois ou quatre ans à Bruxelles, tu gardes parfois ton appartement à Paris donc ton loyer est un peu pris en charge par ta rédaction nationale ». Ajoutons à cela que les fortes charges belges représentent jusqu'à la moitié d'un salaire. Et peu de rédactions peuvent se permettent d'augmenter d'autant leurs journalistes... « La profession est en voie de paupérisation et cela se ressent encore plus ici », insiste le journaliste qui est même convaincu qu'un de ses confrères dort dans une des salles du bureau de presse.
Depuis quelques semaines, les inspecteurs belges se livrent même à un véritable harcèlement fiscal. pour vérifier que chacun est bien en règle avec ses déclarations ils font même ... du porte à porte dans les bureaux de presse. Un zèle qui donne le ton des relations entre les journalistes étrangers et leur pays hôte.
Pour remédier à es difficultés, l'API a donc proposé la création d'un statut de correspondant de presse accrédité auprès de l'Union européenne. « Nous sommes quand même les seuls à graviter autour de l'UE et à ne pas avoir de statut particulier, avec les lobbyists » précise Quentin Dickinson. Celui-ci voit d'ailleurs certains journalistes se rapprocher dangereusement de ces lobbyists à la fin du mois. Il faut bien vivre, et les journalistes ont parfois des conjoints et des enfants...
Un statut spécifique devrait donc rendre le quotidien des journalistes européens plus simple, avec un accès aux écoles européennes pour leurs enfants ou encore une fiscalité dépendante du pays de leur rédaction. « Les autorités belges ne facilitent pas l'installation des journalistes étrangers, c'est un véritable mille feuille administratif », admet Hughes Beaudoin, correspondant de LCI, avant de relativiser « tout de même, ce n'est pas un terrain de guerre, cela reste un caprice de riche ».
En effet, comme le souligne Quentin Dickinson, directeur du bureau de Radio France à Bruxelles, « si tu pars trois ou quatre ans à Bruxelles, tu gardes parfois ton appartement à Paris donc ton loyer est un peu pris en charge par ta rédaction nationale ». Ajoutons à cela que les fortes charges belges représentent jusqu'à la moitié d'un salaire. Et peu de rédactions peuvent se permettent d'augmenter d'autant leurs journalistes... « La profession est en voie de paupérisation et cela se ressent encore plus ici », insiste le journaliste qui est même convaincu qu'un de ses confrères dort dans une des salles du bureau de presse.
Depuis quelques semaines, les inspecteurs belges se livrent même à un véritable harcèlement fiscal. pour vérifier que chacun est bien en règle avec ses déclarations ils font même ... du porte à porte dans les bureaux de presse. Un zèle qui donne le ton des relations entre les journalistes étrangers et leur pays hôte.
Pour remédier à es difficultés, l'API a donc proposé la création d'un statut de correspondant de presse accrédité auprès de l'Union européenne. « Nous sommes quand même les seuls à graviter autour de l'UE et à ne pas avoir de statut particulier, avec les lobbyists » précise Quentin Dickinson. Celui-ci voit d'ailleurs certains journalistes se rapprocher dangereusement de ces lobbyists à la fin du mois. Il faut bien vivre, et les journalistes ont parfois des conjoints et des enfants...
Un statut spécifique devrait donc rendre le quotidien des journalistes européens plus simple, avec un accès aux écoles européennes pour leurs enfants ou encore une fiscalité dépendante du pays de leur rédaction. « Les autorités belges ne facilitent pas l'installation des journalistes étrangers, c'est un véritable mille feuille administratif », admet Hughes Beaudoin, correspondant de LCI, avant de relativiser « tout de même, ce n'est pas un terrain de guerre, cela reste un caprice de riche ».
Une information transparente ?
Mais le coût n'explique pas tout. Autre mise en cause dans le déclin du nombre de journalistes accrédités : la Commission européenne. Avec comme principal accusé, José Manuel Barroso qui a repris en main le service du porte parole et rendu plus difficile le travail journalistique. Le manque de transparence du service du porte parole est toutefois relative : depuis plusieurs années, l'intégralité de sa communication institutionnelle est disponible sur Internet. Du coup, un journaliste non accrédité peut avoir accès à la même information.
Certes, mais quel journaliste français ne fait que reprendre les communiqués de Matignon ? Or, l'analyse critique du correspondant ne peut se développer que sur place. Il prend notamment chaque jour la température des enjeux européens lors du « Midday », le fameux rendez-vous de midi de la Commission européenne. « Ce sont les questions de nos confrères étrangers qui nous montrent les problèmes qui se posent dans leur pays », explique Hughes Beaudoin. Or, ces questions se raréfient et, de plus en plus, les journalistes préfèrent se retrouver devant un café.
« La valeur ajoutée d'une présence sur place a été mise à mal » regrette Lorenzo Consoli. C'est pourquoi l'API qu'il préside demande, non pas de retirer l'information à ceux qui ne sont pas à Bruxelles, mais d'en offrir plus à ceux qui y sont : « on veut plus de off et des systèmes d'embargo sur des scoops que l'on aurait à l'avance mais que l'on ne pourrait publier qu'à une certaine heure, comme pour les marchés boursiers. »
Il n'empêche que l'Europe n'est pas très bankable. Vendre un sujet sur l'Union à une rédaction relève souvent du parcours du combattant. Parce que c'est « trop compliqué », que « c'est ennuyeux », les excuses ne manquent pas. Des années dans les méandres bruxellois sont souvent nécessaires pour comprendre les enjeux et les relater de façon compréhensible et intéressante pour le lecteur. Des années que de moins en moins de journalistes passent au sein des institutions européennes aujourd'hui délaissées au profit de Washington ou même Pékin.
Certes, mais quel journaliste français ne fait que reprendre les communiqués de Matignon ? Or, l'analyse critique du correspondant ne peut se développer que sur place. Il prend notamment chaque jour la température des enjeux européens lors du « Midday », le fameux rendez-vous de midi de la Commission européenne. « Ce sont les questions de nos confrères étrangers qui nous montrent les problèmes qui se posent dans leur pays », explique Hughes Beaudoin. Or, ces questions se raréfient et, de plus en plus, les journalistes préfèrent se retrouver devant un café.
« La valeur ajoutée d'une présence sur place a été mise à mal » regrette Lorenzo Consoli. C'est pourquoi l'API qu'il préside demande, non pas de retirer l'information à ceux qui ne sont pas à Bruxelles, mais d'en offrir plus à ceux qui y sont : « on veut plus de off et des systèmes d'embargo sur des scoops que l'on aurait à l'avance mais que l'on ne pourrait publier qu'à une certaine heure, comme pour les marchés boursiers. »
Il n'empêche que l'Europe n'est pas très bankable. Vendre un sujet sur l'Union à une rédaction relève souvent du parcours du combattant. Parce que c'est « trop compliqué », que « c'est ennuyeux », les excuses ne manquent pas. Des années dans les méandres bruxellois sont souvent nécessaires pour comprendre les enjeux et les relater de façon compréhensible et intéressante pour le lecteur. Des années que de moins en moins de journalistes passent au sein des institutions européennes aujourd'hui délaissées au profit de Washington ou même Pékin.
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